“ On escalade le talus du boyau en s’aidant des sacs, des armes, des dos qui y sont entassés. Dans le fond du ravin, le sol est labouré de coups, comblé d’épaves, fourmillant de corps couchés. Les uns ont l’immobilité des choses ; les autres sont agités de remuements doux ou convulsifs. Le tir de barrage continue à accumuler ses infernales décharges en arrière de nous, à l’endroit où nous l’avons franchi. Mais là où nous sommes, au pied de la butte, c’est un point mort pour l’artillerie. ”
Tir de barrage
Définition et enjeux
Citations sur “tir de barrage”
Georges Boucheron,
L'assaut : l'Argonne et Vauquois avec la 10e division…
(1917)
“ L'artillerie opère son tir de barrage précipité, sinistre, rageur, les fusées font entendre leur long sifflement, ratent ou s'allument suivant le temps, l'habileté de celui qui les manœuvre, une d'elles tombe sur notre tas de grenades, un guetteur la jette sur notre parapet qu'elle éclaire violemment. En l'air les torpilles tracent en un serpentin de feu leurs trajectoires, les explosions de crapouillauds, d'obus, de bombes ou de grenades se succèdent, le concert est effroyable, le plateau entier est éclairé comme en plein jour. ”
Manuel du chef de section d'Infanterie (1916)
“ Déclenchement du tir de barrage. — Le tir de barrage est demandé par tout poste de commandement où l'on a connaissance que l'ennemi lance son assaut : par le téléphone , s'il existe encore, sinon par fusées. ”
Charles Nordmann, Revue des Deux Mondes
“ Mais, me dira-t-on, comment chacun des adversaires peut-il parvenir à la tranchée à occuper à travers les tirs de barrage que l’autre parti ne manque pas de déclencher devant elle quand il a dû l’abandonner ? C’est qu’il est plus facile de traverser un tir de barrage que de rester immobile sous un tir contre tranchées de même intensité : on se mouille moins en traversant seulement la rue quand il pleut, qu’en y stationnant sous l’averse. ”
Pierre Khorat, Revue des Deux Mondes
“ Parfois, l’adversaire a su attendre et il a pu dissimuler ses moyens d’action. A l’allongement du tir de l’attaque correspond un tir de barrage infranchissable qui est dirigé sur les lignes et places d’armes où sont rassemblés les assaillans ; les patrouilles de reconnaissance sont arrêtées par des réseaux intacts ou par des mitrailleuses bien servies et les survivans reviennent comme ils peuvent dans la tranchée de départ. On n’insiste pas et l’on se réserve pour une meilleure occasion. ”
Charles Nordmann, Revue des Deux Mondes
“ Qu’est-ce donc que ce tir particulier dont l’emploi est aujourd’hui mentionné presque chaque jour dans nos communiqués ? C’est, comme son nom l’indique, une sorte de barrage que l’on crée entre deux régions du terrain en envoyant sur la ligne droite idéale qui sépare ces deux régions une rafale continue de projectiles. Ainsi, tandis que dans les tirs ordinaires d’artillerie on vise un objectif déterminé à détruire ou à bouleverser, dans les tirs de barrage on crée seulement, en une zone arbitraire du terrain, une sorte de nappe étroite et mortelle qu’une troupe ne peut traverser sans danger. ”
Pierre Khorat, Revue des Deux Mondes
“ Aux heures troubles de l’aube et du crépuscule, dans la lumière grisâtre des jours d’hiver comme dans les clartés indiscrètes des belles saisons, par tous les temps, ils circulent, tandis que les artilleurs ennemis, devinant les usages et les itinéraires, font du tir sur zone et que les bombardiers lancent leurs tuyaux de poêle ou vident leurs seaux à charbon. Quand le barrage est trop précis, quand l’insouciance deviendrait folie, ils invectivent les gêneurs et s’arrêtent, mais pas longtemps : les camarades attendent. ”
Historique du 6e bataillon alpin de chasseurs à pied… (1919)
“ A 11 h. 30, on peut avoir quelques renseignements : les vagues d'assaut quittant la tranchée de départ, ont marché à grand'peine vers les premières lignes ennemies, sous un tir de barrage effroyable et à travers des nappes de balles, qui causent des pertes énormes. Les hommes ont toutes les peines à avancer, sur ce terrain défoncé et détrempé, où on risque à chaque instant de glisser dans un trou d'obus, d'où il est impossible de sortir seul. ”
Enrique Gómez Carrillo,
Le sourire sous la mitraille
(1916)
“ Quand la masse fut à 50 mètres, notre tir de barrage fut splendide. La masse finit par s'ébranler, onduler, se rompre. Quatre fois l'ennemi recula... quatre fois il revint à la charge... A la fin, décimées, ces compagnies s'arrêtèrent, se dispersèrent, se fondirent dans l'espace... Nos chasseurs se mirent à les poursuivre et capturèrent les hommes les plus fatigués... ”
