“ CABRERA. De tous les hommes que la guerre civile espagnole a mis en lumière, il n’en est pas qui ait donné lieu à des jugemens plus contradictoires que Cabrera. Pour les uns, c’est un héros ; pour les autres, ce n’est qu’un misérable malfaiteur. Des deux côtés, il y a eu exagération et esprit de parti : Cabrera n’est réellement ni un Napoléon ni un Mandrin. Il a commencé, il est vrai, comme un voleur de grand chemin ; mais il aurait fini comme un grand homme, si la cause de don Carlos avait triomphé. ”
Cabrera
Définition et enjeux
Le terme « Cabrera » désigne, dans un contexte historique et géographique, un personnage ambigu et complexe, lié à la guerre civile espagnole et à des récits de résistance. Les auteurs comme Louis-Joseph Wagré ou Carlos de Bonilla le présentent alternativement comme un héros carliste ou un individu malveillant, soulignant ses contradictions.
D'autres, comme George Boucher de Boucherville, le situent dans des scènes de lutte ou de piraterie, tandis qu'Aleksander Jan Joachim Holynski évoque l'île de Cabrera, symbole de moquerie pour des prisonniers français. Ce thème, ancré dans des conflits politiques et dans les paysages baléares, révèle des nuances historiques et des représentations variées.
Citations sur “Cabrera”
“ Au point du jour, les habitans de Morella, qui étaient presque tous carlistes, et qui savaient le départ de la garnison, se répandirent dans les rues, en criant : Viva Carlos quinto ! viva la religion ! viva la Virgen ! viva Cabrera ! Mais le prudent Pedro se gardait bien de descendre de sa forteresse, et les habitans ne savaient à quoi attribuer le silence extraordinaire que gardaient les maîtres du château, quand arriva aux portes de la ville un groupe de cavaliers au galop : c’était Cabrera qui était accouru avec son état-major dès la première nouvelle du succès. ”
George Boucher de Boucherville, Une de perdue, deux de trouvées…
“ La mort suit leurs sabres qui tranchent et fauchent dans les rangs des pirates. Cabrera a reconnu Pierre, et c’est sur lui que se concentrent toute sa rage et toute sa fureur. Il fait des efforts inouïs pour le rejoindre. En vain son sabre promène la mort devant lui, la mêlée est trop affreuse, des masses d’hommes le séparent de celui qu’il voudrait tenir sous sa main. ”
Carlos de Bonilla, La guerre civile en Espagne : 1833-1848-1872 (1875)
“ Cabrera avait vécu dans le carlisme et il avait perdu sa mère pour le carlisme; les princes le firent capitaine-général et lui donnèrent la gloire en retour. Je ne dis pas qu'on se fut entièrement acquitté envers lui; parce que lorsqu'on perd sa mère pour un parti, on a fait tout ce que peut faire un homme. ”
“ Ce qui a caractérisé de tout temps Cabrera, c’est l’horreur de l’obéissance et l’ambition d’être le maître partout où il est. Quelques jours après son arrivée à Morella, il avait déjà essayé de s’emparer du commandement, en suscitant une insurrection militaire. La fermeté du baron de Herbès avait fait avorter l’entreprise, et si Cabrera n’avait pas été fusillé, ainsi que son complice Valdès, c’était à l’indulgence de ce chef qu’il le devait. Quand il fut à la tête de sa guerilla, après la dispersion de la première armée carliste, il se donna, de son autorité privée, le titre de colonel. ”
Aleksander Jan Joachim Holynski, Coup d'oeil sur les Asturies : notes extraites d'un voyage en Espagne (1843)
“ Cette étroite vallée, ou plutôt cette gorge, est intéressante à étudier. Je parcourus les hameaux qui y sont parsemés, et je montai sur les cimes élevées de la double rangée de montagnes que divise un limpide et harmonieux ruisseau. Cabrera est le point le plus haut qui s'offre aux regards qu'il fascine par la forme bizarre de son sommet, ressemblant à un bonnet phrygien d'une manière d'autant plus frappante que le roc s'arrondissant toutà-coup, vient trancher par sa couleur grise sur la verdure dont se couvre le reste du mont. ”
Dubuc, Relation de la situation des prisonniers français détenus dans l'île de Cabrera… (1823)
“ Nos maux ne finirent point là. Après nous avoir fait endurer tous les tourmens possibles, on nous embarqua pour une île déserte appelée Cabrera, et l'on nous abandonna sur des rochers arides, exposés aux injures de l'air et aux révolutions du temps ; nous passions notre vie dans un état déplorable et comme des êtres sans espoir, et attendant chaque jour la mort, comme la fin de nos souffrances. ”
