Camille Lemonnier,
Noëls flamands
“ Jean endormi dans le lit et faisant aller mollement sa poitrine sous les draps, le poêle mêlant son ronflement au chant de la bouilloire, et la petite veilleuse dans l’huile éclairant doucement les murs et le plafond, il pensa en lui-même : — Nous sommes des heureux, nous autres. Il y a tant de pauvres gens courant les rues à cette heure, dans le froid, la pluie et le vent, le nez rouge et les mains bleues. Ceux-là donneraient dix ans de leur vie pour être seulement un an comme je le suis à présent, les pieds au feu, dans un grand fauteuil, ayant bien chaud et pensant à ceux qui n’ont rien. ”