Petit historique du 172e régiment d'infanterie pendant la grande guerre 1914-1919 (1921)
“ Pendant toutes ces journées, les Boches réagissent énergiquement par leur artillerie et déclanchent à la pointe du jour un violent tir de barrage sur nos positions: ils craignent d'être surpris par notre attaque et prennent les devants. ”
Manuel du chef de section d'Infanterie (1916)
“ Quand les tirs d'usure ont pour but d'empêcher l'ennemi de réparer les dégâts causés par l'artillerie à ses défenses et ses réseaux, le tir est exécuté à une cadence lente ou par salves; c'est le tir d'interdiction. Tirs de barrage. — Combinés avec le jet de grenades ces tirs sont destinés à arrêter une attaque ennemie. ils prennent une importance considérable quand la rupture des communications ou la proximité des défenses adverses rendent les tirs de barrage de l'artillerie inefficaces. ”
Edmond Delorme,
Les Enseignements chirurgicaux de la Grande guerre…
(1919)
“ Lorsqu'après une préparation qui lui a paru suffisante, l'ennemi déclan che l'assaut, les mêmers tirs de barrage empêchent l'évacuation sur les postes de secours et le rôle des brancardiers se borne à une mise à l'abri ; si l'ennemi recule, on se hâte de recueillir les blessés car l'arrosage va recommencer. En cas d'attaque de nos troupes le secours attend. Dans la première parallèle d'assaut, il se porte sur le terrain. Si l'attaque réussit, on s'organise dans les tranchées conquises, mais encore le tir de barrage rend souvent difficile l'évacuation et celle-ci est toujours très périlleuse. ”
Joseph Archer, Projet de règlement de manoeuvre du canon d'infanterie de 85 millimètres… (1918)
“ Un tir de barrage nourri de deux heures sur un front de 300 kilomètres épuiserait complètement les réserves de munitions de l'ennemi. Dans la progression, le fantassin sera soutenu par l'artillerie de 75 et par l'artillerie lourde qui aura pu suivre. L'artillerie fera un tir en avant de la zone battue par le canon d'infanterie, elle démoralisera l'ennemi, neutralisera son artillerie, l'empêchera de monter ses contre-attaques, et l'obligera à se terrer. ”
Maurice-Alexandre Pamard, Emploi de l'artillerie (1921)
“ Si bien exécuté soit-il, et déclanché aussi rapidement que peuvent le lui permettre les moyens de transmission les plus parfaits, un tir de barrage n'arrêtera jamais une attaque solidement montée. Dans ce cas, le meilleur appui est la contre-préparation agissant sur les réserves et les cheminements de l'adversaire. Si l'attaque n'est pas importante, l'infanterie doit l'arrêter avec ses propres moyens (V.-B. par exemple) et éviter à l'artillerie une fatigue et une dépense de munitions inutiles. ”
Emploi de l'artillerie dans la défensive (1916)
“ Dans certains cas, les conditions de sécurité obligent à n'exécuter le barrage qu'en arrière des tranchées ennemies. Il perd alors presque toute sa valeur puisque l'ennemi reste libre de masser ses troupes d'attaque dans la trànchée de première ligne et de déboucher sans tomber sous notre feu d'Artillerie. Il est du devoir des Commandants de secteurs de chercher par tous les moyens à ramener leurs barrages sur les tranchées ennemies de première ligne (rapprochement des batteries, emploi de batteries ou de pièces agissant d'enfilade, tir d'obus à balles percutants, etc.) ”
Les opérations franco-britanniques dans les Flandres… (1918)
“ C'est un véritable tir de barrage qui met les réserves ennemies dans l'impossibilité d'intervenir. Pendant ce temps, l'infanterie d'attaque, avec un beau sang-froid, s'efforce d'appliquer les théories apprises; elle organise la position conquise, ce qui, dans un village, est assez facile, et elle tente de remettre de l'ordre dans les unités qui ont combattu, cequi est extrêmement pénible sur la ligne de feu. ”
Les 25e, 65e et 106e bataillons de chasseurs à pied pendant la grande guerre… (1935)
“ Le tir de barrage allemand, artillerie et mitrailleuses, est bien réglé et beaucoup des nôtres tombent sans que, pour cela, l'élan s'arrête, et les premiers éléments dépassent de beaucoup les buts assignés, le nettoyage de la première position allemande est exécuté aussitôt, mais ceux qui l'opèrent, pris d'enfilade par une mitrailleuse, tombent à leur tour. ”
Historique du 3e groupe du 101e régiment d'artillerie lourde de campagne pendant la guerre 1914-1918 (19..)
