“ L’étymologie a été et reste encore parmi nous un véritable genre d’aliénation mentale, et je tiens pour très-véritable ce mot d’un éminent linguiste de nos jours, que les trois causes qui ont rendu fous le plus d’hommes sensés d’ailleurs sont l’étymologie, l’amour et la théologie. ”
Citations sur “Mélanges”
“ On sait sa langue comme l’ouvrier qui emploie les procédés de la géométrie sans les comprendre sait la géométrie. Formée, d’ailleurs, par dissolution, la langue moderne ne saurait donner quelque vie aux lambeaux qu’elle essaie d’assimiler, sans revenir à l’ancienne synthèse pour y chercher le cachet qui doit imprimer à ces éléments épars une nouvelle unité. ”
“ Malgré l’épouvantable poids que porte cette chambre, elle n’a pas fléchi d’un millimètre ; le fil à plomb n’y accuse pas la moindre déviation. Pas un ornement. La beauté n’est demandée qu’à la seule perfection de l’exécution. ”
“ Une grande stèle donne ses titres et quelquefois sa biographie. S’il y avait dans la maison un personnage ayant un trait caractéristique, une infirmité par exemple, on le représente, pour que les souvenirs du mort ne soient pas dérangés. Tous les détails de la vie du temps se voient à l’entour : cette vie est presque uniquement agricole ”
“ Et pour ce que aux hommes, dit le Ménagier est la cure et le soing de besongnes de dehors, et en doivent les maris coigner, aler, venir et racourir de çà et de là, par pluies, par vents, par neges, par gresles, une fois moullié, autre fois sec, une fois suant, autre fois tremblant, mal peu, mal hébergié, mal chaude, mal couchié. ”
“ Mais, tandis que les nécessités physiques se manifestent avec promptitude et intensité, tandis que la sensibilité se développe avec une énergie frappante les notions rationnelles, au contraire, ne se présentent d’abord qu’à l’état de perceptions obscures, indistinctes l’attention, la réflexion, est la condition de leur développement. ”
“ Rien ici d’analogue à ce merveilleux public grec, à cette agora d’Athènes, où l’artiste trouvait ce qu’il lui faut pour l’encourager et le guider, l’admiration des uns, la raillerie des autres, l’émulation de ses rivaux, la rage de bien faire, un peuple possédé tout entier de la sainte fièvre du beau. Oui, la Grèce a inventé l’art comme elle a inventé la science. ”
Emmanuel Kant,
Mélanges de logique
“ Titius. — Voyons un peu ; quelle est cette série de raisons à laquelle tu te plains d’avoir été asservi ? Tout ce que tu as fait, ne l’as-tu pas fait volontairement ? Sur le point de mal faire, n’as-tu pas été averti par la voix secrète de ta conscience, et par la crainte de Dieu, qui vainement te remontrait au fond de l’âme ? N’as-tu pas préféré boire, jouer, sacrifier à Vénus, et ainsi de suite ? As-tu jamais été entraîné au mal, à ton corps défendant ? ”
Emmanuel Kant,
Mélanges de logique
“ À proprement parler, il y a deux espèces de logique : la première est une critique et une règle de l’entendement sain, tel qu’il confine d’une part aux notions grossières et à l’ignorance, et, d’un autre côté, à la science et à l’instruction. La logique de cette espèce est ce qui doit servir d’introduction à toute philosophie, au commencement de l’instruction académique ; c’est comme une quarantaine (si je puis m’exprimer ainsi) que l’élève doit faire, s’il veut passer du pays du préjugé et de l’erreur dans le domaine de la raison cultivée et des sciences. ”
“ Qui sait si cette souffrance du cœur n’est pas un châtiment, cette image confuse de la perfection un souvenir, un dernier vestige d’une existence antérieure dont nous sommes déchus, le vide qu’a laissé à sa place un trésor qui nous a été ravi ? Ainsi du moins l’enseignent les plus vieilles croyances des peuples ainsi le pensèrent les plus beaux génies de l’antiquité Platon, et Cicéron après lui, ont éloquemment parlé de ces ruines de l’âme. Jamais, avant le Christianisme, la philosophie n’affirma, même en tremblant, la perfectibilité humaine. ”
Jules-Paul Tardivel,
Mélanges/Tome I
