“ Prie, ma mère, prie pour le pauvre Zazpiki, malade d’amour ! III — Mère, — dit Zazpiki qui revient de la chasse, — approche-moi ce banc pour que je m’asseye à côté du feu, car mes membres sont gelés. J’ai embrassé Marie pour la troisième fois, mère... car je l’aime de toute mon âme. La sienne est grande et belle comme celle d’une sainte. Grand aussi est son cœur, dont jaillissent des torrents de tendresse. Ange, et non femme, est la vierge que j’adore. ”
Résumé
Contes espagnols, œuvre anonyme issue de la tradition orale ou littéraire, explore les tensions culturelles et amoureuses dans un cadre basque et espagnol. À travers des récits de chevaliers, de conflits entre Basques et autorités locales, et de passions contrariées (comme celle de Zazpiki pour Marie ou d’Ahmet face à la tempête), l’œuvre mêle folklore, tragédie et quêtes héroïques.
Les personnages, tels que le seigneur de Pouyanne ou Graciosa, incarnent des dilemmes sociaux et émotionnels, tandis que des lieux comme le pont de Proudines ou Bayonne ancrent l’histoire dans un contexte historique précis.
Citations de Contes espagnols ()
“ En effet, ces cinq victimes de l’implacable alcade se trouvaient encore là. À minuit les Basques devaient venir recueillir leurs corps pour les ensevelir chrétiennement. Le seigneur de Pouyanne, malgré la dureté de son cœur, ne put s’empêcher de frémir. Mais, Dieu saint ! Quelle est la femme vêtue de blanc, qui appuyée sur la rampe du pont contemple les malheureux attachés aux piliers ? C’est une jeune fille pâle et belle, aux cheveux noirs et abondants, aux formes pures et parfaites. Il n’y a pas à en douter : elle n’est et ne peut être autre que Laure de Pouyanne. ”
“ Comme ils idolâtrent Graciosa ils se réjouissent de ce qui vient d’arriver. Loin de voler à la défense de leur seigneur, ils courent porter la nouvelle aux autres serviteurs et gens d’armes. Tous alors cherchent l’endroit le plus convenable, d’où ils pourront, sans être vus, voir eux-mêmes la sortie des deux chevaliers et de la jeune fille. En avant, marche le seigneur de Lamindano qui se donne en vain l’apparence d’un homme satisfait, pour que ceux qui le voient, ne devinent pas son humiliation. Ochoa de Marmex et Graciosa le suivent à une très courte distance. ”
“ Pour le bon alcade, tout le charme de la vie se résumait en sa Laure. Jamais il ne parlait ni ne voulait entendre parler de la marier, et abhorrait les nombreux adorateurs de sa fille, craignant qu’à cause de l’un d’eux elle n’arrivât à l’aimer moins, ou à l’oublier peut-être complètement. Qu’aurait dit le seigneur de Pouyanne, s’il avait su que sa fille, sa Laure aimait un Basque, un fils de cette race indomptée qu’il haïssait à mort ? ”
“ Mille sentiments opposés se livrent bataille dans son cœur. En arrivant à la porte de la demeure de Machin de Loidi, le jeune homme s’arrête ; mais telle est son émotion, qu’il ne peut saluer sa bien-aimée. Elle, le regardant avec une expression indéfinissable, s’écrie : — Pourquoi l’Euskalduna [3] quitte-t-il sa patrie ? Où trouvera-t-il un pays aussi beau que celui que créa le Très-Haut Jaungoikoa pour servir de demeure aux fortunés fils d’Aitor ? — De l’autre côté des mers il y a une terre cent fois plus belle que le brumeux pays des Basques. ”
“ Lupo, le roi more de Valence, appelle un jour Ahmet, second fils d’Almanzor, roi more de Carlet. Lupo était assis dans son jardin, à l’ombre d’un petit bois d’orangers odorants quand arriva le jeune Ahmet. Le jeune Ahmet ! Jamais les rives du Turia ne virent garçon plus gaillard ni plus galant. Nul ne manie une lance comme lui, nul ne sait comme lui dompter un poulain rebelle ; nul n’est si souvent que lui vainqueur dans les tournois ; nul ne sait mieux que lui chanter amoureusement au pied de la fenêtre arabe. ”
“ Tout est destruction et mort, tout est terreur et épouvante. Soudain... Soudain un bruit de voix vient se mêler au bruit du vent. Au milieu du désordre des éléments, du rugissement de la tempête, du fracas de l’ouragan, Ahmet perçoit, comme par ondées, un chant mystérieux, mélancolique, divin. Est-ce le chant des houris du Paradis ? Est-ce l’hymne d’allégresse des génies malfaisants qui jouissent de la destruction de la nature ? Ahmet ressent une émotion inconnue. ”
