Jacques Normand, Soleils d’Hiver
“ Sème, sème, sème le grain. Il sait que sa vieille maîtresse, La Terre, hait ces vains brailleurs, Et qu’elle garde sa tendresse Aux bons gars, aux vrais travailleurs, Dont la main rude la caresse... ”
Jacques Normand, Soleils d’Hiver
“ Sème, sème, sème le grain. Il sait que sa vieille maîtresse, La Terre, hait ces vains brailleurs, Et qu’elle garde sa tendresse Aux bons gars, aux vrais travailleurs, Dont la main rude la caresse... ”
Victor Cherbuliez,
Revue des Deux Mondes
“ De fâcheuses ou d’heureuses méprises, voilà le nœud de l’intrigue, et quoique la pièce soit toujours la même, elle est toujours variée. On sème avec crainte ou avec joie, et on ne reconnaît que rarement son blé de semence dans sa moisson. ”
Jeanne-Gabrielle, Poésies intimes (1929)
“ Et j'y verse de la tendresse, Sans me soucier des ingrats. Car l'âme que je fertilise (Une entre mille, je le sais) , Sème à son tour — oh ! joie exquise... Une entre mille, c'est assez. Un épi, deux épis, la plaine S'emplit bientôt d'épis nombreux — Et l'amour chassera la haine En rendant le méchant heureux. Puis le bon... le bon en démence, Ecrasé sous les coups du sort, Recevra parfois ma semence Et soudain redeviendra fort. Un baiser, une étreinte douce Font des merveilles... Ah! semons, Afin qu'un champ de bonheur pousse Dans la campagne ou sur les monts. ”
“ Que nous jouissions du bonheur de vivre ! 39. Ô Indou, tu es le maître des vaches, des richesses, de l’or. Ta semence vivifiante se répand à travers les mondes. Ô Soma, tu es fort, tu es le maître souverain. Ces sages sont assemblés pour t’implorer par leurs prières. 40. Le grand flot du doux (Soma) élève sa voix ; il se précipite (dans les vases sacrés) , où il se revêt de l’enveloppe des Ondes. Le roi, qui suit mille voies diverses, monte sur son char, qui est le vase des purifications. Il y puise de la force, et sa victoire nous procure l’abondance. ”
Jules Huret,
Enquête sur l’évolution littéraire
“ Il faudrait l’avoir été soi-même, avoir vécu jeune de cette vie de séminaire qui vous triture le cerveau, qui vous transforme un être de fond en comble, qui fait qu’à travers les bouleversement futurs, qu’après la foi niée, la barbe poussée, la tonsure effacée, toujours se reconnaît, à un coin de la conversation, à l’esquisse d’un geste, à un son de voix, l’ancien séminariste. ”
“ Que peut contre nous l’ennemi ? Que peut un mortel méchant ? 4. Coule heureusement jusqu’à notre cœur, ô Soma, ô doux breuvage, et sois pour nous de même qu’un bon père pour son enfant. Ô sage et illustre Soma, montre-toi comme un véritable ami, et prolonge notre vie. 5. Que ces liqueurs glorieuses et libératrices, de même que les bœufs (conduisent heureusement) le char auquel ils sont attelés, me conservent des atteintes de la vieillesse, et me sauvent de la fatigue. 6. On allume le feu en l’agitant. Ô Soma, étouffe-moi de la même manière. Agis en maître, et donne-nous l’opulence. ”
Pierre Louÿs,
Œuvres complètes de Pierre Louÿs…
(1894 (Chansons de Bilitis))
“ Nous, applaudissons à grands cris, soit que, souriant sur l’épaule, tu agites d’un frémissement ta croupe convulsive et musclée, soit que tu ondules presque étendue, au rhythme de tes souvenirs. ”
Honoré de Balzac,
Le lys dans la vallée : scènes de la vie de province
“ La sensibilité coule à torrents, il en résulte d'horribles affaiblissements, d'indicibles mélancolies pour lesquelles le confessionnal n'a pas d'oreilles. ”
Henri Barbusse,
L’Enfer
(1908)
“ Je voudrais savoir le secret de la vie. J’ai vu des hommes, des groupes, des gestes, des figures. J’ai vu briller dans le crépuscule les yeux tremblants d’êtres profonds comme des puits. J’ai vu la bouche qui, dans un épanouissement de gloire, disait : « Je suis plus sensible que les autres, moi ! » J’ai vu la lutte d’aimer et de se faire comprendre : ”
Robert Louis Stevenson,
Le Cas étrange du docteur Jekyll
“ j’adressai un adieu résolu à la liberté, à la jeunesse comparative, à la démarche légère et aux plaisirs secrets, dont j’avais joui sous le déguisement de Hyde. ”
André Baillon, Le Perce-oreille du Luxembourg