“ On commence par nier à l’Église le droit de diriger la société civile, et, peu à peu, par une logique fatale, on arrive à lui nier son droit de diriger la famille et les individus. C’est la marche du libéralisme catholique dans tous les pays, et bien aveugles sont ceux qui ne voient pas la pente sur laquelle nous glissons rapidement vers l’abîme. ”
“ Quant à la philosophie, elle est à la fois science et art. En tant que science, nous l’avons fort développée ; mais l’art exquis de jouer de la lyre sur les fibres les plus intimes de l’âme, de poser sans les résoudre les problèmes de l’ordre transcendant, — la philosophie, dis-je, entendue comme la musique sacrée des âmes pensantes, quel chef-d’œuvre produira-t-elle jamais comparable aux dialogues qu’ont entendus les jardins de l’Académie et les bords de l’Ilissus ? ”
Frédéric Bastiat,
Correspondances et mélanges
“ Les nuages se dispersent, et nous jouissons d’un soleil magnifique, qui fait mieux ressortir la beauté des sites dont nous sommes entourés. La sérénité du ciel semble se communiquer à son âme, et il répète fréquemment : « Quelle délicieuse promenade ! Comme nous avons bien réussi ! » ”
“ La philosophie et les sciences, également incapables d’expliquer l’homme et la nature, après avoir parcouru tout le champ des hypothèses, épuisé toutes les rêveries, s’étaient arrêtées pour s’abîmer dans le doute. La poésie et les arts, dégénérés de leur antique grandeur, s’étaient faits courtisans, et ne savaient plus offrir à l’âme ni consolations ni jouissances. ”
“ Froissart, écho des sentiments de la chevalerie, présente les années dont il fait l’histoire bien plus comme des années brillantes, riches en faits d’armes et en aventures, que comme des années de désolation. Il peut paraître étrange de le dire : au milieu de ces horreurs, le siècle était gai ; ni la littérature ni l’art ne portent l’empreinte d’un profond abattement. ”
Frédéric Bastiat,
Correspondances et mélanges
“ Il se dresse sur la dernière marche de sa vie passée, comme l’ange au glaive de feu sur le seuil de l’Éden ; il ferme la porte sur les rêves de bonheur et de paix. Désormais, proscrit, tu n’as plus de chez toi ; tu ne rentreras plus dans l’indépendance intime de ta pensée ; tu ne reviendras plus te délasser dans l’asile de ton cœur ; tu ne t’appartiens pas, tu es la chose de ton idée ; — vivant ou mourant, ta mission te traînera. Or la mission que Bastiat s’était donnée, ou plutôt que les événements lui imposèrent, était au-dessus des forces humaines. ”
“ S. THOMAS DE CANTORBÉRY La philosophie est une grande et magnifique conception, mais c’est une conception humaine. Éclose aux faibles lueurs de quelque lampe solitaire, accueillie dans de savantes écoles, peu connue de la multitude, elle est adoptée de temps à autre par de rares génies qui s’en font les docteurs et les interprètes, et qui obtiennent ainsi le nom de sages. Mais la philosophie est une idée et non une puissance ; elle demeure dans les régions de l’intelligence ; elle n’agit guère sur le domaine de la volonté ; c’est presque toujours une clarté sans chaleur. ”
Jules-Paul Tardivel,
Mélanges/Tome I
“ Gardons-nous bien, à force d’entendre parler de tolérance religieuse, de nous laisser choir dans l’indifférentisme, de tomber dans l’erreur, aussi absurde qu’impie, de croire que toutes les religions sont également bonnes, également respectables et possèdent des droits égaux. Il n’y a qu’une seule religion bonne et vraie, c’est la religion catholique. ”
“ Le gouffre même de Cyanée est un miracle de limpidité. On voit à des profondeurs infinies le trou d’où elle émerge et les innombrables poissons qui poursuivent dans l’abîme leur heureuse vie d’éternel mouvement. ”
Jules-Paul Tardivel,
Mélanges/Tome I
“ Quand les hommes du pouvoir se conforment aux lois de l’éternelle justice, les affaires du pays sont bien administrées, quelle que soit la forme du gouvernement ; quand ils méconnaissent ces lois, quand ils font la guerre au bon Dieu et à son Église, ils plongent la nation, qu’elle soit républicaine ou monarchique, dans un abîme sans fond. ”
