“ L’horizon opposé se teignait de rose, et le ciel pâlissait jusqu’au vert. Segonde ouvrait sa porte, et jetait mon nom dans le jardin ; je rentrais, et c’était le livre repris, le conte à voix basse, ou l’attente silencieuse sous la lampe, le repas, le coucher prompt... un modeste et sage bonheur. J’écrivais de mon mieux à ma mère qui, en retour, m’embrassait bien fort, dans ses lettres à ma tante. Elle pensait venir me chercher à Noël, et, malgré l’ennui où j’étais de ne plus la voir, il ne me tardait guère de rentrer à la ville que j’imaginais si triste sous le brouillard d’hiver. ”
André Lafon
Résumé
Publié en 1912, L’Élève Gilles d’André Lafon, distingué par le Grand prix de littérature de l’Académie française, suit l’adolescent Gilles lors de son séjour à la campagne chez sa tante, puis son retour à l’internat.
À travers ses rapports ambigus avec les autres élèves, ses problèmes familiaux et sa recherche d’affection, le roman examine les tensions de l’adolescence, les liens fragiles entre générations et la vulnérabilité des sentiments. La prose poétique et introspective de Lafon immortalise un moment troublé de la jeunesse, marqué par l’isolement et l’émancipation.
Citations de L’Élève Gilles (André Lafon)
“ Je vous salue... Souvenez-vous... Depuis que j’allais seul à ma chambre, je me couchais vite et m’endormais en écoutant le piano. Ma tante se pencha sur moi, et me recommanda de dire : Mon Dieu, conservez, s’il vous plaît, la santé à mon père, à ma mère..., et de ne pas oublier de la nommer aussi ; puis, m’ayant embrassé, elle me remit aux mains de Segonde, sur les pas de qui je montais. La chambre de ma mère devint la mienne, mais, la bougie éteinte, j’eus peur, et je pleurai d’être seul. Un doux matin se leva chaque jour sur ma vie qu’il baignait de clarté bleue, et de saine fraîcheur. ”
“ « Comme ce beau temps fait aimer le bon Dieu ! »... J’aurais voulu courir ou chanter. J’allai, ce jour même, chercher Charlot au Collège ; je le trouvai dans la cour que le maître des Grands surveillait. Il avait imaginé avec Ravet un jeu qui consistait à trouver une boule que l’un d’eux cachait de son mieux. Le croquet délaissé alignait ses arceaux, des maillets gisaient à terre, le ballon était « perché », le maître lisait. Il autorisa Charlot à monter pour s’habiller. Ravet consentit à causer avec moi durant que j’attendais, puis nous regarda partir, les mains dans ses poches... ”