“ Alors écrire, soit. Mais pour qui ? Pas pour mes amis. Je n’en ai plus, je n’en veux plus. Pour mes parents ? Je suis bourré de secrets que je confierais à n’importe qui, sauf précisément à mes parents. Pour les médecins ? Hum ! À force d’en voir, ces Messieurs savent une fois pour toutes ce qu’est la vérité : qu’elle est un bras, une glande, un ulcère et pour le reste une bulle en l’air vers laquelle chacun souffle une autre bulle. Écrire pour eux ! Je deviendrais un cas. Alors, si tout simplement j’écrivais pour n’importe qui ? Ou pour moi. ”
Victor Hugo,
Œuvres complètes de Victor Hugo…
“ Outre les voix qu’il faisait entendre, il produisait toutes sortes de choses inattendues, des chocs de lumière et d’obscurité, des formations spontanées de chiffres ou de mots à volonté sur une cloison, des clairs-obscurs mêlés d’évanouissements de figures, force bizarreries parmi lesquelles, inattentif à la foule qui s’émerveillait, il semblait méditer. ”
David Martin, Le Nouveau Testament
“ Le royaume de Dieu est comme si un homme, après avoir jeté de la semence dans la terre, dormait, et se levait de nuit et de jour ; 27 et que la semence germât et crût, sans qu’il sache comment. 28 Car la terre produit d’elle-même, premièrement l’herbe, ensuite l’épi, et puis le froment lui-même dans l’épi ; 29 et quand le blé est mûr, on y met incessamment la faucille, parce que la moisson est prête. 30 Il disait encore : A quoi comparerons-nous le royaume de Dieu, ou par quelle similitude le représenterons-nous ? ”
“ Telle est la grandeur de ce qu’on appelle le petit journal. Le journal à un sou, tel que vous le comprenez, c’est la réalité racontée comme La Fontaine raconte la fable, avec la moralité en regard ; c’est l’erreur raturée, c’est l’iniquité soulignée, c’est la torsion du vrai redressée ; c’est un registre de justice ouvert à la confrontation de tous les faits ; c’est une vaste enquête quotidienne, politique, sociale, humaine ; c’est le flocon de blancheur et de pureté qui passe ; c’est la manne, la graine, la semence utilement jetée au vent ; c’est la vérité éternelle émiettée jour par jour. ”
“ Isolement, intimité, renoncement, apaisement de la nostalgie par la pensée; telle est la vie de ces hommes. Pour horizon le brouillard des flots et des événements, pour musique le vent de tempête, pour spectacle la mobilité d'un infini, la mer, sous la fixité d'un autre infini, le ciel. On est des naufragés, on regarde les abîmes. Tout a sombré, hors la conscience; navire dont il ne reste que la boussole. Dans cette famille personne n'a rien à soi; tout est en commun, l'effort, la résistance, la volonté, l'âme. ”
Augustin d’Hippone,
''Œuvres complètes de Saint Augustin''
“ Soufflez, développez en vous cette étincelle précieuse du divin amour. Lorsqu’elle aura grandi, lorsque ses pures flammes auront produit comme un ; immense embrasement, elle consumera en un clin d’œil la paille des passions charnelles. ”
“ Que l’âme éternelle accueille dans la haute demeure cette âme immortelle ! La vie, c’est le problème, la mort c’est la solution. Je le répète, et c’est par là que je veux terminer cet adieu plein d’espérance, le tombeau n’est ni ténébreux, ni vide. C’est là qu’est la grande lueur. Qu’il soit permis à l’homme qui parle en ce moment de se tourner vers cette clarté. Celui qui n’existe plus pour ainsi dire ici-bas, celui dont toutes les ambitions sont dans la mort, a le droit de saluer au fond de l’infini, dans le sinistre et sublime éblouissement du sépulcre, l’astre immense, Dieu. ”
Alexandre Soumet,
La Divine Épopée
(1840)
“ Je ne vois qu'au travers de mes lueurs humaines ; Ma moisson n'a d'épis qu'au champ des phénomènes. Et je ne puis savoir si pour moi, vain mortel, Au fond de l'apparence habite le réel. La matière, l'esprit, l'homme, l'astre, Dieu, l'ange, La forme, les couleurs, les sons... trompeur mélange ! Mystère qui voudrait l'oeil acéré du lynx : On touche, on voit l'énigme... on ne voit pas le sphinx ! Tout garrotté des noeuds de l'éternel problème, Je me heurte partout aux bornes de moi-même. ”
Alexandre Soumet,
La Divine Épopée