“ Sois discrète !... fit-elle en hésitant encor. » — Pourquoi, dit Melænis, chasser toute espérance ?... » J’appellerai, j’irai !... » mais la vieille : « Silence ! » La destinée est sourde, on ne l’arrête pas ! » Ce frisson de mon corps, c’est le froid du trépas. » C’est l’éternelle nuit qui sur mes yeux s’avance !... » — Parle ! » dit Melænis, en se penchant si bas Que ses cheveux bouclés frôlaient la moribonde. ”
Emmanuel Kant,
Mélanges de logique
“ En mathématiques, les définitions sont la première pensée que je puisse avoir de la chose définie, parce que ma notion de l’objet ne résulte que de la définition, et qu’il serait tout à fait absurde de la regarder comme démontrable. En philosophie, où la notion de la chose que je dois définir m’est donnée, je suis dans la nécessité de convertir en un jugement fondamental indémontrable ce qui s’y perçoit immédiatement et de prime abord. ”
Jules-Paul Tardivel,
Mélanges/Tome I
“ Singe du bon Dieu, il agit sur les hommes par d’autres hommes. Comme Dieu, il a ses ministres, ses temples, son culte extérieur, ses moyens d’actions matériels. Dans ces derniers temps, on dirait que le diable fait un suprême effort pour répandre son enseignement sur la terre. Et pour mieux arriver à son but, il veut s’emparer de l’endroit même où se donnent l’instruction et l’éducation : l’école. Il veut empoisonner la source de la vie intellectuelle. C’est pourquoi il a lancé dans le monde une idée. Cette idée a fait des ravages terribles dans les esprits, c’est l’idée de l’État enseignant. ”
Jules-Paul Tardivel,
Mélanges/Tome I
“ Dans la vie parlementaire, notre idéal c’est de voir disparaître l’aveugle esprit de parti, c’est de voir les gouvernements n’avoir pour but que le bien général, c’est de voir les députés se mettre au-dessus de tout esprit de faction, de toute haine, de tout intérêt personnel, de toute opposition systématique et de tout servilisme. ”
Jules-Paul Tardivel,
Mélanges/Tome I
“ Existe-il dans le monde moderne une conjuration universelle du mal, ne reconnaissant ni nationalité, ni frontières, obéissant partout, sous des dénominations et des apparences diverses, à un même mot d’ordre, disposant d’une puissance qui dépasse celle à laquelle peuvent parvenir des efforts purement humains — une Église satanique se dressant en face de l’Église de Dieu et appelant une partie de l’humanité dévoyée, aveuglée, affolée à une œuvre de destruction sans lendemain, sans trêve et sans merci ? ”
Benjamin Sulte,
Mélanges historiques/13
“ Passer aux mains de l’ennemi de la veille coupe les ailes de l’espérance. Se voir brusquement appelé à recevoir les ordres de l’étranger transforme notre existence. Être laissés seuls, loin de la mère-patrie, sans un mot de consolation, rend l’avenir bien sombre. L’idée d’un écrasement systématique s’offre à l’esprit. La résistance n’est plus dans les âmes. ”
Benjamin Sulte,
Mélanges historiques/13
“ Qu’importe, l’esprit de combat de Papineau a mis dans notre peuple un sentiment de vaillance qui est inappréciable et qui promet de ne jamais s’éteindre. S’il n’a fait que cela, c’est assez pour sa gloire, c’est un bonheur pour nous. ”
“ Ce sont de vraies prairies flottantes qui couvrent la surface du ruisseau et ondulent sous le mouvement de la rame, comme l’eau elle-même. De belles feuilles vertes en forme de conques tournées vers le soleil étalent tout le luxe voluptueux d’une végétation hâtive. ”
Charles Augustin Sainte-Beuve,
Portraits de femmes
(1886)
“ En un mot, en se rencontrant tout d'abord, Mlle de Meulan et lui, à une grande élévation d'idées, ils y arrivaient partis d'origines intellectuelles diverses et presque contraires. Il est bien vrai que, durant ces années de long et sérieux travail, Mlle de Menlan avait de plus en plus appris à se vouer au vrai, à le croire utile, à le défendre, à se passionner au moins indirectement pour lui, en cherchant querelle à toute erreur, et aussi à régler chaque acte de sa vie sévère par l'empire, déjà religieux, de la volonté et de la raison. ”
Emmanuel Kant,
Mélanges de logique