“ Il part accompagné de l'adjudant VINCENT. Arrivés près de la ferme Saint-Amand à l'est de Soissons, ils sont arrêtés par un tir de barrage intense. Profitant d'un moment d'accalmie, ils traversent la zone de barrage et se dirigent vers le ravin de Pernant lorsqu'ils sont arrêtés à nouveau par un réseau de fils de fer. Le feu redouble d'intensité. Sous une pluie de fer et de feu, aveuglés par les éclatements, ils cherchent-un passage. ils rampent, se relèvent et repartent encore. ”
Joseph Bédier,
Revue des Deux Mondes
“ Dans la pratique, comme il arrive qu’à l’insu de l’artillerie quelque incident de combat arrête la marche de l’infanterie tandis que le tir de barrage poursuit la sienne, il faut convenir à l’avance qu’on s’arrêtera à telle minute, sur telle ligne ”
“ L’infanterie connaît l’art de coller au barrage d’artillerie et de faire irruption à sa suite dans les positions ennemies. C’est la condition essentielle pour que l’assaut réussisse. L’infanterie, en terrain libre, marche sous la protection de ses mitrailleuses qui pratiquent le barrage en tir indirect. Elle compte sur ses propres moyens pour surmonter les difficultés. L’attaque doit continuer de manière ininterrompue, en engageant le plus tard possible les éléments de soutien qui ne doivent, en principe, être employés que là où le succès a été déjà obtenu, pour l’élargir et l’exploiter. ”
Historiques du 3e bataillon de marche et du 4e bataillon d'infanterie légère d'Afrique (1920)
“ Le 17, après le déclanchement de l'attaque, le bataillon progresse par compagnies en utilisant les boyaux et les couverts jusqu'aux premières lignes françaises. A ce moment, un violent tir de barrage exécuté par l'artillerie allemande retarde sa progression. Le mouvement en avant s'effectue par compagnies en formation très diluée sous, le barrage, et sans pertes sensibles. Les compagnies progressent malgré tout et la liaison est établie entre le commandant du 1er B. A., dont les éléments de tête ont atteint la lisière sud du mont Perthois. ”
Historique du 27e R. I. pendant la guerre 1914-1918 (19..)
“ A droite, les groupes ennemis sont arrêtés par les feut de la 2e compagnie et une contre-attaque à la baïonnette du 950 ; à gauche, les Allemands sont pris sous les feux des mitrailleuses et fusils-mitrailleurs de la Ir. Compagnie. D'autre part, notre tir de barrage est très efficace. C'est un nouvel échec pour l'ennemi. ”
Henry Bordeaux,
Revue des Deux Mondes
“ La section avance toujours avec un entrain endiablé. J’ai l’impression que nous allons trop vile. A ma gauche, la Section Grisez fait de même. Des obus éclatent nombreux, à 150 mètres derrière nous. Je m’aperçois que nous avons dépassé notre tir de barrage. Heureusement, un artilleur est là : il lance une fusée et le tir s’allonge. Nous avons maintenant le Plessis en arrière et à droite, Lassigny à quelques centaines de moires devant nous. Il est vraiment dommage que ce dernier village ne soit pas notre objectif, car nous en sommes très près et nous le prendrions sans coup férir. ”
Henry Ruffin, Notre camarade Tommy : offensives anglaises de janvier à juin 1917 (1917)
“ Dans les écoles spéciales — grenades school, gaz school — nous avons pratiqué, à la façon de jeunes cadets, l'initiation aux mystères. ' Derrière d'admirables tranchées en hauteur, faites de sacs de terre, découpées en courtines, contrescarpes, demi-lunes, nous fut donné le spectacle d'un tir de barrage, exécuté par des fusils à grenade et des lance-bombes. Il est fort regrettable qu'il n'y ait eu, en face de nous, comme ennemi, qu'un misérable champ de betteraves : à raison simplement d'un homme par cinquante betteraves, ce tir idéal eût anpanti pour le moins d'eux bataillons allemands. ”
Instruction sur l'action offensive des grandes unités dans la bataille… (1917)
“ Le barrage d'accompagnement commence sa progression immédiatement au delà de la parallèle de départ la plus avancée, pour permettre à l'infanterie de sortir et de serrer sur les obus. L'allongement se fait par bonds courts pour que tout le terrain soit balayé et que le masque devant l'infanterie soit constant et continu. Le tir d'accompagnement est exécuté par la majorité de l'artillerie de campagne : le barrage roulant, avec des obus explosifs percutants; le tir de ratissage, en obus fusants. ”
