“ Je n’aime pas les États-Unis, parce que la vie intellectuelle y est inconnue, que l’argent n’y sert qu’à gagner de l’argent, et qu’il n’y a point de place pour le poète, le peintre, le musicien, et autres fainéans que nous aimons tant, vous et moi ; que la poésie n’y peut plus même se promener seule, indépendante et rêveuse, aujourd’hui que les vieilles forêts, son dernier sanctuaire, tombent sous la hache de cette civilisation sauvage. ”
A. Sp.
Résumé
La Revue des Deux Mondes, rédigée par A. Sp., examine les tensions entre civilisation et création artistique, en se demandant sur le rôle du poète dans un monde industrialisé. À travers des réflexions sur l’Allemagne, les États-Unis et l’Antiquité, l’œuvre critique la marginalisation des intellectuels, évoquant le destin de figures comme Faust ou les textes de l’Iliade.
Les thèmes du Moyen Âge, de la poésie et des contradictions de l’humanité y prédominent, illustrés par des exemples de citations qui soulignent l’urgence d’une réflexion sur l’équilibre entre les forces sociales et individuelles.
Citations de Revue des Deux Mondes (A. Sp.)
“ M. Hœring dit entre autres choses : « C’en serait fait de tout ce qui relève et anoblit la vie, de tout ce qui nous donne du courage pour vivre, s’il fallait attendre, pour penser aux belles et grandes choses, qu’on eût mis fin à toutes les misères de ce monde. » Il a parfaitement raison : le mal existe dans une telle proportion et de telle sorte, que nos efforts pour le détruire d’un côté ne servent trop souvent qu’à l’augmenter de l’autre. Nous ignorons pourquoi, et c’est la pierre d’achoppement de toutes les philosophies. ”
“ Peut-être aura-t-il pensé alors, comme nous, qu’il suffirait d’une armée de Lorrains et d’Alsaciens pour défendre l’Alsace et la Lorraine, même contre la Prusse. En somme, M. Hœring devrait reconnaître, à sa crainte même de la tendance du siècle, ce symptôme de nécessité fatale et irrésistible qui a toujours rendu les événemens plus forts que les hommes. Qu’il se résigne donc en se souvenant que les masses ont la conscience du but même qu’elles ne connaissent pas, et que les intérêts généraux font toujours justice des extravagances excentriques. ”
“ Faust, sorte de Prométhée de l’âge chrétien, est cette activité rêveuse de l’intelligence solitaire qui se dévore elle-même quand les élémens lui manquent dans le domaine du réel, et que les contradictions l’arrêtent dans le possible. Toutes les voies des mondes visibles et de l’infini étant ouvertes à ses aspirations fiévreuses, c’est l’histoire de l’humanité entière, non pas seulement en général, mais de toutes les individualités, de tous les caractères excentriques, que le poète entreprendra de rendre vraisemblables. ”
“ En Angleterre, la loi est plus respectée officiellement, mais l’hypocrisie, le cant, vient au secours des malaises individuels qui ne sont pas assez faibles pour s’en laisser écraser. Pour être sourde, la lutte n’en est pas moins réelle. D’un autre côté, ce pays a toujours produit bon nombre de natures excentriques dont les souffrances et les mouvemens convulsifs fournissent au peintre de mœurs des sujets d’étude magnifiques et variés. La physionomie extérieure du roman en Angleterre n’est pas tout-à-fait la même qu’en France, mais on y retrouve sans peine le même principe vaste et profond. ”
“ Leipzig Le destin réservé à la mémoire de Napoléon est peut-être le fait qui plaiderait le plus puissamment pour l’existence de lois fatales dans l’histoire de l’humanité. On ne peut nier que l’homme du siècle n’ait traité les peuples comme s’il eût été convaincu qu’ils n’admirent que celui qui les peut mépriser, et n’obéissent que lorsqu’ils craignent. L’Allemagne surtout a été foulée et remaniée par Napoléon de la manière la plus orgueilleuse. ”
“ Cette noble intelligence, ainsi placée avec les conditions d’énergie et de puissance, reste supérieure au démon qui n’a sur elle qu’une prise, pour ainsi dire, toute matérielle. Il entrait dans le plan de Goëthe de montrer le vaste esprit de Faust petit auprès d’une puissance surhumaine ; M. de B. a pris le contre-pied, et c’est là sa gloire, car il a réussi dans cette lutte. Chez Goëthe, Faust, dégoûté par tous les plaisirs qu’on lui offre, querelle misérablement Méphistophélès, et s’use, à la grande joie de celui-ci, dans l’aigreur d’un dépit impuissant. ”
