“ Peut-être l’Espagne avait-elle trouvé un de ces hommes : c’était M. Isturitz ; mais il est aujourd’hui en accusation devant les cortès, et c’est à peine si le ministère espagnol pourrait lui garantir une pleine sécurité dans sa patrie pour venir répondre à ses accusateurs. Peut-être, dans les profondeurs de l’avenir, quelque autre grandit ignoré, pour paraître à son heure ; mais jusqu’ici aucun ne se rencontre, même à l’horizon le plus lointain. Des médiocrités en tout genre se disputent un pouvoir sans force et des dignités sans honneur. ”
Résumé
“Revue des Deux Mondes”, est une œuvre de C***. Des thèmes tels que l'Espagne, cortès ou Granja y sont abordés.
Citations de Revue des Deux Mondes (C***)
“ Depuis la révolution de la Granja. La révolution de la Granja, diversement jugée par des opinions contraires, n’a fait à l’Espagne ni le bien, ni le mal qu’elles en attendaient. En exprimant cette opinion sur un évènement déjà loin de nous, et dont les résultats n’ont répondu d’aucune manière aux prévisions, aux craintes et aux espérances des premiers jours, nous n’entendons assurément pas le justifier, car son plus grand tort à nos yeux, c’est de n’avoir eu ni motifs, ni conséquences directes que puisse avouer aucune opinion ”
“ La majorité des cortès en a beaucoup moins adopté les hommes que la direction politique ; et toutes les fois qu’il s’est agi, soit à propos de finances, soit à l’occasion des malheurs de la guerre civile, de déclarer qu’on ne le trouvait ni assez prévoyant, ni assez habile, ni assez heureux, la majorité s’est affaiblie, et quelquefois même lui a fait défaut. Au moment où nous écrivons ces lignes, il y a crise. L’opposition des cortès et le parti modéré, dont l’existence ne se révèle plus que par une presse fort bien maniée, travaillent, de concert, au renversement du ministère Calatrava. ”
“ Notre intention n’est pas de décrire minutieusement les faits multipliés de la guerre civile dans les provinces insurgées, en Catalogne, dans le royaume de Valence et dans les provinces si audacieusement traversées par Gomez, depuis la révolution de la Granja. Mais il est nécessaire d’en rappeler succinctement les principaux, pour qu’on apprécie bien, d’abord le peu d’influence que la révolution a exercée sur la question militaire, et ensuite la force et les chances respectives des deux causes qui se combattent. ”
“ Ce qu’il faudrait au gouvernement de la reine, avant même une bonne armée, pour terminer la guerre civile, ce serait de l’argent, parce qu’avec de l’argent il aurait une bonne armée, parce qu’il y maintiendrait constamment la discipline, parce qu’il aurait sur les chefs carlistes un puissant moyen d’action, parce qu’il n’enverrait pas sans cesse aux bandes qui désolent le royaume des renforts de déserteurs. ”
“ La liberté morale et physique n’y a jamais été assez grande, à cause de la faiblesse du gouvernement, pour que les cortès qui en sont sorties pussent être regardées comme la véritable expression de l’opinion nationale. Mais les dernières élections, faites le lendemain de la révolution de la Granja, sont assurément celles qui présentent, sous ce rapport, le résultat le moins satisfaisant. On n’imagine pas que la déception du système indirect puisse être poussée plus loin. Les populations rurales, indifférentes ou ennemies, n’y ont pris aucune part. ”
“ L’Espagne elle-même est épuisée, parce que rien ne s’y reproduit, que l’industrie est paralysée, que le commerce extérieur est mort, que les travaux de l’agriculture sont abandonnés sur quelques points, faute de bras, de capitaux, de sécurité, des premiers moyens d’exploitation. Il y a des provinces qui, écrasées de réquisitions en nature, ont payé d’avance plusieurs années de certains impôts, et qui, envahies par les factions, ne demandent pas qu’on les vienne défendre, pour n’avoir pas à nourrir à la fois leurs défenseurs et leurs ennemis. ”
“ Quand on envisage cette situation vraiment déplorable du parti de la reine en Espagne, il n’y a qu’une seule chose qui console et qui empêche de perdre tout espoir : c’est de ne voir dans le parti de Carlos, avec beaucoup de ténacité, de courage et même d’habileté militaire, aucune intelligence supérieure, comme il y en a quelquefois au service des plus mauvaises causes, de sorte qu’entre les deux partis les armes sont égales. ”
“ Tout annonçait que l’insurrection, si rapidement propagée dans le midi de l’Espagne et en Aragon, ne tarderait pas à être partout victorieuse, et que bientôt les destinées de la Péninsule passeraient forcément dans d’autres mains, encore inconnues, mais qui mériteraient assurément moins de confiance. Quoique les secours dont M. de Bois-le-Comte apportait la promesse au gouvernement de la reine fussent considérables, et surtout fort bien combinés pour assurer le succès, ce n’était pas l’intervention. En voyant arriver le ministre français, tout Madrid pensa le contraire ”