“ Il y a un mot qui a fait bien du mal à l’Espagne ; c’est le terrible mot de représailles. Ce mot explique tous les meurtres de Cabrera. Les constitutionnels traitaient les révoltés comme des brigands et les égorgeaient sans pitié ; à leur tour, les révoltés le leur rendaient. Les têtes se montent aisément en Espagne ; chaque parti croit et raconte des horreurs de son ennemi, et s’excite, par ces récits souvent imaginaires, à en faire autant. On va loin ainsi de part et d’autre. Il est vrai pourtant de dire que Cabrera, surtout quand il était irrité, pouvait compter parmi les plus sanguinaires. ”
Hermann Du Casse, Echos de la Navarre : quelques souvenirs d'un officier de Charles V (1840)
“ Mais Cabrera l'attend de pied ferme à la tête de vingt-cinq mille volontaires, arragonais au caractère farouche et orgueilleux, hommes du peuple, au courage fanatique et brûlant, enfants des anciens défenseurs de Sarragosse. Cabrera est jeune (la fortune est pour les jeunes gens) ; Espartéro traîne un corps usé par l'âge et les fatigues. Cabrera est actif; Espartéro met dans les opérations une lenteur, une indécision devenues proverbiales. Cabrera n'a qu'une pensée, de combattre, de mourir au lieux qu'il va défendre ”
George Boucher de Boucherville, Une de perdue, deux de trouvées…
“ Je ne me connais plus. Cabrera s’émouvoir devant une femme ! Et il s’était arrêté irrésolu. — Non, je n’irai pas ; à la guerre, au feu, à la mort d’abord, et après... après nous verrons qui l’emportera de nous deux ! Et il s’élança vers un petit canot qui était sur le bord de l’eau, saisit l’aviron et en peu de temps il eut rejoint sa corvette qui, ainsi que la polacre, débouquait du chenal tortueux de l’esterre. Dix minutes après, les deux navires pirates étaient en pleine chasse, et couraient, toutes voiles dehors, à la poursuite du Zéphyr. ”
Benito Péralta, Détails sur les faits les plus mémorables de la dernière guerre civile d'Espagne… (1842)
“ Ce jeune militaire comptait à peine vingt-cinq ans quand son cœur fut touché du grand désir d'être utile à sa patrie, et de la délivrer du joug de l'usurpation qui l'opprimait; ses actions toujours victorieuses sont déjà bien connues de tout l'univers, et son nom illustre a marché rapidement à la postérité. Cabrera possède ces qualités qui distinguent l'homme dans la société : son cœur toujours chrétien dirigea ses actions et lui acquit l'honorable titre de grand capitaine. ”
Paul Guégan de Lisle, Les aventures de mon oncle le chevalier (1869)
“ Mon oncle le chevalier fut du nombre de ceux qui allèrent à Cabréra, et de là sur les pontons anglais. Cabréra est une petite île du groupe des Majorques ; elle est située par 40° de longitude occidentale du méridien de Paris, et 39° de latitude nord. A l'époque de la déportation des prisonniers français, on n'y voyait d'autres habitations que deux misérables cabanes de pêcheur, et un ancien fort abandonné, bâti sur les rochers à l'entrée d'une anse très-étendue, qui pourrait au besoin servir de refuge à des vaisseaux de hatit bord. ”
George Boucher de Boucherville, Une de perdue, deux de trouvées…
“ Une voix retentit qui les encourage. C’est Cabrera, Antonio Cabrera leur chef. Il est sur le gaillard d’avant avec une dizaine des siens, repoussant l’attaque et favorisant l’abordage des pirates. Le tumulte est à son comble. Tout est confusion. Pirates et Zéphyr sont confondus. C’est une lutte acharnée, homme à homme ; tout se culbute et se relève pour rouler et se culbuter encore. Les fusils ne servent plus ; les pistolets sont déchargés. Le sang ruisselle et rend le pont glissant. Tous les pirates sont maintenant montés, Le gaillard d’avant est trop petit pour les contenir. ”
George Boucher de Boucherville, Une de perdue, deux de trouvées…
“ Ah ! détrompez-vous, Sir Arthur, reprit avec vivacité M. Thornbull, ce Cabrera était un grand coupable, mais il n’était pas infâme. Il n’a pas été tué, mais il vit ; et il n’est plus un pirate, c’est lui qui a purgé les eaux de Cuba des pirates qui l’infestaient. ”
“ Mais cette proclamation n’eut aucun écho, Cabrera y avait mis bon ordre d’avance. L’hiver survint alors, les montagnes du Maestrazgo se couvrirent de neige, les défiles devinrent impraticables. Par un dernier hommage à la réputation militaire de Cabrera, Espartero s’arrêta. Il plaça son quartier-général à Las-Matas, au centre du demi-cercle que formaient les châteaux fortifiés de l’ennemi, à une lieue seulement de l’un d’eux, Castellote. ”