“ Avec l’avenir qu’elle se fait, c’est un vrai miracle qu’elle ne soit pas dix fois pire. On ne peut nulle part voir plus clairement que par elle combien sont misérables tous les moyens que les gouvernemens emploient pour étouffer l’esprit du siècle. Ici, où l’éducation est remise aux jésuites, où l’on ne souffre aucun club, aucune gazette libérale, aucun livre qui ait pour objet l’état actuel du corps social et de l’église, ici où tout vit de l’église et du gouvernement, celui-ci n’a d’influence qu’autant qu’il a de l’argent à répandre et des places à donner. ”
“ Je n’aime pas les États-Unis, parce que la matière y règne seule, parce que la civilisation y a rétrogradé jusqu’à la satisfaction unique des appétits les plus grossiers, parce que le lien d’homme à homme n’y est qu’une exception, que les associations n’y sont qu’une ligue momentanée d’intérêts destinés à se combattre, et que la garantie la plus forte de l’ordre social est l’égoïsme se dressant avec sa défiance et sa jalousie incessantes contre l’égoïsme du voisin. ”
“ Le principe d’harmonie de l’orphéisme était l’amour, tandis que celui de l’homérisme, dans l’Iliade, était l’opposition et le combat, enfin l’expression de l’héracléisme, qui n’est que l’ordre établi par le combat et par la victoire. Les tragiques grecs, dont les idées de fatalité et de nécessité dominaient les conceptions, étaient et devaient être homériques. L’Odyssée est plus orphéique, et n’est pas du même auteur, ni du même siècle que l’Iliade. ”
“ Narbonne travaille et trahit le besoin qu’il a de plaire ; T... laisse échapper ce qu’il dit, et ne sort point d’un état d’aisance et de tranquillité parfaite. Ce que dit Narbonne est plus brillant ; ce que dit T... a plus de charme, de finesse, de gentillesse. Narbonne n’est point l’homme de tout le monde ; les personnes sensibles ne l’aiment nullement ; il n’a sur elles aucune puissance. T..., avec une corruption morale égale à celle de Narbonne, peut toucher jusqu’aux larmes ceux-là même qui prétendent le mépriser... ”
“ Rien n’est encore désespéré, parce qu’on peut avoir beaucoup d’esprit, de jugement, et de poésie dans l’ame, et se trouver gêné par la versification. La forme même du livre, qui entraînerait à la frivolité un auteur français, peut n’être pour un Allemand que le salutaire engagement d’être moins spécial que de coutume, d’intéresser par des détails plus humains, par des artifices auxquels la masse des lecteurs se laissera toujours prendre. ”
“ Pourtant M. le chevalier de Lelly pourrait être récusé avec justice. Il prend, comme l’indique son titre, son point de vue de haut, et ne laisse tomber qu’avec pitié son regard sur les gens de lettres. Faire plaisir aux hommes comme il faut, leur retracer les scènes que leur imagination caresse le plus volontiers, combler les lacunes de la littérature mondaine, et rudoyer, en passant, les pédans qui se croient propres à tout, même à cette tâche, tel est son but : c’est, comme on voit, l’aristocratie intelligente qui se révolte contre la souveraineté du peuple. ”
“ C’est un homme trop habitué à choisir dans les choses qu’il veut prendre au sérieux ; il n’aime pas agiter sa vie d’une manière maladroite. Nous avons tout lieu de croire qu’il en est trop satisfait. Prince par la naissance, ce qui aiderait encore, s’il en était besoin, sa fantaisie périodique d’être prince par l’esprit, il goûte la vie bonne, douce, confortable, la vie avec les émotions qui la font sentir, sans aller jusqu’à celles dont la violence relâche et affaiblit les facultés par une tension imprudente. ”
“ Notre civilisation, la plus noble qui se soit jamais formée et développée d’elle-même, a pourtant une écume inconnue dans les autres pays, et qui ne pouvait déborder que dans un pays où la liberté est illimitée. Ces trappeurs sont, pour la plupart, des hommes de rebut, ou des coupables échappés au bras vengeur de la loi, ou des natures effrénées auxquelles la liberté rationnelle des États-Unis paraît encore une contrainte. ”
