“ Les parents d’Aucassin ne peuvent accepter l’idée d’un mariage qui serait une mésalliance ; Nicolette est réduite à s’enfuir pour échapper à leur haine, et Aucassin la rejoint. Après des aventures romanesques, les deux fugitifs sont de nouveau séparés, puis finissent par se retrouver, grâce au courage et à l’habileté de Nicolette. Cependant, les parents d’Aucassin sont morts et leur fils a recueilli leur héritage, Nicolette a appris qu’elle était fille d’un roi ; il n’y a plus, pour empêcher l’union des deux amants, ni volonté paternelle, ni différence sociale : ils se marient et sont heureux. ”
Résumé
“Aucassin et Nicolette”, est une œuvre de . Des thèmes tels que Aucassin, Nicolette ou Nicolete y sont abordés.
Citations de Aucassin et Nicolette ()
“ Rien à tirer par contre, pour vieillir notre texte, de la mention du nasel du heaume, dont l’usage paraît disparaître au cours du xiie siècle ; ce peut être un archaïsme voulu dans la description du costume ; ni de l’allusion au lagan, car le droit d’épave, théoriquement aboli en 1191, n’en a pas moins persisté longtemps en fait, et surtout il était connu bien après cette date, comme le prouvent de nombreux exemples du xiiie siècle, entre autres ceux de la continuation de Huon de Bordeaux imitée d’Aucassin. ”
“ Des personnages secondaires, comme le vicomte, le veilleur, le petit pâtre, sont dessinés en silhouettes très fines, mais bien vivantes, et dont un acteur habile pouvait tirer des effets certains [44] . Et le vilain bouvier, rude et tendre, misérable et fataliste, est, pour le théâtre, un bon rôle de composition. L’on a relevé dans le récit d’Aucassin de minimes invraisemblances de détail [45] et surtout l’excès de ridicule des curiosités de Torelore. L’on a jugé toute la fin de l’œuvre moins intéressante que le début, et l’on a pensé que l’auteur, las de son sujet, se hâtait de finir [46] . ”
“ La littérature de son temps a pu lui fournir encore d’autres éléments de son conte : la rencontre d’Aucassin avec le bouvier (XXIV) ressemble à celle de Calogrenant avec le vilain dans l’Yvain de Chrétien de Troyes (v. 288 sq.) ; l’amour qui enlève à Aucassin le sens des réalités les plus immédiates est déjà connu par le Lancelot du même poète (3685–94) ; le déguisement de Nicolette en jongleur est un artifice fréquent, et par exemple, dans certaines rédactions de Bovon de Hansione, Josiane se déguise, se grime, se présente et conte son histoire exactement comme le fait Nicolette [30] ”
“ Entre ces conceptions opposées, celle du récit, plus ou moins animé par les inflexions de voix variées et par la mimique du lecteur ou du diseur, celle du drame à plusieurs rôles joués de façon à donner, ce qui est l’essentiel du drame, l’illusion des personnages, une conciliation est possible et elle a été proposée : Aucassin et Nicolette serait un « mime » [10] , c’est-à-dire une composition dramatique dont « l’objet est l’imitation de la réalité par le geste et par la voix, sans recours aux procédés d’une mise en scène complète et régulière » [11] et sans l’emploi de plusieurs acteurs. ”
“ Sans doute encore, cette histoire ressemble à celle d’Aucassin, et à celle de Floire, et à d’autres aussi ; à la première davantage peut être, non pas tant par le trait de l’évasion, qui se rencontre ailleurs, que par l’épisode du roi étranger et de l’adoption d’El Ward, que l’on rapproche facilement de la reconnaissance de Nicolette par le roi de Carthage. ”
“ Le fait que l’auteur d’Aucassin parait connaître, non seulement Chrétien de Troyes et peut-être Floire et Blancheflor, mais probablement Bovon de Hanstone, amènerait à placer la chantefable au xiiie siècle. C’est de ce siècle que date le grand développement du théâtre dans le nord de la France et il est tentant de rattacher Aucassin et Nicolette à ce mouvement. Enfin, l’art subtil et très conscient de l’auteur engage à ne pas trop vieillir l’œuvre. Il faut se borner à dire qu’Aucassin peut remonter à la première moitié du xiiie siècle. ”
“ Il reste à coup sur possible de se figurer la chantefable exécutée par plusieurs acteurs à la fois [16] : le chanteur peut être différent du diseur, la mélodie peut être accompagnée par un ou plusieurs musiciens à côté des acteurs, dans les dialogues les répliques pourraient à la rigueur se répartir parfois entre deux ou trois acteurs [17] , on pourrait enfin concevoir que telles parties du récit, où il est question de Nicolette, fussent dites par une femme, telles autres, consacrées à Aucassin, par un homme, etc. ”