“ Si j’ai pris de ton front la tristesse, ô mon ange ! De mon sein amoureux prends la joie en échange. Pour me pencher vers toi si j’ai pris ta couleur, Viens prendre mes parfums, ô ma céleste fleur. Je t’aime ! et je voudrais, sous ces rameaux, t’entendre Me dire ton secret avec ta voix si tendre. Je voudrais, plaignant ceux qui souffrent au désert, Comme au livre béni lire en ton cœur ouvert !SÉMIDA. Ah ! laisse-le toujours se fermer sur sa peine : C’est un parfum aussi que la plus faible haleine Même des vents du ciel eu poison changerait.MADELEINE. Ce matin, ô ma sœur ! ”
Augustin d’Hippone,
''Œuvres complètes de Saint Augustin''
“ Je ne me plains pas pour la lune, dira-t-on peut-être, parce que tout moindre que soit son éclat, elle n’en est pas malheureuse ; je ne me plains pas même de l’obscurcissement des âmes, mais de leur misère. Réfléchis donc que si la pâleur de la lune est sans souffrance, l’éclat du soleil est aussi sans bonheur. Tout célestes qu’ils sont, ces deux astres sont des corps, considérés au moins comme foyers d’où rayonne cette lumière qui frappe nos regards. Or, aucun corps en tant que corps n’est heureux ni malheureux ; ce sont les esprits qui les animent qui peuvent souffrir ou jouir. ”
Alexandre Soumet,
La Divine Épopée
“ Du charme dont l’éclair le contraint à fléchir. Ne pouvant entre nous abaisser sa paupière Que j’immobilisais ainsi qu’un œil de pierre, S’indignant, et sentant, lorsque je suis vainqueur, Qu’en fascinant ses yeux je subjugue son cœur, Il enfonce sa griffe en leur profonde orbite, Échappe à mon pouvoir dans une nuit subite, Et du prestige ardent dénouant les liens, Désarme mon regard en éteignant les siens. Sa force ressuscite invulnérable, immense, Et de ses crins dressés agite la démence ; Son cri, de Sémida fait expirer la voix, Autre charme pour lui si puissant tant de fois ! ”
F.-E. Belly, La Savoie, Chambéry, Aix-les-Bains… (1868)
“ Ta sensibilité parait une méprise, Et ton cœur, androgyne et de glace et de feu, Semble, traître à Warens et peintre d'Héloïse, Une énigme qu'à l'homme en raillant, posa Dieu ; Logogriphe, n'importe, ou bizarre, ou sublime, Trop méconnu des uns, des autres trop loué, Malgré le fanatisme et l'envie et sa lime, Ton nom sera toujours du génie avoué. ”
Augustin d’Hippone,
''Œuvres complètes de Saint Augustin''
“ Orages de l’Océan, bêtes du désert, vous ne pourrez rien contre le fils protégé par les larmes d’une mère priant sans cesse au pied de la croix ! vous ne pourrez rien contre lui, périls de tout genre dont la carrière de l’homme est semée : et quand la mère qui prie et qui pleure se sera envolée sur un rayon de lumière vers l’invisible patrie où l’œil ne connaît plus les larmes, sa prière gardera encore le fils qu’elle aura laissé orphelin ! ”
Alexandre Soumet,
La Divine Épopée
“ Tu contemples enfin un autre que toi-même ; Quel regard !!! oh ! combien il éclaire ta nuit, Et qu’il emporte haut ton âme qui le suit ! Tu te traînes aux pieds de l’envoyé sublime ! Adorant la poussière où sa trace s’imprime, Et sous ses pas vainqueurs, dans un muet effroi, Dépliant tes remords comme un tapis de roi, Tu viens de tes flancs nus lui montrer la blessure, Tu viens toucher ses mains, ses bras, sa chevelure. Pour ta foi qui grandit de moment en moment, Un nouvel éclair sort de chaque attouchement ”
Plaute,
Comédies de Plaute, traduction de E. Sommer
“ MÉNECHME. Ce n’est pas moi. MÉNECHME SOSICLÈS. C’est moi. MESSÉNION. C’est donc à vous que je veux parler : venez par ici. MÉNECHME SOSICLÈS. Me voici : qu’est-ce ? MESSÉNION. Cet homme est un aventurier, ou c’est votre frère jumeau. De ma vie je n’ai vu ressemblance pareille. Croyez-moi, deux gouttes d’eau, deux gouttes de lait, ne se ressemblent pas plus que lui à vous et vous à lui. Il nomme la même patrie que vous, le même père. Nous ne pouvons faire mieux que de nous approcher et de l’interroger. MÉNECHME SOSICLÈS. Par Hercule, l’idée est excellente, je t’en remercie. ”
Charles Hervier, Théorie du mesmérisme (1817)
“ C'est à votre sexe, Mesdames, qu'on doit encore aujourd'hui les plus parfaits oracles, à raison de la délicatesse de vos organes, de la subtilité de votre intelligence, de la douceur de votre caractère, de l'habitude où vous êtes de mener une vie sédentaire dans le calme et la retraite. La différence de votre voix , comparée à celle de l'homme, fait sentir votre supériorité à cet égard. ”
Alexandre Soumet,
La Divine Épopée