“ Mais Pierre est un orphelin sans famille, sans amis, sans avenir, et l’avarice du père de Marie s’oppose à son bonheur ; pour comble de malheur, le démon de la jalousie tourmente le cœur sensible du jeune homme. Le malheureux Pierre a perdu tout espoir, et a résolu de quitter son pays, de fuir de l’autre côté des mers, de mettre entre lui et celle qu’il aime l’immensité de l’Océan. Pauvre insensé ! Il s’imagine qu’en laissant sa patrie il recouvrera le calme qu’il y a perdu ; mais, pour le recouvrer il lui faudrait fuir de son propre cœur, et c’est impossible. ”
“ Comme le pays était en paix, et comme les Basques étaient loin de s’imaginer que l’alcade de Bayonne voulût se venger traîtreusement de ce qu’ils avaient fait au pont de Proudines pour défendre leurs immunités méconnues, les portes du palais étaient entièrement ouvertes pour quiconque voulait entrer et s’asseoir à la table ; c’est ainsi que le seigneur de Pouyanne et les siens purent sans difficulté aucune, arriver jusqu’au salon même du banquet. ”
“ Ochoa de Marmex s’assied à table et Graciosa fait le service avec un air triste mais résigné. Tous font les honneurs dus à l’abondance et au bon goût, excepté Alida, chez qui la joie a remplacé l’appétit. Elle pense à l’envie qu’éprouveront ses amies, quand elles la verront s’approcher de l’autel, au bras du jeune et beau gaillard. Graciosa verse avec profusion le cidre délicieux et le vin généreux ; la pauvre jeune fille veille sur tout avec délicatesse, et soin. ”
“ Là-bas, sur notre gauche, à la lumière du crépuscule, j’ai vu des montagnes superbes qui cachaient leur front dans un turban de nuages ; le soleil, en se retirant, nageait dans une mer de sang ; l’air qui fouette nos visages, nous apporte une haleine de feu. La tempête est proche. La tempête est proche : le vent qui fouette en rafales inégales et furieuses les cimes touffues des pins le dit à Ahmet ”
“ Marie-Louise resta quelques jours à Montserrat, et dans une fête qui eut lieu alors, elle voulut vêtir la sainte image de ses propres mains, sans permettre qu’on l’aidât dans son travail. De sorte qu’en partant, elle se déclara sa camériste et emporta une toque ainsi que la clef de la porte la plus proche de Notre-Dame, lui laissant en échange une rose en or massif, ornée de cent diamants, bijou de grand prix et d’un goût exquis. ”
“ Tout à coup, au milieu de la nuit silencieuse, et par-dessus la neige, la terre reverdit ; on voit le ciel se teindre d’une couleur rose ; les rivières poursuivent leurs cours, la neige est fondue. Tout ce qui est mort remue ; tout ce qui est inerte revient à la vie, les arbres se balancent avec une verdure luxueuse. Tout ce qui apparaît à la vue, est un jardin fleuri, et dans les cieux on voit apparaître l’étoile de l’amour. ”
“ Le temple est envahi par les ténèbres ; seules trois lumières brillent sur l’autel. Seules, trois lumières brillent sur l’autel, car ce temple est celui de Poblet et ce chant est le Salve, c’est-à-dire le fervent salut qu’adressent à la Reine des Anges les cœurs chrétiens, quand apparaissent les premières blancheurs du matin. Les trois lumières sont là en souvenir de ces trois autres que les solitaires de Lardeta et l’armée de Bérenger virent un jour briller au-dessus des arbres. Ahmet s’appuie sur une colonne, et pleure. ”
“ Chaque nuit, lorsque la pourpre que le soleil couchant projette sur les nuages, à son déclin, disparaissait du ciel, une jeune fille, ou plutôt une fillette, traversait la plaine, et, prenant un sentier qui semblait n’avoir jamais été foulé par des pas humains, s’introduisait furtivement dans un bosquet de sapins, dont les branches étendaient leur ombre fraîche à l’entrée d’une caverne. ”
“ Une nuit que les arbres balançaient amoureusement leurs chevelures touffues au souffle d’une douce brise ; que les fleurs entouraient de leurs arômes exquis les contours de la caverne ; que la lune y introduisait ses pâles rayons, enveloppant dans un pâle manteau de suave clarté la statue de Saint-Michel, l’enfant qui pour la centième fois répétait sa prière, entendit tout à coup un chant pur, au sein de l’épaisse ramure. C’était la voix du rossignol. ”