“ Reconnaissant toute l’injustice de cette charge oppressive, et voulant, d’un autre côté, ménager l’amour-propre de ces autorités, il les assembla, leur parla avec émotion des malheurs qui avaient pesé sur les habitans, et termina par ces belles paroles : « Messieurs, je vous ai fait connaître les souffrances du peuple, et pour y porter remède, j’abandonne, quant à moi, en sa faveur, la portion qui me revient sur l’impôt extraordinaire. Vous sentez-vous la résolution d’en faire autant ? » ”
“ La constitution s’applique à toute la monarchie espagnole, et doit en régir toutes les parties. Mais en fait, les provinces qui avaient conservé leurs priviléges ne veulent pas s’en dessaisir ; et ce n’est pas des insurgés carlistes que nous voulons parler, c’est de la population libérale qui reconnaît le gouvernement de la reine et l’ordre de succession établi par le testament de Ferdinand VII. Bilbao proteste contre la suppression des franchises de la province, et jusqu’ici aucun acte officiel n’a constaté sa soumission à la loi qui les abolit. ”
“ La cause immédiate de la révolution dont les évènemens de la Granja ont décidé le triomphe, se trouve dans le résultat des élections générales que rendit nécessaires la dissolution des cortès prononcée par le ministère Isturitz, peu de jours après qu’il fut entré aux affaires. Ces élections, les plus vraies et les plus libres qui aient eu lieu en Espagne depuis la mort de Ferdinand VII, s’étaient faites presque partout dans un système de résistance que le gouvernement encourageait de toutes ses forces, et qui avait pour lui la faveur des circonstances. ”
“ Aussitôt après les évènemens de la Granja, quand Gomez était aux portes de Madrid, quand le général Cordova se retirait en France, quand l’armée de la reine présentait tous les symptômes d’une désorganisation complète, on a cru que la révolution du 13 août donnerait à la guerre civile un grand élan, et que don Carlos prendrait, hors de la Navarre, une offensive redoutable et décidée. ”
“ Quant au bien que d’autres en espéraient et qui ne s’est pas réalisé non plus, les faits parlent assez haut, et leur irrésistible puissance a dissipé beaucoup d’illusions : des finances épuisées, une armée affaiblie, après avoir été pendant deux mois menacée d’une dissolution complète, un découragement universel, l’égoïsme provincial et municipal substitué partout à l’intelligence des grands intérêts du pays, les prestiges de la patrie et de la liberté évanouis, un peuple qui doute de lui-même et qui n’intéresse plus les autres ”
“ Au milieu des insurrections qui ont précédé la révolution de la Granja, Barcelonne est la dernière ville qui se soit prononcée pour la constitution, tant la main de fer qui l’étreignait avait de force. Mais ensuite, Mina expirant abandonna au général Serrano le commandement de la principauté ; on leva l’état de siége ; le parti démocratique, long-temps comprimé, envoya aux cortès des représentans d’une opinion très avancée, et au mois d’octobre la victoire fut couronnée, dans Barcelonne, par l’élection d’un ayuntamiento ardemment révolutionnaire. ”
“ Dans les villes, le parti modéré, c’est-à-dire la très grande majorité de la classe moyenne, s’est effacé complètement. Cinq ou six cent personnes, sur des milliers qui devaient concourir aux élections du premier degré, se présentaient aux juntes de paroisse dans toute l’étendue d’une province, et il n’y a pas quinze mille citoyens qui, dans un système de suffrage universel, ou peu s’en faut, aient pris part aux opérations électorales de tous les degrés. Aussi, non-seulement ne retrouve-t-on pas dans les cortès actuelles un seul des hommes éminens de l’opinion modérée ”
“ Arrivé à Smyrne, le jeune Matteo, après avoir pris plusieurs fortes doses de boissons enivrantes, alla immédiatement chez son ancien maître, et l’ayant trouvé dans sa boutique, il l’accabla d’injures et de menaces. Le Turc, croyant avoir affaire à un fou, écouta d’abord patiemment les propos les plus outrageans ; mais Matteo irrité encore davantage par ce sang-froid, se livra à de nouvelles provocations. ”
“ Une foule immense de Grecs s’était portée sur le lieu de l’exécution, et se précipita, malgré les efforts de la garde pour la retenir, sur le cadavre de celui que le fanatisme et l’ignorance lui font considérer comme un saint martyr, pour dérober quelques gouttes de sang, ou quelques lambeaux de ses vêtemens dont le peuple grec fait des reliques. ”
“ « Quand bien même nous serions allés aux élections, disaient leurs partisans, si nous avions eu la majorité, ils n’en auraient pas siégé davantage dans les cortès ; car on aurait fait aussitôt, comme en juillet, une nouvelle révolution pour les proscrire. » Cependant le triomphe du parti exalté s’est arrêté là. Les élections du mois de septembre 1836 ont été sa dernière manifestation générale, et depuis cette époque, les cortès et l’administration, poussées par l’opinion publique, remontent péniblement vers l’ordre, avec des succès mêlés de revers. ”
