“ On conçoit aisément que le séjour de nos troupes, à Naples, en Espagne, en Portugal, en Piémont, dut y semer les germes de cette fièvre de constitution qui bientôt y déploya ses ravages. Mais, nulle part, ces germes ne se développèrent avec une énergie plus fatale, que dans la Péninsule. Ces fragments d'histoire étrangère se lient à la nôtre, tant à cause de la part secrète que prirent nos libéraux à des révolutions qu'ils attisoient, que pour l'intervention armée du gouvernement françois, dans les affaires de l'Espagne, livrée par les cortès à toutes les horreurs du démagogisme. ”
Résumé
“Précis rapide des événements du règne de Louis XVIII, pour servir de supplément à l'"Histoire de France", d'Anquetil, continuée par M. Gallais ; par M. D***”, publiée en 1828, est une œuvre de . Des thèmes tels que la France, Louis XVIII ou cortès y sont abordés.
Citations de Précis rapide des événements du règne de Louis XVIII, pour servir de supplément à l'"Histoire de France"… ()
“ Un noble et beau caractère, un esprit juste, une probité sans tache, un besoin de l'estime et du bonheur de son pays, mille fois au-dessus d'une ambition vaine et vulgaire, étoient faits pour exciter de justes regrets. Peut-être ne pouvoit-on pas considérer M. de Richelieu comme un ministre d'une haute capacité; mais l'homme sage et l'homme de bien couvraient tout. M. Frayssinous, évêque d'Hermopolis, fut nommé grand-maître de l'université par une ordonnance du 1er juin; et le 4 du même mois, Louis XVIII ouvrit en personne la session législative. ”
“ L'esprit de parti, voilé des traits de la pitié, plaida leur cause avec plus de chaleur que d'adresse. Toutefois la chambre flottoit, quand un homme d'une raison supérieure et d'un coeur droit, M. Royer Collard, renversa toutes les espérances du parti. « C'est contre la dignité du monarque que ces pétitions ont été dirigées, dit cet orateur. Elles n'eussent profité qu'aux ennemis du trône, et jamais cette chambre ne sera leur instrument. Je demande l'ordre du jour. » ”
“ L'affection dont l'honoroit Louis XVIII étoit une énigme pour eux. Certainement le roi ne regardoit pas M. Decazes comme un grand politique; mais il plaisoit à S. M. par les agréments d'un esprit facile et cultivé, par une fleur d'instruction et de littérature, et surtout par un dévouement sincère. Comme ministre, il n'a pas déployé les talents que ses amis lui prêtent : mais ceux qui l'ont accusé de soigner la révolution, n'entendpient rien à sa marche; et paroître adopter les opinions libérales, pour les dominer ensuite, n'étoit pas après tout le calcul d'un homme inhabile. ”
“ Les Samnites, les Brutiens, les Irpins se sauvèrent dans les montagnes; le 20, Naples capitula. Les résultats de l'insurrection des Napolitains furent le déshonneur de l'armée, sa dissolution, l'occupation militaire, le déficit évalué pour neuf mois de révolution à dix millions de ducats, et surtout des crimes et des malheurs. Les peuples seront toujours dupes des charlatans et des brouillons politiques. Vainement l'histoire, cette voix du passé, les avertit-elle de l'avenir qui les attend; ils sont sourds à ses leçons; ils ne peuvent être instruits qu'à leurs dépens. ”
“ Si la révolution françoise est née de la maturité des choses, on peut dire que les nations qui l'ont imitée, n'en étoient pas à ce point qui rend les révolutions nécessaires. Imputons celles qu'elles ont éprouvées à d'autres causes, au nombre desquelles il faut compter les chances offertes à la témérité de quelques ambitieux, et surtout cet esprit d'innovation qui rencontre si peu d'obstacles dans un pays foiblement gouverné. Le roi de Naples, le sage et paisible Ferdinand, étoit remonté sur son trône, deux fois usurpé. ”
“ Pendant que la France remercioit le ciel de cet enfant précieux, et que tous les temples retentissoient des hymnes de la reconnoissance, un homme de génie, mais d'un génie fatal, alloit disparaître de la terre, pleine de son nom et désolée par sa gloire. ”