“ Son chapitre des Philistins est un excellent morceau de verve et d’humour. M. de Lelly est de l’école du prince Puckler, avec les différences qui résultent d’une individualité assez marquée. Sa manière est un peu celle de Montaigne auquel il a emprunté l’épigraphe : Mon mestier et mon art, c’est vivre. Il se fait, comme lui, enfileur d’anecdotes, de proverbes, de réflexions, sans arriver, autant que Montaigne, au charme de l’imprévu. Je ne saurais dire jusqu’à quel point son style est en-deçà ou au-delà de celui du prince Puckler. ”
“ C’est en vain que Méphistophélès veut le tenter par l’appât d’une vie nouvelle, lui promettre l’engourdissement d’autres plaisirs ; Faust rejette avec mépris ces offres et bannit loin de lui l’esprit des ténèbres. La lutte est neuve et belle. L’être mortel domine encore de toute la hauteur d’une intelligence divine le démon puissant. Vendu à l’enfer, il ne veut violer aucune des conditions du contrat, faisant dédaigneusement remise à l’esprit du mal du reste des biens promis en échange de son ame. ”
“ Je n’en suis pas moins d’avis que le roman, tel qu’on le conçoit en France et en Angleterre, le roman, peinture animée et saisissante de la société, ce drame qui applique à la vie réelle les moyens les plus puissans de la poésie, manque tout-à-fait à l’Allemagne. La faute n’en est point aux hommes, mais à l’état social. ”
“ Les fonctions de ce roi parvenu, dieu viager, consistent uniquement à présider à la poésie de l’univers ; il s’acquitte du métier en dieu qui avait une vocation décidée. La terre n’a pas eu depuis mille ans d’autres poètes que de sa main. Tous ceux qu’il a voulu privilégier, il les a embrassés. Pour peupler son conservatoire de poètes, il a parcouru toute l’Europe, embrassant Dante, Pétrarque, Arioste, Shakspeare, Cervantès, Gottfried de Strasbourg, Schiller, Goethe et M. Tieck : mais il a dédaigné d’entrer en France, qui ne lui offrait pas de sujets, apparemment. ”
“ Il faut n’avoir pas regardé de bien près pour croire que la cause révolutionnaire ait beaucoup perdu à la suppression des associations politiques dans les universités. Une pareille agrégation, dans l’état tranché des mœurs des étudians, n’est qu’une déclaration d’isolement. On arrive bien, en sortant d’un cabaret, à se faire tuer à l’attaque d’un corps-de-garde, mais on ne fait pas une révolution. Les révolutions ne se font que d’intelligence avec les masses, et les masses sont le Philisterium, étranger à l’étudiant allemand, qui leur paraît à son tour un homme d’un autre pays. ”
“ La constante nécessité où ils se trouvent de se fier à leur force corporelle produit en eux une confiance qui ne recule devant aucun danger, une vivacité de coup-d’œil et une justesse de jugement dont l’homme de la société civilisée peut à peine se faire une idée. Leurs souffrances et leurs privations sont souvent affreuses, et nous avons vu des trappeurs qui avaient enduré des maux auprès desquels les aventures imaginaires de Robinson Crusoë ne sont que des jeux d’enfans, et dont la peau s’était durcie comme une écorce, et ressemblait plus au cuir tanné qu’à l’enveloppe humaine ”
“ M. Varnhagen continuait de publier chaque année, en société avec ses amis, une sorte d’almanach des Muses, guirlande poétique pour laquelle il voulait amasser des trésors de pensée et de style, car ces anthologies méritent en Allemagne moins de dédain qu’en France, et les poètes les plus élevés ont successivement soutenu de leur nom et de leur génie ces publications. Les efforts de M. Varnhagen n’étaient après tout que la conséquence d’un système fort louable, mais qui a ajourné, indéfiniment peut-être, la transformation nécessaire de la prose allemande. ”
“ J’avais pris ma part du chagrin de Mme de La Châtre, et, comme elle m’intéressait déjà beaucoup, je fus d’autant plus blessé qu’on ne me fît point participer à la joie. Je voulus quitter sur-le-champ la maison, et je n’en cachai point la cause à Narbonne. « Vous ne me ferez point cette peine-là, me dit-il ; les femmes ont de la pudeur quand il est question de leurs amans. La douleur peut les faire sortir des bornes à cet égard ; mais la réserve revient avec le calme. » Il en parla tout aussitôt à Mme de La Châtre. ”