“ Ne sois pas triste, ne crois pas que tu vas être l’esclave d’Ochoa de Marmex. Tu ne ressembles pas à Alida de Lamindano, ni à l’épouse de Sancho de Remaldi ; tu ne seras pas traitée comme elles mériteraient de l’être. ”
“ Alida, le seigneur de Lamindano et son épouse accueillent avec un rire bruyant les paroles du jeune homme ; l’affreuse vieille laisse entrevoir en riant ses dents démesurées. La malheureuse Graciosa tremble sur ses jambes. La cruauté du chevalier la surprend et l’afflige profondément, à peine peut-elle contenir les larmes qui mouillent ses beaux yeux. ”
“ Je ne serai jamais heureux !Appuyé sur le rebord du bâtiment qui va me conduire en Amérique, je ne détournerai pas un moment les yeux de la côte, et quand disparaîtront au loin l’ilôt de Santa Clara et le phare d’Igueldo, la terre chérie où j’aurais pu être si heureux, ce sera comme si on me plaçait vivant dans la tombe, car je ne contemplerai plus désormais aucun objet avec plaisir, le dernier reflet de bonheur aura fui de mon cœur pour toujours. ”
“ Et, chose étrange ! l’oiseau lançait des notes que la fillette comprenait. Il chantait ainsi : — « Tout vient de Dieu et retourne à Dieu. En un instant il donne la vie à la rose et, en un instant, il la flétrit. Il laisse vivre l’homme quelques années, comme il permet à une lampe de briller dans le fond d’une crypte. Il souffle un jour sur la lampe et elle s’éteint ; il souffle sur l’homme et il meurt. Dieu aime la prière qui est la rosée de l’âme. Dieu envoie à l’enfant chrétienne le baume des larmes pour l’attendrir et le chant du rossignol pour l’encourager. » ”
“ Comme toujours, en la voyant, son front se dérida, et tant qu’ils furent réunis, le terrible alcade parla, rit et joua comme un petit enfant. Mais, quand la jeune fille lui souhaita le bonsoir et se retira dans son appartement, quand Pouyanne resta seul dans sa chambre, dont les meubles brisés lui rappelèrent ce qui était arrivé au pont de Proudines sur la rivière Nive, on l’entendit de nouveau frapper le sol du pied et crier d’une voix de stentor : — Je me vengerai ! Je me vengerai ! II Le 24 août 1341 sera toujours une date tristement mémorable sur les deux rives de la Nive. ”
“ La fillette était malade, et le cœur plein d’angoisse, sa petite mère la veillait, la veillait à son côté. — Maman, qui fait briller les étoiles au ciel ? — Le seigneur qui peut tout, fillette, le seigneur Dieu. ”
“ AUX BORDS DE L’URUMEA —— Qu’elles sont belles, les jeunes filles du Guipuzcoa ! Qui n’admire leurs joues rosées, leurs lèvres carminées, leurs yeux doux et expressifs, leur front élevé, leur chevelure soyeuse, leur taille flexible et svelte, leurs mouvements pleins de grâce et de gentillesse ? Qu’elles sont belles les jeunes filles du Guipuzcoa ! Qui peut résister à leurs enchantements ? D’un regard, d’un sourire, elles enchaînent la volonté la plus ferme, elles asservissent le cœur le plus orgueilleux. ”
“ Dieu, en récompense, tapissa ses rochers avec tout le luxe et l’opulence d’une splendide végétation. Croyez-en ce que bon vous semblera. Que les uns attribuent ce phénomène de la montagne à l’œuvre capricieuse d’un volcan ; que d’autres le représentent comme une des suites des bouleversements occasionnés par le déluge ; quant à nous, poètes chrétiens, nous acceptons la tradition, telle que les temps nous l’ont conservée. ”
“ Marie ne m’aime pas ; Marie aime Louis de Bidarray. « Les Français sont très galants, ils ont une langue très mielleuse, ils connaissent les flatteries qui sont si agréables aux femmes, et je ne m’étonne pas que ce Français ait gagné le cœur de la fille de Machin de Loidi. » À ce moment, le malheureux jeune homme entre dans la rue où habite Marie, et malgré sa mauvaise humeur, jette un timide regard à la fenêtre de l’étage de la jeune fille. ”
“ Sous de noirs nuages le ciel bleu s’est obscurci ; tout ce qui vit se couvre d’un épais linceul de neige ; les rivières et les ruisseaux se sont gelés ; le soleil, allumé, s’est éteint ; la terre semble vide de la bonté de Dieu. ”