“ Qui me livras tes jours, comme un lys dont l’odeur Se mêlait chastement à tes autres offrandes ; Toi, dont l’heure suprême eut des ailes si grandes, Sémida ! qu’on la vit d’un seul vol te jeter Aussi près du Seigneur qu’un élu peut monter : Emportant avec toi, céleste conquérante, Les dernières vertus de la terre expirante. ”
Léon Bloy,
Histoires désobligeantes
“ Quel est, dans notre littérature la plus accréditée, je veux dire le roman-feuilleton ou le théâtre, quel est, dis-je, le truc suprême, irrésistible, indéfectible, primordial et fondamental ? Quel est, si j’ose m’exprimer ainsi, la ficelle qui casse tout, l’arcane certain, le Sésame de Polichinelle qui ouvre les cavernes de l’émotion pathétique et qui fait infailliblement et divinement palpiter les foules ? Mon Dieu ! c’est très bête, ce que je vais vous dire. Ce fameux secret, c’est, tout bonnement, l’incertitude sur l’identité des personnes. ”
“ Ami de nos sages, il s’enveloppe des ondes, et vient au sacrifice (pour le bonheur des dieux) , comme (le pasteur vient) au pâturage pour le bien de son troupeau. 2. Il ouvre (au ciel et sur la terre) une double demeure à l’immortelle clarté. Les mondes s’étendent devant lui. Les Prières, aimées de Rita, accourent vers Indou pour le charmer, de même que les vaches entrent au pâturage. 3. Le sage (Soma) intervient dans les œuvres des sages, et, tel qu’un héros, il lance son char dans tous les mondes. ”
Théophile Gautier,
Mademoiselle de Maupin
(1834)
“ Quand je lis par hasard un de ces beaux sermons qui ont remplacé dans les feuilles publiques la critique littéraire, il me prend quelquefois de grands remords et de grandes appréhensions, à moi qui ai sur la conscience quelques menues gaudrioles un peu trop fortement épicées, comme un jeune homme qui a du feu et de l’entrain peut en avoir à se reprocher. ”
Gabriel Séailles,
Eugène Carrière, essai de biographie psychologique…
(1911)
“ Habitué à interroger la nature et à entendre ses réponses, à trouver dans les lignes et dans leurs rapports, dans les volumes et dans les proportions, dans les clartés et les ombres, les signes de sa propre pensée, il ne peut douter que ces signes ne soient le langage d'un grand esprit fraternel, dont la logique répond à sa raison, et la beauté à son sentiment. ”
Gilbert Keith Chesterton,
Le Nommé Jeudi
“ Syme, vous êtes poète : regardez ces nuages du matin, et tâchez donc de me dire la vérité sur les nuages du matin. Mais, je vous en préviens tous : vous aurez trouvé la vérité de l’arbre et la vérité du nuage que vous serez loin encore de ma vérité. Vous aurez compris la mer, que je resterai une énigme ; vous saurez ce que sont les étoiles, et vous ne saurez pas qui je suis. Depuis le commencement du monde, tous les hommes m’ont pourchassé, comme un loup, tous, les rois et les sages, les poètes et les législateurs, toutes les églises et toutes les philosophies. ”
Alfred Gilly, La science du langage (1865)
“ Ils ne connaissent pas non plus cette métaphysique excessive qui dépouille ce qui est de sa réalité : l'abstraction sans réserve leur est étrangère. Mais cette pénétration du regard qui sait apercevoir la réalité à travers les ombres, l'idée à travers le symbole; ce sens infaillible des choses qui sait assigner à. tout être sa limite, cet esprit d'analyse qui sait arriver à l'unité à travers la multiplicité : voilà les traits glorieux que le monothéisme a imprimés à la physionomie des Sémites et dont nous avons trouvé une éclatante révélation dans la forme de langage propre à cette race bénie. ”
Abram Cast, Les socialistes : satire (1852)
“ Un, en particulier, qui paraît, à vrai dire, Plus conséquent, plus ferme en ce qu'il veut prédire Et connaître un peu mieux sa façon de penser, En allant à son but sans trop tergiverser, Semble représenter une certaine idée ”
Various, L'Illustration, No. 3654, 8 Mars 1913
“ On les rencontre de préférence sur les promenades et dans les jardins où il est de bon ton de se montrer, dans les restaurants et les bars à la mode, et autour des tables de jeux. C'est en ces lieux aimables que Sem, observateur spirituel, mordant, mais dont la fantaisie, si elle égratigne parfois, n'entend pas blesser, les a saisis au passage, dans leurs attitudes familières. ”