“ Avec Cabrera sont entrés Forcadell, Llangostera, Polo, Palillos, Burjo, tous les chefs aragonais. Les Catalans ont essayé de tenir quelque temps encore, et n’ont pas voulu abandonner la partie sans brûler du moins leur dernière amorce ; mais, après quelques jours de lutte, ils ont été forcés de passer la frontière à leur tour. À part quelques bandes éparses, l’est de l’Espagne est maintenant libre de factieux, comme les provinces du nord. L’étonnement a été grand en France quand on a vu Cabrera. Petit et maigre, avec une barbe très peu fournie, il a l’air d’un jeune homme doux et faible. ”
Gustave d’Alaux, Le Pamphlet et les mœurs politiques en Espagne
“ Si la faction a mis bas les armes, juste au moment où, forte d’une organisation réelle en Catalogne, forte des succès de Cabrera en Aragon et de l’inaction d’Espartero en Navarre, elle pouvait commencer sérieusement la lutte, jusque-là restreinte à des coups de main mal combinés, c’est que le bâton par la grace de Dieu avait réussi à faire regretter le bâton par la grace du peuple. ”
Miguel de Cervantes,
Le Voyage au Parnasse
“ Alvarez Baèna porte la naissance de Luis Cabrera à la date de 1559. De bonne heure il fut admis au palais et ne tarda pas à devenir secrétaire de la reine. Il épousa doña Baltazara de Zuñiga, dont la famille n’était pas moins riche et considérable que la sienne. Mort le 9 avril 1623, à l’âge de soixante-quatre ans. Luis Cabrera de Córdoba a écrit deux ouvrages remarquables : « Historia para entenderla y escribirla. » Madrid, 1611, in-4. C’est un traité didactique sur la manière d’étudier et d’écrire l’histoire. « Historia de Felipe II, primera parte, » Madrid, 1619, in-fol. ”
Victor Cherbuliez,
L’Espagne politique. — III. — Les commencemens de la république espagnole
“ Cependant, si le carlisme a conservé ses troupes, il s’est affaibli par la perte de quelques-uns de ses chefs les plus marquans. L’esprit du siècle est un gaz subtil qui pénètre tout, et l’élite du parti n’a pu résister à cette maligne influence. L’un des héros de la guerre de sept ans, l’illustre général Cabrera, dont le nom seul eût valu une armée au prétendant, l’ayant trouvé sourd à ses conseils, s’est vu contraint de lui refuser ses services. ”
“ Cette redoutable faction, qui sous Cabrera avait désolé le centre de l’Espagne, et avait paru plus redoutable même que celle des provinces basques, cette faction venait non pas de faire un traité, mais de céder le terrain, et de passer tout entière en France sous Cabrera et Balmaseda. ”
Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850
“ Le prince, reconnaissant, le nomma, par un décret de 1858, comte de Morella (Cabrera avait pris cette forteresse) , lieutenant-général de ses armées, gouverneur général des provinces d’Aragon, de Valence et de Murcie. Heureux dans presque toutes ses expéditions, Cabrera se vit enfin réduit à garder la défensive, après la trahison de Marolo. Quand l’impossibilité de soutenir plus longtemps la lutte força le prétendant à abandonner la partie et à se réfugier en France, Cabrera déclara fièrement qu’il continuerait la guerre pour son propre compte. ”
Charles de Mazade,
Chronique de la quinzaine, histoire politique et littéraire - 31 mars 1875
“ C’est assurément le coup le plus grave qui ait été porté jusqu’ici à la cause du prétendant, et don Carlos a beau fulminer contre Cabrera, exercer des répressions sanglantes pour empêcher les désertions ; il ne pourra pas contenir longtemps l’immense désir de paix qui se manifeste partout, le mouvement qui a déjà commencé. ”
“ En même temps, l’état-major, assailli par la cavalerie carliste, tourne bride. Cabrera, qui était parvenu à rallier les fuyards, arrive avec toutes ses forces, mais sa présence n’était déjà plus nécessaire. En apprenant la mort de leur malheureux général, les soldats de Pardiñas s’étaient assis par terre, levant leurs fusils la crosse en l’air, et criant qu’ils se rendaient. On les fit tous prisonniers ; ils étaient cinq mille, le reste avait été tué. De cette belle division, il ne se sauva en tout qu’une quarantaine de cavaliers. ”
Gustave d’Alaux, Le Pamphlet et les mœurs politiques en Espagne
