René Thorel,
Souvenirs de guerre
(1918)
“ Il faut être arrivé à pas de loup, au débouché d'un boyau, près de nos soldats aux aguets, pour savoir ce qu'il y a chez eux de courage réfléchi, de sang-froid, de grandeur et de bonté : vous les frôlez, ces hommes aux peaux de biques, ils ne se retournent même pas ; leurs yeux sont fixés sur le réseau de fils de fer barbelés qui protège leur tranchée. Personne ne parle, les fusils eux-mêmes sont haletants ; car, si une ombre surgit en rampant devant eux, aussitôt le silence glacial de la nuit vibre d'un clicclac qui s'appelle peut-être là-bas, à quelques centaines de mètres : la Mort ! ”