“ Il y a en Allemagne des gens qui n’aiment pas l’Amérique : ce sont les petits princes des états méridionaux et des bords du Rhin, dont les sujets émigrent en foule, comme saisis du mal de l’étranger. J’en excepterais peut-être le prince de Wied-Neuwied, par la raison qu’il est savant, qu’il a eu l’immense avantage de parcourir, sous l’incitation d’une pensée profonde, d’une vocation chérie, les magnifiques forêts du Brésil, et d’y empailler des ovipares et des mammifères, de manière à se consoler des émigrations des autres. Et puis les Allemands émigrent très peu au Brésil. ”
“ Là où la sociabilité sans développement étouffe le germe de beaucoup de passions et n’accorde qu’un certain nombre de faces aux caractères, il faut y suppléer dans le roman et dans le drame par l’accumulation des faits. Chez nous, au contraire, le tableau d’une situation morale bien simple, l’analyse d’une de ces passions immobiles qui se nourrissent d’elles-mêmes, ont suffi plus d’une fois à défrayer plusieurs volumes. ”
“ M. Spindler est sans contredit l’un des romanciers les plus distingués de l’Allemagne, l’un de ceux surtout qui font le mieux des choses incomplètes, parce qu’ils étaient nés pour tout comprendre. Il observe et voit juste, sent finement la nature humaine, et trouve à l’occasion le comique avec bonhomie, parce qu’il n’a aucun engagement avec la sentimentalité nationale. Avec tout cela M. Spindler, résolu à l’effet à tout prix, écrit rarement de bons romans. Il commence par la simplicité et finit dans le terrible. ”
“ Un prétorien de Napoléon ne parlait pas de sa double entrée à Vienne avec une joie plus solennelle que M. Varnhagen ne parle de ses méditations qui avaient pour but de compléter l’un par l’autre l’enseignement de Schleiermacher et celui de Steffens. On ne peut imaginer abstraction plus complète du moi au profit de la seule intelligence : le monde extérieur semble n’avoir aucun attrait, aucun sens ; et je dis l’intelligence seule, car les sentimens, les passions même se mettent au service de cette faculté envahissante. ”
“ Il s’épanouit, à la moindre occasion favorable, en homme qui trouve que la vie est encore bonne à quelque chose sur cette terre. Il ne marchande pas sur le plaisir, de quelque part qu’il vienne, et savoure une belle vue dans le parc d’une altesse avec aussi peu de scrupule qu’il certifie la bonne grace et la simplicité populaire d’une autre altesse royale aux bains de la Baltique. Ce bon vouloir de jeunesse, qu’il est si heureux de posséder, ne lui permet d’être hostile et âcre qu’en théorie, et ce bonheur-là est une très malheureuse qualité pour un imitateur de Heine. ”
“ Mme de S... est une femme de génie, une femme extraordinaire et excentrique dans tous ses discours, dans toutes ses actions. Elle ne dort que quelques heures, et passe le reste du temps dans une continuelle et effrayante activité. Ses conversations sont de véritables traités, ou, si vous voulez, un flot immense de verve et d’esprit. Les gens de complexion vulgaire sont les seuls qu’elle ne puisse souffrir auprès d’elle. ”
“ Jeté à l’improviste au milieu d’un monde qui lui était étranger, enivré par le luxe de l’esprit uni au luxe des richesses, le pauvre Bollmann éprouva ce qui arrivera toujours au mérite indigent que les circonstances placent sur le pied d’une égalité passagère, quoique rationnelle, avec le mérite opulent. Les jeunes gens qui attendent une position sont portés à croire, en pareil cas, que cette position est déjà faite. ”
“ Le trappeur évite l’homme, et le regard dont il mesure celui qu’il rencontre dans le désert est plus rarement le regard d’un frère que celui d’un meurtrier, car l’amour du gain est ici un aiguillon infernal aussi puissant que dans le monde civilisé. Ordinairement, quand deux trappeurs se rencontrent, il en est un qui perd la vie. Le trappeur déteste son concurrent à la recherche des précieuses peaux de castor, bien plus encore que l’Indien. Il abat celui-ci avec le même calme qu’il abattrait un loup, un buffle ou un ours ”