“ Non moins exécré que chez nous, s’il est isolé, sans à-propos, sans motif, le meurtre s’efface totalement devant la chose dont il est le signe. Cabrera laissait fusiller deux pauvres diables dans une intention de madrigal ; les égorgeurs et les incendiaires de Mort, de Madrid, de Saragosse, de Reus, de Tarragone, de Barcelone, ne voulaient que protester à leur manière contre le modérantisme excessif du gouvernement, et dès-lors, de part et d’autre, il n’y avait pas de quoi s’exclamer. ”
Louis-Joseph Wagré, Les Prisonniers de Cabrera, souvenirs d'un caporal de grenadiers… (1902)
“ Je ne veux pas étendre cependant le reproche d'inhumanité que je fais ici à tous les Espagnols, car les malades qui guérissaient (ce nombre était très petit) revenaient à Cabréra assez bien habillés, ce qui donnait souvent envie aux autres d'être malades pour en avoir autant. Sur ces entrefaites, le gouverneur de Palma, ayant pris la résolution d'établir un hôpital à Cabréra, y envoya des ouvriers à cet effet, et ils commencèrent un bâtiment voûté d'à peu près cent pieds de long sur vingt de largeur : cet édifice devait être tout en pierres ”
Charles de Mazade,
L'Espagne moderne
“ Cabrera se voyait contrait d’errer en guerrillero dans ces contrées de l’Aragon où il avait régné en vice-roi émancipé aux plus beaux temps de la guerre de don Carlos, tandis que son maître, le comte de Montemolin, se faisait arrêter par quelques gendarmes français aux frontières. Le gouvernement espagnol usait en même temps de conciliation. ”
Lorédan Larchey,
Les suites d'une capitulation…
(1884)
“ Tous les objets dont je viens de parler, étaient vendus, pour des prix modiques, aux équipages du brick et des canonnières, et aux Espagnols, que la singularité de notre existence et des spéculations sur notre industrie attiraient quelquefois. Mais ce qui abondait surtout à Cabréra, c'étaient les professeurs en tout genre. La moitié des prisonniers donnait leçon à l'autre moitié. Partout on voyait des maîtres de musique, de mathématiques, de langues, de dessin, et surtout d'escrime, de danse et de bâton. ”
George Boucher de Boucherville, Une de perdue, deux de trouvées…
“ Le capitaine, qui a compris et reconnu l’infortuné comte d’Alcantara, profite de la confusion et pousse les pirates le sabre dans les reins. Le pont est jonché de cadavres ; tous ceux qui échappent à la mort sautent à la mer. Cabrera, qui voit que tout est perdu, s’élance pour sauter par-dessus le bord, mais une main de fer le saisit par le collet de son habit, et lui crie dans les oreilles : — Ah ! ah ! c’est vous qui avez voulu me frotter à Matance, nous allons voir ”
Louis Grégoire, Dictionnaire encyclopédique d'histoire… (1871)
“ Cabrera (Don JUAN-THOHAS-HENRIQBEZ DB) , duc de Medina del Rio Seco, descendait du roi de Castille, Alphonse XI. 11 devint sous Charles Il d'Espagne amiral (amirante) et premier ministre, se déclara pour le parti autrichien, refusa de servir Philippe V, comme ambassadeur en France, attaqua devant le pape le testament de Charles II, et alla mourir à Lisbonne, en 1705. Cabrera (Capraria) , l'une des iles Baléares, à 12 k. S. de Majorque ; elle a 12 kil. de long. sur 5 de larg., est presque déserte; ses rares habitants ne possèdent que quelques chèvres. ”
Expédition de 1837, dans l'intérieur de l'Espagne… (1838)
“ Les soldats de l'armée expéditionnaire avaient une confiance aveugle dans le général Cabrera, et tous désiraient le voir à leur tête. Il eût été à désirer que ceposte important fut accordé au seul homme qui, par sa grande influence, sa bravoure extraordinaire et sa haute capacité , pouvait porter un coup décisif à l'armée ennemie. ”
Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850
“ Les bandes carlistes furent bientôt attaquées par le général Berton, à la Pedrera, en face de Morella. La jeune recrue montra une véritable bravoure dans cette dernière affaire, et reçut pour récompense le grade de sergent. On avance, vite au commencement des insurrections, et les premiers venus, en courant les grands dangers, ont aussi les plus belles chances. La vie militaire de Cabrera n’eut de durée que celle de la guerre civile. ”
“ Le journal constitutionnel de Valence contenait les plus beaux récits sur la valeur (bizarria) que les christinos déployaient au siége de Morella, et un feu d’artifice avait été préparé par les habitans pour célébrer la prise de cette place redoutée. On assurait déjà que Cabrera avait été tué, et on s’en réjouissait. Les portes de la ville étaient ouvertes ; tout respirait la joie et la paix sous ce ciel si doux et si pur, qu’il suffit de voir la lumière et de respirer l’air pour être heureux. ”