“ Le bruit de ce qui se passoit à Naples produisit à Païenne la sensation la plus vive, et partagea tous les habitantsen deux factions : l'une qui votoit aveuglément pour la charte espagnole, l'autre qui demandoit que la Sicile formât désormais un état particulier. Aux trois couleurs, expression du voeu des premiers, les seconds ajoutèrent la couleur jaune et l'aigle sicilienne. Les uns crioient vive la révolution ! les autres, vive la Sicile et l'indépendance! (1) Lors de l'usurpation, la Sicile étoit restée fidèle. ”
“ Impatient de la domination des Turcs et du joug des pachas, il crut entrevoir dans la rébellion de Théodore une voie qui s'ouvroit à l'affranchissement de sa patrie. Trop ardent pour n'être pas téméraire, il fit afficher le 7 mars 1821, dans les rues de Jassy, sous les yeux mêmes de l'hospodar, une proclamation qui crioit à tous les Grecs : « Sortez d'esclavage ! » L'effet en fut terrible. Dès le jour même, des Grecs et des Arnautes se répandirent dans la ville, égorgeant tous les Turcs avec une aveugle rage. Alexandre s'étoit flatté de la protection des Russes. ”
“ Il est rare qu'à force de tyrannies, elles ne parviennent point à dégoûter de la liberté, jusqu'à faire regretter le pouvoir absolu. Témoin de l'effervescence qui régnoit dans toutes les classes, la régence de Lisbonne l'irritoit au lieu de la calmer, en accueillant tous les soupçons, tous les délateurs. A la fin de mai 1817, les régents firent arrêter le général Gomès Freyre; mais ils ne tenoient qu'un fil de la conjuration qui s'étendoit plus loin que leur prévoyance. Elle se déclarai dans la nuit du 24 août 1820, au milieu des régiments réunis à Porto. L'armée cria, Vive le roi! ”
“ Quand on n'a pas su se rendre le maître des circonstances, on en devient l'esclave; le roi l'éprouva. Soit que le général Ballesteros craignît pour le prince, soit, comme on l'a cru, qu'il eût pris des engagements avec les liberales, il pressa le roi d'accepter la constitution de 1812, et l'y détermina : le monarque prêta serment à la constitution qu'il avoit abolie. La convocation des cortès et l'organisation d'un ministère dans leur sens, étoient une suite nécessaire de la démarche de Ferdinand. ”
“ Toute insurrection qui n'auroit pas mis l'armée dans ses intérêts serait trop facile à réprimer. Aussi les artisans de révolution commencent-ils toujours par gagner les troupes. Le 10 mars ( 1821) , on apprit à Turin la défection de deux régiments casernés dans la citadelle d'Alexandrie. Les soldats de ces deux corps nommèrent leurs officiers; et par un renversement d'idées trop commun dans les révolutions, ils imposèrent à leurs chefs le serment qui leur avoit été dicté, c'est-à-dire, d'adopter la constitution des cortès, et de la faire adopter à toute l'Italie. ”
“ Ce qui se passoit en Espagne (1) menaçoit la France d'une seconde révolution, et l'Europe entière d'un bouleversement général. Il était urgent de modérer l'action des principes démagogiques, source des désordres de la péninsule; et pour y parvenir, les ministres françois s'étoient réunis à Vérone aux ministres des autres puissances. Le 30 de novembre, M. le vicomte de Montmorency , ministre des affaires étrangères, revint de Vérone à Paris, laissant au congrès ses collègues MM. de Caraman, de Chateaubriand, de La Feronnaye. ”
“ Il faut bien reconnoître dans l'insurrection des Grecs un effet de ce même esprit qui, depuis trente années, a remué l'Europe, et qui s'est étendu de Madrid à Buénos-Ayres, et de Cadix à l'Isthme de Corinthe. Mais, ne nous y trompons pas. Cette insurrection n'a rien de commun avec les secousses révolutionnaires de Naples, du Piémont et même de la Péninsule. Ici, c'est une lutte corps à corps, de la liberté contre l'oppression. C'est l'effort héroïque d'un peuple qui se souvient de ses nobles ancêtres, d'un peuple que la servi1825—24. ”