“ Deux tout jeunes gens s’aiment : Aucassin, fils du seigneur du pays, et Nicolette, une étrangère, une esclave sarrasine, achetée tout enfant par un vassal du seigneur, baptisée et soigneusement élevée. ”
“ Nous ignorons quel a été le succès de la chantefable au moyen âge, mais nous en connaissons du moins une imitation ; l’une des suites de Huon de Bordeaux, la Chanson de Clarisse et Florent [57] est, dans son fond, un décalque d’Aucassin et Nicolette. Clarisse, fille de Huon de Bordeaux, après des aventures follement romanesques, est recueillie en mer par Pierre, vicomte du roi Garin d’Aragon ; elle se fait passer pour la fille d’un vavasseur d’Acre. Amenée en Aragon, elle est remarquée par Florent, fils du roi Garin ; les deux jeunes gens s’aiment. ”
“ On le soutiendrait sans peine, mais sans utilité : s’il y a quelque ressemblance entre Aucassin et Nicolette et Floire et Blancheflor ou tel roman byzantin ou arabe, elle tient, croyons-nous, à la banalité d’un thème devenu courant, et qui d’ailleurs, au moins pour la première partie du récit, était bien antérieur aux romanciers byzantins ou arabes, puisque c’est le thème initial de l’histoire de Pyrame et de Thisbé. ”
“ Mais rien de cela n’est nécessaire : un seul acteur peut suffire à l’exécution complète ; et il n’y a aucun argument à tirer pour le nombre des acteurs de l’indication qui précède les morceaux en prose [18] , Or dient et content et fabloient : le pluriel a ici une valeur d’indéfini, comme le réfléchi dans l’indication Or se cante des laisses chantées ; si l’auteur a préféré pour les morceaux en prose le pluriel au réfléchi, c’est qu’il pouvait bien dire Or se dit, comme Or se cante, mais non pas Or se fabloie [19] . II. Sources du récit. — La fable d’Aucassin et Nicolette est simple. ”
“ Quant à l’invraisemblance du pays de Torelore, c’est faire tort à l’auteur que de ne pas tenir compte de la tradition littéraire, qui mêlait volontiers des aventures merveilleuses aux amours des héros, et de la discrétion, peut-être ironique, qui lui a fait remplacer les étonnantes aventures et les monotones exploits de tant de personnages de romans par une sorte de voyage de Gulliver dans ce monde renversé où l’on ne se tue point. ”
“ C’est vraiment ne pas rendre aux gens de lettres du moyen âge la justice qui leur est due que de les déclarer a priori incapables d’invention, de grâce, de fraîcheur et de brièveté ; et par contre il nous semble que bien des indices révèlent chez l’auteur d’Aucassin et Nicolette un écrivain de métier. ”
“ Pour Gaston Paris, c’est un jongleur, qui nous a pour ainsi dire donné son portrait en nous contant le déguisement de Nicolette [34] ; pour H. Suchier, ce pourrait être un clerc lettré passé à la jonglerie [35] , et pour Bourdillon son style décèle le ménestrel de métier [36] ; pour Foerster au contraire, c’est un homme de haute classe et il a trop de grâce naïve et de concision pour être un littérateur de profession [37] ”
“ Les deux premières phrases forment ensemble une période ; la mélodie reste « ouverte » après le premier vers, elle est « close » à la fin du second. Cette structure mélodique se retrouve dans le plus grand nombre des chansons de troubadours et de trouvères ; elle est également à la base du chant liturgique des psaumes. L’alternance de ces deux phrases mélodiques était probablement maintenue pendant toute la durée du morceau chanté (αβ αβ αβ ...) ; dans les laisses à nombre de vers impair ou répétait évidemment la seconde phrase pour le dernier vers de sept syllabes. ”
“ Nous croyons que la vérité est dans cette solution moyenne. Aucassin et Nicolette trouve ainsi sa place dans une série continue de compositions, de beaucoup inférieures, mais de même nature, qui s’étend du xiiie au xxe siècle. Le Dit de l’Herberie, de Rutebeuf [12] , est un mime, et il est fait de deux parties, l’une en vers, l’autre en prose ; les monologues dramatiques du xve siècle et du xvie siècle [13] sont des mimes, et il en est beaucoup qui contiennent des dialogues ”
