A. Morel-Fatio

Résumé

A. Morel-Fatio Revue des Deux Mondes

Mais à côté de ces « choses d’Espagne » dont la parfaite intelligence n’appartient qu’aux compatriotes de Cervantes, il en reste tant d’autres accessibles à tous que le Don Quichotte a été très vite adopté par l’humanité entière et est devenu un de ses romans de prédilection : peut-être ne partage-t-il qu’avec Robinson Crusoé l’honneur de n’avoir absolument pas vieilli et, point capital, de s’adresser à tous les âges. Le plus grand signe de vitalité d’un livre d’imagination n’est-il pas en effet qu’on en puisse tirer des abrégés pour l’enfance et la jeunesse, sans le trop affadir ?
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A. Morel-Fatio Revue des Deux Mondes

N’y a-t-il pas dans le fanatisme de Philippe II quelque chose qui rappelle la manie de Don Quichotte et la crédulité de Sancho ? Les moulins à vent du Roi, ce sont les hérétiques, il en voit partout et se persuade qu’il les exterminera jusqu’au dernier : seulement, les Flamands résistent, la moitié des Pays-Bas se libère de son joug et fonde une république. Il rêve, comme l’écuyer, de conquérir une île et d’en devenir le maître : ses bateaux sont coulés ou sombrent dans la tempête.
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A. Morel-Fatio Revue des Deux Mondes

Don Quichotte n’est ni Charles-Quint ni le duc de Lerme, comme on l’a supposé très inconsidérément. Quoique fort instruit des tares du régime gouvernemental et administratif de son pays, Cervantes ne s’est jamais senti la vocation d’un frondeur politique ni d’un réformateur ; jamais il ne se serait permis de satiriser un ministre tout-puissant, ni de projeter une ombre sur la mémoire d’un grand souverain. Charles-Quint, l’homme le moins aventureux du monde, n’offre au moral rien qui permette de le comparer à Don Quichotte
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