“ Une aussi longue infortune n'a-t-elle pas des droits sacrés à l'intérêt de tous les bons coeurs? Songeons que les Grecs ne participent en aucune manière aux avantages de la communauté politique ; qu'ils sont des Ilotes, des Bayas ; que le moindre aga de village peut outrager impunément l'homme le plus estimé, s'il est Grec; que la moindre faute d'un Grec est un forfait ”
“ Deux partis opposés reçurent les dénominations de libérales et de serviles : c'étoit la preuve que le peuple entrait dans la passion des factieux; car c'est toujours lui qui donne ces sortes de qualifications au parti dont il n'est pas. La difficulté de réprimer ces désordres s'accroissoit, de l'embarras progressif des finances. En 1817, il étoit au comble. La possession des mines du Nouveau-Monde échappoit à l'Espagne, par l'insurrection des colonies du Sud ; et ce n'étoit pas en menaçant les rebelles, qu'il étoit possible de les désarmer. ”
“ Les connoissances que les jeunes Grecs puisoient au sein de ces écoles leur apprenoient à rougir de leurs chaînes, et le besoin de les rompre était une passion ardente qu'ils rapportaient presque tous dans leurs foyers. ”
“ Le torrent révolutionnaire s'enfloit d'heure en heure, et l'incertitude où l'on étoit sur les dispositions des troupes paralysoit tous les moyens de résistance. On ignoroit surtout quel était le moteur de l'insurrection; et! les rebelles se demandoient euxmêmes à quel pouvoir ils obéissoient. Enfin on nomma le général Gugliemo Pépé; et Naples retentit aussitôt du cri : Viva Gugliemo Pépé ! Cet officier, à qui tous les événements qu'il a dirigés n'ont acquis, dans l'Europe entière, qu'une célébrité ridicule, venoit en effet d'être salué, comme le héros de la liberté napolitaine. ”
“ Tel est le sort des courtisans de la multitude. Si les rois ne sont pas toujours reconnoissants, la multitude est toujours ingrate. L'Europe observoit la Péninsule, et tous les yeux s'attachoient sur la France, si fortement intéressée, par tous ses points de contact avec l'Espagne, à ce que l'incendie révolutionnaire y fût étouffé. L'aspect des. choses devenoit, de jour en jour, plus alarmant. ”
“ La loi répressive de la presse périodique passa comme la précédente à la chambre des ctéputés, après une discussion plus ou moins passionnée. Les pairs l'adoptèrent le 13 mars, à la majorité de 41 voix. La présentation du budget est toujours une occasion d'aborder de près toutes les parties de l'administration générale; et l'opposition n'use pas toujours de ce droit avec modération. L'examen du budget de 1822 en offrit la preuve. M. Benjamin Constant, dès son exorde, irrita jusqu'aux hommes sensés de son parti. ”
“ Du reste, il n'étoit remarquable ni comme général, ni comme administrateur; et les chefs de parti qui le mettaient en avant ne l'ignoroient pas ; mais il leur étoit nécessaire. 1815—24. RÈGNE DE LOUIS XVIII. 25 qui les provoquent. Il est permis d'espérer que ces restes d'une longue tourmente ne nous troubleront plus. Un état serait trop à plaindre, si deux ou trois brouillons avoient le pouvoir de l'inquiéter. Le pays où cette pensée « que le gouvernement est le plus fort » n'est pas dans tous les esprits, ne peut jamais se flatter d'être long-temps tranquille. ”
“ RÈGNE DE LOUIS XVIII. 29 et troublé, délibérait et ne décidoit rien. En de telles crises, tout est périlleux. Le parti de composer avec les rebelles déplaisoit à la fierté du roi; le projet de leur résister en supposoit les moyens. Le comble du malheur pour Ferdinand étoit d'avoir à choisir entre des officiers plus pu moins suspects. En croyant envoyer un général à l'armée fidèle, on donnoit peutêtre un chef à la révolte. ”