Alphonse Grasset, La guerre en action. 5, Le 8 août 1918 à la 42e division… (1930)
“ On passe sans s'arrêter. On regrette que le barrage roulant et la canne du capitaine Pégoud imposent une marche aussi lente. Mais, à 8 heures, des balles sifflent ou ricochent en miaulant furieusement, d'abord isolées, puis de plus en plus nombreuses. Du côté du bois du Dé, un méchant boqueteau de 100 pieds carrés, en même temps qu'une pluie de balles arrive, on entend, à travers les explosions du barrage, s'égrener les coups pressés de mitrailleuses. Le bois est à 700 mètres ; le tir est ajusté; des chasseurs tombent. ”
Historique du 47e R.A.C., 1914-1919…
“ Une formidable attaque est imminente, elle devait avoir lieu le matin, elle aura peut-être lieu le lendemain, il faut, qu'au jour, les batteries soient en mesure d'assurer le barrage. Mais, questionnons-nous, il y a sans doute des positions préparées, tout au moins reconnues, il y a des munitions à pied-d'œuvre, des carnets de tir tout prêts ? Il y a des guides, pour nous y conduire à ces positions ? Un sourire répond à ces questions qui semblent intempestives: « Messieurs c'est la guerre de mouvement ». ”
Historique du 70e bataillon alpin de chasseurs à pied pendant la guerre 1914-1918 (1920)
“ La violence du tir de barrage ennemi n'empêche pas l'attaque de se dérouler avec le même ordre et la même précision que sur le champ de manœuvres. En dehors de la conquête d'une position stratégique de première importance, le résultat de l'attaque se chiffre par la capture de 400 prisonniers, 3 canons de campagne, 8 mitrailleuses et un important matériel. ”
Historique du 111e régiment territorial d'infanterie pendant la guerre 1914-1918 (19..)
“ Le tir de barrage français est immédiatement déclenché, les mitrailleuses et fusils-mitrailleurs ouvrent un feu très vif sous l'énergique direction du lieutenant RIGAUD qui, en dépit du bombardement le plus violent, a réussi à rejoindre ses mitrailleuses pour les mettre en action, en contournant le bois par les endroits les moins battus. ”
Georges Boucheron,
L'assaut : l'Argonne et Vauquois avec la 10e division…
(1917)
“ Le lendemain même alerte, le tir de barrage précipité répond à notre demande, le 75 tape, hache. Il nous arrose d'un feu d'enfer avec des coups trop courts, qui atteignent nos propres tranchées. Les hommes non protégés contre l'arrière s'énervent. La mort arrivant de chez les Boches est bien reçue, venant de chez nous, dans le dos c'est plus désagréable, quelques hommes s'accroupissent pour se dérober aux coups. Les obus écrêtent les parapets et passent en frôlant ”
Mme J Delorme Jules Simon, Âmes de guerre, âmes d'amour, roman (1917)
“ A 16 heures, ils partent avec un calme impressionnant; notre artillerie nous soutient bien et accable d'obus les tranchées allemandes.Mes lignes progressent ; les tirs de barrage ennemis ne les atteignent que faiblement. Bravo, encore un peu d'énergie. Ça y est, je vois la première vague sauter dans la tranchée ennemie, c'est mon tour, j'y vais, adieu. Les yeux sont fixés sur les points encore occupés par l'ennemi, d'où sortira la mort. Ça va!. Un tir de barrage. Je me terre dans un trou d'obus; je repars, nouveau barrage, nouvel arrêt à 100 mètres du premier. ”
Annexes à la note sur l'organisation du tir du canon de 75 contre objectifs aériens… (1915)
“ Les unités sur plate-forme emploient le tir de barrage sur un objectif ayant une vitesse de rapprochement ou d'éloignement nettement appréciable, le tir sur hausses échelonnées alternativement progressives et régressives dans le cas du but défilant transversalement et dans le cas du tir sous de grands angles de site. ”
Grand quartier général des armées du nord et du nord-est… (1917)
“ Être conduit à la plus grande vitesse possible, les interruptions, les ralentissements et la cessation de tir étant réglés par les prescriptions du plan de barrage; Même si l'ennemi a pénétré dans nos lignes, le barrage d'artillerie est maintenu tant que l'infanterie ne demande pas son raccourcissement: il sert alors d'encagement pour le jeu des contre-attaques. ”