“ Des révolutions inutiles et les préventions de l’esprit de parti éloignent successivement des affaires, de la tribune, des conseils de la nation et du souverain, les illustrations les plus pures, les plus brillantes lumières, les plus hautes expériences politiques, les cœurs les plus droits et les plus fermes raisons. ”
“ Le sénat belge dure huit ans, et se renouvelle par moitié tous les quatre ans, et voici la combinaison assez bizarre et pleine d’inconvéniens, au moyen de laquelle on y a pourvu dans la nouvelle constitution espagnole. C’est une sorte de transaction entre plusieurs systèmes différens. Toutes les fois que la chambre des députés cessera d’exister, soit par dissolution, soit par l’expiration de ses pouvoirs, dont la durée est limitée à trois ans, il sera procédé au renouvellement d’un tiers du sénat. ”
“ Depuis les évènemens du mois d’août 1835, Barcelonne est restée un redoutable foyer de révolution ; à mesure néanmoins que cette disposition turbulente et anarchique y augmentait la misère, déjà très grande par suite de l’état général de la Catalogne, il s’y est reformé, dans la bourgeoisie et dans la classe commerçante, un certain esprit de modération, qui a soutenu la lutte, sans trop de désavantage, contre les élémens de désordre, indigènes et étrangers, que cette populeuse cité nourrit dans son sein. ”
“ Nous éprouvons, messieurs, une sorte d’orgueil, que vous trouverez sans doute bien légitime, à rouvrir après plus de vingt siècles la carrière de l’éducation et des sciences, dans cette ville immortalisée par le génie d’Homère. ”
“ La méthode de l’enseignement mutuel dont les avantages long-temps contestés par des intérêts aveugles, sont aujourd’hui à-peu-près sans contradicteurs, est celle que nous avons adoptée ; c’est à elle que nous devons les progrès rapides que vous avez, messieurs, reconnus dans nos élèves. ”
“ Une partie des troupes commençait à hésiter. Les partisans de la constitution reprenaient courage et se couvraient du nom de la reine. Vainement on essaya de la soustraire aux soldats révoltés de Saint-Ildephonse et de la faire venir à Madrid. Elle était prisonnière ; les soldats auxquels on avait d’abord réussi à persuader de la laisser partir, craignirent un piége, et exigèrent que la constitution de 1812 eût été préalablement proclamée à Madrid, que le nouveau ministère y eût pris possession du pouvoir, et que d’autres cortès eussent été convoquées. ”
“ M. Olozaga, rapporteur de la commission, est l’homme qui a fait la plus grande figure dans la discussion des réformes constitutionnelles, et c’est, à tout prendre, le talent le plus élevé dont la tribune espagnole puisse s’enorgueillir. Les cortès ont sans doute quelques autres orateurs et plusieurs spécialités en diverses branches de la science législative ; mais ceux qui pourraient le disputer à M. Olozaga ne sont point assez de leur temps : les uns en sont opiniâtrement restés à la constitution de 1812, moulée sur les idées françaises de 1791 ”
“ Mais l’esprit d’insubordination les gagna très vite. Une foule de corps déposèrent leurs officiers ; d’autres se dispersèrent : officiers et soldats rentrèrent chez eux ; tous, une fois la révolution accomplie, se trouvèrent plus ou moins désorganisés, et l’ensemble de l’armée était fort affaibli. Cependant l’insurrection, quoique maîtresse d’une grande partie du royaume, ne s’était pas encore généralisée le jour du soulèvement de la Granja. Les deux Castilles, Léon, la Galice, et plusieurs autres provinces de l’est et du nord, ne remuaient point ”
“ Il y avait encore de grandes ressources dans cette situation, et peut-être la révolution n’eût-elle pas été consommée, si la reine s’était trouvée à Madrid, au milieu de troupes qui restèrent fidèles, au sein d’une population qu’on eût aisément raffermie, et sous la protection de deux hommes aussi énergiques et aussi dévoués que M. Isturitz et l’infortuné Quesada. ”
“ La pénurie est si grande, qu’on voit à peine un volume entier dans une école ; les élèves se partagent les feuillets, et ceux qui ne peuvent en avoir copient leur leçon. Malgré ces difficultés matérielles, on ne saurait exprimer combien ces pauvres enfans font de progrès. On compte actuellement dans Égine vingt écoles d’enseignement mutuel de 15 à 100 enfans chacune. L’asile des orphelins, bâti par souscription pour recevoir les enfans grecs dont les parens sont morts en servant la patrie, en renferme 500. ”
“ Mais on s’indigne davantage de l’impuissance du premier, parce qu’on lui suppose plus de ressources, parce qu’on croit que les sympathies les plus honorables de la nation sont en sa faveur, et parce qu’on désire son triomphe. ”
“ Gomez poursuit ses succès ; mais il n’établit nulle part un nouveau foyer d’insurrection carliste. Les généraux de la reine combinent mal leurs opérations, et ne s’entendent pas assez bien pour le détruire ; mais quand ils l’atteignent, ils le battent ; et enfin Narvaoz le contraint à regagner précipitamment la Navarre, sans avoir pu donner à son aventureuse expédition le caractère d’une diversion permanente. ”
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