“ L’assonance étant souvent obtenue par la répétition, fréquente dans la poésie populaire, d’une même terminaison grammaticale (I, XI, XV) ou d’un même suffixe (VII, XXI, XXXV) , et la majorité des laisses étant masculines, les assonances sont parfois de véritables rimes. Le vers isolé à la fin de la laisse (vers orphelin) n’est pas particulier à Aucassin et Nicolette. Plusieurs chansons du cycle de Guillaume le présentent (certaines peut-être dans des rédactions secondaires) et notamment la Chanson de Guillelme. ”
“ Tout cela n’implique pas seulement un rare talent naturel, mais aussi une singulière maîtrise de l’art dramatique, un sens du théâtre, de ses ressources et de ses exigences, qui révèle l’auteur de métier, mieux encore l’homme habitué à donner lui-même à ses œuvres la vie de la scène. IV. Date et Patrie. — Le manuscrit d’Aucassin et Nicolette est de la dernière partie du xiiie siècle : c’est, pour la vie de l’auteur, un terme extrême, mais sans précision. ”
“ Le manuscrit n’est pas tout entier d’une même main. Le copiste auquel est due la transcription d’Aucassin et Nicolette n’avait pas de préoccupations calligraphiques ; son écriture est lourde et la netteté des caractères n’y est pas parfaite ; en particulier, il est souvent difficile de distinguer entre a et o et entre e et o [76] . Par contre, il semble avoir apporté un certain soin à distinguer les u des n et à détacher le jambage de l’i des m, n ou u voisins pour éviter, dans la lecture, des groupements erronés. Il paraît, d’autre part, avoir écrit avec une certaine hâte ”
“ Introduction, VI, Voyelles. — 47 Suchier supprime que devant quant : le cas n’est pas, en effet, exactement le même que pour IV 7, VII 34, XIV 26, XVI 26 et 27, car l’incidente n’exprime pas ici une condition nécessairement liée à la proposition commençant par que, mais la répétition de la conjonction donne à la phrase une allure hésitante qui convient à la surprise d’Aucassin ; il y a là un élément de vérité comique dont on ne doit pas faire tort à l’auteur. ”
“ III 5 Si que est un relatif représentant Nicolete du v. 3, il faut supprimer la virgule après le v. 4, mettre une ponctuation forte après le v. 5 et lire li, datif masc. représentant Aucassin ; si que est une conjonction, on peut lui donner le sens de « car », et l’entendre comme une explication de retraire (interprétation qui me paraît acceptable) , ou le sens de « quoique » expliquant la négation du v. 4, ou encore, avec Acher, le sens de « sauf que » (moins vraisemblable) ”
“ Mais assez souvent, quand il s’est trompé, le copiste a rayé ou surchargé ou corrigé son erreur ; tout en reconnaissant que sa copie n’est pas exempte de fautes, il y a lieu de se souvenir qu’elle n’est pas l’œuvre d’un homme inintelligent et sans soin [78] . La partie du ms. fr. 2168 qui contient Aucassin et Nicolette a été reproduite en fac-similé photographique, accompagné d’une transcription diplomatique, par F. W. Bourdillon. ”
“ Nicolete estoit perdue : li auquant dient qu’ele en estoît fuie, et li autre dient que li quens Garins l’a faite mordrir. Qui qu’en eust joie, Aucassins n’en fu mie liés. Et li quens Garins ses peres le fist metre hors de prison, si manda les cevaliers de le tere et les damoiseles, si fist faire une mot rice feste, 10 por çou qu’il cuida Aucassin son fil conforter. Quoi que li feste estoit plus plaine, et Aucassins fu apoiiés a une | puie tos dolans et tos souples ; qui que demenast joie, [76] Aucassins n’en ot talent, qu’il n’i veoit rien de çou qu’il amoit. ”
“ Baron li vourent doner un roi de paiiens, mais ele n’avoit cure de marier. La fu bien 10 trois jors u quatre. Ele se porpensa par quel engien ele por- roit Aucassin querre ; ele quist une viele, s’aprist a vieler, tant c’on le vaut marier un jor a un roi rice paiien. Et ele s’enbla la nuit, si vint au port de mer, si se herbega ciés une povre fenme sor le rivage ; si prist une herbe, si en oinst 15 son cief et son visage, si qu’ele fu tote noire et tainte. Et ele fist faire cote et mantel et cemisse et braies, si s’atorna a guise de jogleor ”
