“ « Monsieur Jean » lui apparaissait comme un être à part ; un peu moins que le bon Dieu — puisqu’on lui avait enseigné que, de celui-là, nul n’est l’égal — mais beaucoup plus qu’un homme. « Monsieur Jean » savait tout, faisait tout. Il osait tout aussi, car c’était avec lui que la petite fille allait porter de gros bouquets sur la tombe de sa mère. Et elle devinait, avec une très profonde perspicacité, que si M. d’Érdéval apprenait quelque jour que ses plus belles roses s’en allaient fleurir le tombeau de la Florine, il attraperait vigoureusement son favori. ”
Gyp
Élements biographiques
Sibylle Gabrielle Riquetti de Mirabeau, connue sous le pseudonyme de Gyp, fut une dramaturge, romancière et salonnière française du XIXe siècle, dont l’œuvre regorge de critiques acérées de la société bourgeoise. Née en 1849 dans une famille aristocratique, elle allie ironie et observation percutante dans des textes comme Le Mariage de Chiffon (1894) ou Petit Bob (1882), où elle dévoile les absurdités des mœurs et des relations humaines.
Son style, marqué par un esprit mordant et un humour corrosif, reflète aussi ses positions politiques controversées, notamment son antisémitisme et son engagement boulangiste. À travers ses romans et pièces de théâtre, Gyp crée un univers où les archétypes sociaux prennent vie, laissant une trace indélébile dans la littérature française de la Belle Époque.
Citations de Gyp
Gyp,
Le bonheur de Ginette
(1911)
“ Pendant quinze jours, Geneviève fut presque absolument heureuse. Jacques et elle vivaient l'un à l'autre, s'aimant sans parler du lendemain. Madame de Thièle voyait avec joie diminuer peu à peu la défiance de Chavoy. Il lui semblait plus abandonné, plus affectueux. Elle l'aimait d'une tendresse passionnée mais pourtant lucide, qui en plein bonheur lui faisait entrevoir un avenir douloureux pour elle. Elle comprenait qu'alors que Jacques serait le seul amour et le setil bonheur de sa vie, elle ne serait dans sa vie à lui qu'une maîtresse aimée plus ou moins longtemps. ”
Gyp,
Le mariage de chiffon
(1894)
“ Les doux yeux bleus se troublaient, et des larmes rondes, semblables à des boules de verre, glissaient sans se déformer sur les joues fraîches de Coryse. Corysande d'Avesnes, qu'on appelait Coryse, ou plus habituellement Chiffon, était une fillette solide et souple, beaucoup plus bébé que jeune fille, avec encore les angles et les disproportions de l'enfance, et la peau transparente des tout petits, — cette peau sous laquelle courent des lueurs roses. ”