“ Louis XVIII étoit profondément touché du malheur des Grecs, et, tout en, se soumettant aux considérations d'une politique circonspecte et timide, il énonça plus d'une fois le voeu d'être témoin de leur glorieux affranchissement, avant la fin de sa carrière. Il n'a pas eu cette noble joie. Des infirmités avoient prématuré sa vieillesse. Depuis la fin de l'année 1823, il s'affoiblissoit de jour en jour. Le 13 de septembre, un bulletin signé des médecins et du premier gentilhomme de la chambre annonçoit un état désespéré. ”
“ L'essai de ses armes contre les cortès, quoiqu'il n'eût pas été fort heureux, enhardit d'autres royalistes. On sentit qu'il étoit aisé d'ébranler une domination qui fatiguoit. Parmi les hommes d'un haut rang qui, par opinion ou par entraînement, s'étaient abandonnés au mouvement des idées nouvelles, les plus estimés s'en détachèrent. Le prince Michel, ouvertement déclaré, rallia sous son drapeau tout ce qui n'attendoit qu'un exemple et qu'un chef. L'Espagne envahie mettait ses cortès à la merci du vainqueur : la chance du sénat portugais ne sembloit guère plus rassurante ”
“ Les constitutionnels se défendirent avec intrépidité contre des forces supérieures, et ne plièrent qu'après sept heures de résistance. Leur déroute mit fin à tout. Le général victorieux fit son entrée dans Turin, au milieu d'une population désabusée qui crioit : vive le roi ! Les journaux républicains se pressèrent d'être royalistes; les effets publics se relevèrent; la tranquillité se rétablit. Telle fut l'insurrection du Piémont, qui ne dura que trente jours, mais qui, dans ce court espace de temps, produisit d'assez grands maux, pour en faire détester lés auteurs. ”
“ M. Manuel reparut dans les rangs des candidats de l'opposition ; mais il échoua. Soit que l'esprit général fût changé, soit que le ministère eût aggravé le poids de son influence, le parti libéral éprouva de grandes défections; car, sur 434 élections à faire, il n'en eut que quinze dans les arrondissements, et deux seulement dans les collèges de département : les ministres n'avoient jamais acquis une majorité plus nombreuse. La séance royale, pour l'ouverture de la session des chambres, eut lieu le 23 mars 1824, dans la grande salle du Louvre. ”
“ Je vous laisse vieux et infirme sur un trône chancelant. « En m'éloignant de vous, ma douleur est vive. Votre fils n'est pas avec « vous, et les méchants vous en séparent bien plus encore que les mers. « La couronne souillée pèse sur vos cheveux blancs : ah ! que le Seigneur, » par qui régnent les rois , veille sur vous et confonde vos ennemis ! ”
“ Non sans doute; mais ils en acquièrent par leur liaison avec d'autres événements dont ils sont une dépendance. Peut-on croire que le spectacle des révolutions qui troubloient l'Europe eût soulevé les constitutionnels du Piémont, s'ils n'eussent compté sur Madrid, $uj- Naples, sur Milan? si nos libéraux qui ne désespèrent point de la patrie n'eussent tenu le fil qui les dirigeoit ? Celui qui, du haut des cieux, préside aux destinées humaines, n'a pas permis que le génie du mal triomphât dans les trois royaumes qu'il ébranloit à la fois. ”
“ La constitution des cortès de Lisbonne étoit proclamée. Mais le peuple en avoit reçu la publication avec indifférence; la misère avoit refroidi l'enthousiasme. L'armée murmurait. Une grande dissidence d'opinions régnoit au sein de la famille royale. La reine se maintenoit dans une opposition tellement prononcée, que les cortès demandèrent qu'elle prêtât son serment. ”
“ Le roi de Portugal, informé de ce qui se passoit dans ses états d'Europe , fit partir pour Lisbonne le maréchal Beresford, investi des pouvoirs les plus étendus. Le 10 octobre, ce général étoit à la vue de Lisbonne; on l'empêcha de débarquer. Les insurgés portugais, réglant leur marche sur la révolution espagnole, appelèrent leurs Cortès qui n'avoient pas été convoquées depuis 1697; ce qui prouvoit qu'un gouvernement toujours sage les avoit rendues inutiles. Elles s'ouvrirent le 10 de janvier 1821. On pense bien que. ”
Termes fréquents
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