“ Leur feu ne sert pas à chauffer le cœur ; le feu joyeux du foyer de la maison paternelle peut seul le chauffer. — Là, les richesses sont la récompense du travail ; ici, le pauvre ne cesse jamais de l’être, pour tant qu’il arrose de sa sueur l’ingrate terre. ”
“ Du sein de la terre, ses esprits candides, comme des fleurs d’or et de pourpre, traversent l’immense espace portant dans leurs bras des bouquets aromatiques d’où s’exhalent le myrte, l’aloès et l’encens. Et au milieu de la nuit, les anges, battant des ailes, tournent, courent, vont et reviennent, entourés de nuages d’or, et à tous ceux qu’ils rencontrent, et à tous ceux qui les voient, ils disent : Hosanna ! le Sauveur est né. ”
“ Les Basques, qui n’avaient d’autres armes que leurs bras et les meubles et autres objets qu’ils trouvaient à leur portée, furent barbarement assassinés en présence de leurs épouses et de leurs filles que ne respecta pas non plus la fureur de ces bandits. Le seigneur de Pouyanne laissa seulement la vie à cinq chevaliers, disant qu’il fallait qu’ils vécussent pour pouvoir servir d’arbitres dans l’affaire du pont de Proudines. ”
“ Éternelle lumière de la vie, tu es le vase des plus pures essences, descendu pour apaiser les tourments de ce monde, tu es la source la plus pure des bonheurs spirituels, parmi les lis tu es la plus chaste des fleurs, le bijou du ciel et de la terre. Gardienne d’une cité qui est riche en faits de gloire, elle unit, ô Vierge ! ”
“ Vierge sacrée ! murmures, voix, arômes, tout est parfum d’amour. Riches et heureux mortels, encensez-la dans vos prières, car elle est la consolatrice des affligés et le miroir de la vertu ; pour elle, ô généreux bardes ! dont les harpes chrétiennes n’ont jamais manqué de foi, trouvez des louanges. Envoie-lui tes baisers, ô brise douce et fraîche de la marée ! ”
“ Combien je te plains, pauvre enfant ? Par bonheur tu es plus belle qu’un séraphin, et il faut espérer que bientôt quelque jeune et honnête garçon de ces contrées t’épousera et te délivrera d’un aussi odieux esclavage. ”
“ Enfin, un jour, le temple fut achevé. — À qui la dédicace de cette église, sire ? — À la vierge qui ait le plus de fidèles, dit le monarque ; à la plus renommée et la plus fameuse ; à celle qui ait obtenu le plus de remerciements de mon peuple. ”
“ Écoutez, vous tous, hommes ; le Verbe s’est fait homme, et la liberté une doctrine. Et l’ange dit : Ô étoile, qui ornes tout le ciel, ô saint fils de Marie ! Les hommes verront le fils de Dieu, sur la croix, mourir dans l’agonie. ”
“ Le chevalier admire la grandeur et la solidité de l’édifice, qui est de forme rectangulaire : la muraille extérieure et les tours de ses quatre angles, le corps saillant qui occupe le centre de la courtine faisant face au sud, les grandes fenêtres en arc percées dans les murs épais de l’édifice, les longs espaces couronnés par les créneaux et les meurtrières. ”
“ Depuis lors il y eut à Poblet un moine de plus qui s’appela Bernard ; un moine vertueux et saint, dont les prières continues, dont l’austérité et la pénitence, dont la vie d’ascète firent que la renommée de sa vertu arriva aux pays les plus éloignés. ”
“ Le vent siffle comme un serpent dans la plaine, et rugit comme un lion dans les halliers. Les pins les plus hauts sont déracinés ; les arbres les plus gros roulent sur le chemin. De la montagne descendent des torrents furieux qui arrachent d’énormes rochers. ”
“ Il est beau notre Jaizkibel au pied duquel se brisent, furieuses, les vagues impuissantes ; elle est belle la triple couronne de l’Aya illuminée par les derniers rayons du soleil couchant ; et encore plus belle est la haute cime de l’Hirnio, à moitié voilée par un blanc brouillard. Qu’importe que nous n’ayons pas de volcans ? ”
“ Ô toi, claire fontaine des amours, fontaine riche et cristalline, plus pure que le souffle du vent, plus douce que le miel ; tu as un palais richissime, auberge passagère, qui est un port de salut pour les naufragés et un alcazar pour les fidèles. ”
Termes fréquents
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