“ Aussi nous affligeons-nous quand nous voyons obsédés de doutes pareils des esprits avec lesquels nous aurions grand plaisir à sympathiser. M. Hœring est moins autorisé qu’un autre à désespérer de l’avenir. Qu’il se rappelle que son roman de Walladmore a été attribué à Walter Scott, du vivant même du célèbre Écossais, et qu’on l’a lu en Angleterre avec un empressement égal à celui qui l’a accueilli en Allemagne. C’est là une preuve que les préoccupations politiques les plus graves gardent le silence au moins pendant quelques heures devant l’inspiration de l’esprit. ”
“ Si, grâce à la civilisation et aux jalousies des puissances rivales, il ne peut plus prouver son amour par de fréquentes invasions, si les monarques n’osent plus exercer dans ces pays qu’une protection honteuse et dissimulée, leurs sujets continuent d’y suivre l’impulsion du moyen-âge, et perpétuent une sorte d’irruption, argent comptant. Malheureusement, les Allemands, gens économes, en veulent avoir pour cet argent, et, non contens de la jouissance réelle, ils prétendent la renouveler par les souvenirs. De là cette foule incessante de livres sur l’Italie. ”
“ Il est des êtres, en petit nombre à la vérité, auxquels de tels sentimens sont permis. L’indifférence de Goëthe pour certains systèmes, et peut-être aussi pour les moyens, tenait à l’élévation de son esprit qui lui faisait préférer le but aux instrumens, et ce but, quand il l’avait choisi, reconnu digne d’efforts, il savait qu’on pouvait l’atteindre, n’importe comment, et s’inquiétait fort peu du reste. C’est encore ainsi qu’il nous apparaît dans le livre du docteur Vogel. La fin qu’il a constamment devant les yeux est l’avancement de l’art et de la science. ”
“ Faust refuse d’exposer ce malheureux aux dangereuses conséquences de son dévouement, et s’empoisonne sur les ruines de son laboratoire. Méphistophélès s’élance pour s’emparer de son ame ; l’ombre du jeune fils de Faust descend au même instant, rayonnante d’innocence et de félicité céleste, apportant une palme de pardon. Les sons d’un orgue pieux se font entendre, et l’ombre du démon s’abîme sous terre. ”
“ Et pourtant, sans l’initiation d’une révolution populaire, sans changement dans le système des alliances européennes, l’Allemagne, qui haïssait Napoléon il y a vingt ans, est peut-être en ce moment le pays où cette haine soit expiée par l’admiration la plus naïve, admiration qui se monte à l’enthousiasme, comme tout ce qui doit durer chez les Allemands. ”
“ Loin de racheter, par le charme du style, cette absence de vocation, il n’a même pas la poésie des mots, cet effort impuissant de l’esprit qui veut rêver ce qui lui manque ; il n’a ni le nombre, ni le plus simple artifice de l’art de l’écrivain. ”
“ Ce sera même l’humanité par ses côtés les plus étroits, avec ses faiblesses misérables, et le caprice maladif de Faust pourra l’y faire descendre souvent. Je ne connais, dans l’histoire de l’esprit humain, aucun symbole aussi vaste, aussi fécond, et qui puisse aussi bien servir de cadre commun aux vocations les plus diverses, aux talens les plus opposés, de champ où puissent mieux se rencontrer, avec un but différent, le philosophe, le poète et peut-être le prêtre. ”
“ L’homme doit trouver du plaisir à l’art ; mais on ne peut pas jouir de toute sorte de plaisirs sans préparation : il faut tout apprendre, même la jouissance. Les jeux de quilles, de whist, sont sans doute des amusemens importans, mais ils veulent être appris. Il en est de même du plaisir de l’art ; celui qui l’a appris est un connaisseur, et de même que les quilles et le whist n’existent que pour ceux qui savent y jouer, l’art existe avant tout pour le connaisseur. ”
“ Voici un écrivain qui n’a pas la prétention de marcher à la tête de la littérature allemande, pour toutes sortes de raisons, dont la première est qu’il habite l’Amérique. Néanmoins il peint le monde et la société avec un naturel parfait et même avec beaucoup d’esprit. On sent l’homme de la vie pratique qui emploie très bien l’humour propre aux pays septentrionaux. Et puis, il n’a pas de parti pris : il est bien un peu fier de sa qualité de citoyen des États-Unis, et nous plaint de languir en Europe sous des tyrans dont beaucoup d’entre nous ne s’inquiètent guère ”
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