“ Il paraît plus simple d’admettre que l’auteur d’Aucassin et Nicolette a pris sa mélodie, et par suite son mètre, dans quelque poème lyrique, peut-être une chanson en vogue, le vers de 7 syllabes n’étant pas rare dans la chanson populaire [65] . Les assonances sont en général masculines, quatre seulement sont féminines (III, V, XXXIII, XXXVII) ; les plus fréquentes sont en i (6 : I, XI, XIX, XXIX, XLI, et V fém.) ”
“ Si [c] prist une herbe qui avoit non esclaire, si s’en oinst, si fu ausi bele qu’ele avoit onques esté a nul jor ; se se vesti de rices 35 dras de soie, dont la dame avoit assés, si s’assist en le can- bre sor une cueute pointe de drap de soie, si apela la dame et li dist qu’ele alast por Aucassin son ami. Et ele si fist, et quant ele vint u palais, si trova Aucassin qui ploroit et regretoit Nicolete s’amie, por çou qu’ele demouroit tant ”
“ Et quant li rois vit qu’i les ocioit, il le prent par le frain et dist : 10 « Ha ! biax sire, ne les ociés mie si faitement. — Conment ? fait Aucassins, en volés vos que je vos venge ? — Sire, dist li rois, trop en avés vos fait : il n’est mie cos- tume que nos entrocions li uns l’autre. » 15 Cil tornent en fuies ; et li rois et Aucassins s’en repairent au castel de Torelore. Et les gens del païs dient au roi qu’il cast Aucassin fors de sa tere, et si detiegne Nicolete aveuc son fil, qu’ele sanbloit bien fenme de haut lignage. ”
“ Ce fu el tans d’esté, el mois de mai que li jor sont caut, lonc et cler, et les nuis coies et series. Nicolete jut une nuit en son lit, si vit la lune luire cler par 5 une fenestre et si oï le lorseilnol center en gardîng, se li sovint d’Aucassin sen ami qu’ele tant amoit. Ele se comença a porpenser del conte Garin de Biaucaire qui de mort le haoit ; si se pensa qu’ele ne remanroit plus ilec, que, s’ele estoit acusee et li quens Garins le savoit, il le feroit de male 10 mort morir. ”
“ Mais en infer voil jou aler, car en infer vont li bel clerc, et li bel cevalier qui sont mort as tornois et as rices gueres, et li buen sergant et li franc home : aveuc ciax voil jou aler ; et s’i vont les beles dames cortoises que 35 eles ont deus amis ou trois avoc leur barons, et s’i va li ors et li argens et li vairs et li gris, et si i vont herpeor et jogleor et li roi del siecle : avoc ciax voil jou aler, mais que j’aie Nicolete ma tresdouce amie aveuc mi. — Certes, fait li visquens, | por nient en parlerés, que ja [72] mais ne le verrés ”
“ Elles sont très nombreuses, surtout en français, anglais ou allemand, mais aussi en suédois, danois, italien, tchèque et russe ; voir les listes données par Suchier et Bourdillon et Romania, L, 318. Nous n’indiquons ici que les plus importantes. Pour les traductions française de Bida et anglaise de Bourdillon, voir Éditions. Sainte-Palaye, Histoire ou Romance d’Aucassin et de Nicolette (Mercure, février 1752) . Imprimé en volume, Les Amours du bon vieux temps : on n’aime plus comme on aimait jadis ”
“ Nenil nient ! ains li desronpent ses dras qu’a painnes peust on nouer desu el plus entier, et que li sans li isci des bras et des costés et des ganbes en quarante 5 lius u en trente, qu’aprés le vallet peust on suir le trace du sanc qui caoit sor l’erbe. Mais il pensa tant a Nicolete sa douce amie, qu’i ne sentoit ne mal ne dolor ; et ala tote jor par mi le fórest si faitement que onques n’oï noveles de li ; et quant il vit que li vespres aproçoit, si comença a plorer 10 por çou qu’il ne le trovoit. ”
“ W. Foerster, Randglossen zur Cantefable, Zs. f. rom. Phil., XXVIII (1904) , 492–512, À propos de la 5e éd. Suchier traduite en fr. par A. Counson. Corrections au texte ; discussion des graphies de Suchier pour c final des formes verbales et pour g devant a. F. est plus conservateur que Suchier pour les graphies du ms. qui ont un intérêt dialectal ou chronologique (chute des cons. finales, chute de s+cons. intérieur, a pour ai et pour au, a pour e, ee réduit à e, c pour g) . Il marque l’extraordinaire originalité de l’auteur, qui ne peut pas être un jongleur. ”
Termes fréquents
Œuvres similaires
Aiol (Anonyme)Fabliaux et Contes du Moyen ÂgeÉrec et Énide (Chrétien de Troyes…Robert le Diable : roman d'aventuresLi estoires de chiaus qui conquisent Constantinople - Robert de Clari…Méraugis de Portlesguez : roman de la Table Ronde…Chronique de la prise de Constantinople par les Francs…Anonyme - La Mort Aymeri de Narbonne…Oeuvres de Gautier d'Arras. Ille et Galeron…Florence de Rome (Anonyme)