“ La critique et l’ordonnance de toute la philosophie, comme ensemble, cette logique complète ne peut donc avoir sa place dans l’enseignement qu’à la fin de toute la philosophie, puisque les connaissances philosophiques déjà acquises et l’histoire des opinions humaines, permettent seules de faire des études sur l’origine de nos connaissances et de nos erreurs, et d’esquisser avec précision le plan d’après lequel cet édifice de la raison doit être exécuté régulièrement et d’une manière durable. ”
Jules-Paul Tardivel,
Mélanges/Tome I
“ Ils y cherchent les nouvelles, les renseignements, et ils y trouvent leurs opinions et leurs préjugés. L’eau qui tombe goutte à goutte, finit par user la pierre la plus dure. Le journal, lu aujourd’hui, lu demain, lu tous les jours, réussit à graver son image dans l’esprit le plus paresseux. ”
Jules-Paul Tardivel,
Mélanges/Tome I
“ Règle générale, la vérité et l’erreur sont aux extrêmes. C’est le libéralisme, qui cherche à concilier la vérité avec l’erreur qu’on trouve au milieu. Dans le cas qui nous occupe, la vérité se trouve soit du côté des uns qui admirent, sans réserve, les livres de M. Parkman, soit du côté des autres qui les blâment sévèrement. Gardons-nous des sophismes. Un livre, mauvais dans son ensemble, peut renfermer certaines vérités, mais il est impossible qu’un ouvrage où se rencontre une seule erreur grave puisse être autre chose qu’une œuvre mauvaise et partant condamnable. ”
Jules-Paul Tardivel,
Mélanges/Tome I
“ Car il est impossible, et si c’était possible, il ne serait pas permis d’exclure toute idée de Dieu de la science, de la littérature, de la politique et des affaires. Une science athée, une littérature athée, une politique athée, des affaires athées, voilà le hideux rêve des philosophes modernes. ”
Frédéric Bastiat,
Correspondances et mélanges
“ Vous accusez les économistes de proscrire et de railler l’aumône, — et par opposition, vous voulez que l’État s’interpose entre les masses et leurs misères. Vous accusez les économistes de dire aux prolétaires : « Travaillez ou mourez, » — et par opposition, vous voulez que la société proclame le droit au travail, le droit de vivre. ”
Emmanuel Kant,
Mélanges de logique
“ Il était, dit M. Rosenkranz, trop attaché aux anciens, et praticien trop distingué pour avoir l’ouverture de sens et le loisir nécessaires pour entrer bien avant par la pensée et par la pratique dans la philosophie de Kant. La forme semble l’avoir en partie rebuté ; il la traite durement. ”
Jules-Paul Tardivel,
Mélanges/Tome I
“ M. Gingras a parlé de la grandeur du crime de Judas, unique dans les annales du genre humain. Il y a eu bien d’autres criminels sur la terre, mais le monde les a oubliés. Judas, on ne l’oublie pas ; les siècles se suivent, et chaque siècle le maudit ; et jusqu’à la fin des temps, chaque siècle le maudira. ”
“ Tournez-vous vers les solides études ; croyez que la chose libérale par excellence c’est la culture de l’esprit, la noblesse du cœur, l’indépendance du jugement. Préparez à notre patrie des générations mûres pour tout ce qui fait la gloire et l’ornement de la vie. Gardez-vous des entraînements irréfléchis, et souvenez-vous qu’on ne conquiert la liberté que par le sérieux, le respect de soi-même et des autres, le dévouement à la chose publique et à l’œuvre spéciale que chacun de nous est chargé dans ce monde de fonder ou de continuer. ”
“ Paris réglait la mode et attirait les regards de l’Europe entière, Philippe de Valois et son fils Jean apparaissaient en quelque sorte à l’imagination de leurs contemporains comme des rois de chanson de geste, passant leur vie en guerres et en fêtes, dans un cercle continu d’actions brillantes et de spectacles. Mais l’art véritable ne va pas sans une solide culture du jugement ; de joyeuses folies ne suffisent pas pour produire des œuvres durables et un mouvement vraiment fécond. ”
Jean-Baptiste Say,
Mélanges et correspondance d’économie politique
“ Assez de soins se prennent pour l’économie des affaires humaines. Oh ! que j’aime l’inutile ! l’inutile, si l’existence n’est qu’un travail pénible pour un misérable gain. Mais si nous sommes sur cette terre en marche vers le ciel, qu’y a-t-il de mieux à faire que d’élever assez notre âme pour qu’elle sente l’infini ? ”
