“ Pour la première fois de la soirée, l’oncle John éclata d’un rire retentissant ; la bonne mistress Brainerd, elle-même, ne pût se contenir. Quant à Maria, son hilarité n’avait pas de bornes. — Ah ça ! mais, qu’avez-vous donc tous ?... demanda l’artiste un peu décontenancé par l’accueil fait à son interjection. — Dans trois mois d’ici, tu riras plus fort que nous, mon cher enfant, se hâta de dire mistress Brainerd pour le consoler ; la poésie et le romantique de tes idées ne pourront tenir devant la vulgaire réalité. ”
Résumé
“Jim l’Indien”, est une œuvre de Gustave Aimard. Des thèmes tels que Halleck, Brainerd ou les Indiens y sont abordés.
Citations de Jim l’Indien (Gustave Aimard)
“ Le soleil était sur le point de quitter l’horizon ; il importait d’avoir une solution avant la nuit. Le major se frottait les mains, au comble de la jubilation. — Il faut que ça chauffe tout de suite ! dit-il ; comme nous allons brûler tous ces gradins-là ! Vous autres, continua-t-il en s’adressant à ses hommes, ayez l’œil au guet, le doigt sur la détente, et visez juste ; chaque coup de feu doit abattre son Sauvage. Brainerd, son fils et Halleck ne pouvaient parler, tant était terrible leur émotion. Ils apprêtèrent convulsivement leurs armes. — Marchons, dit Jim. ”
“ Maggie était extrêmement timide, parlait peu, se contentant de répondre lorsqu’on l’interrogeait, ou lorsque l’imperturbable Adolphe la prenait malicieusement à partie. Quant à Maria, c’était la folle du logis ; rien ne pouvait suspendre son charmant babil ; son intarissable conversation était un feu d’artifice ; elle tenait tout le monde en joie. Quoiqu’on fût à la fin du mois d’août, la soirée était tiède, admirable, parfumée comme une nuit d’été. — Oui ! l’atmosphère est pure dans nos belles prairies de l’Ouest, dit M. Brainerd en réponse à une observation d’Halleck ”
“ Cependant il y manque un élément, la vie ; sans cela le paysage est mort. Maria lui montra du doigt les oiseaux qui tournoyaient sur leurs têtes. — Non, ce n’est pas assez. Il me faudrait autre chose encore, plus en harmonie avec ces grandeurs sauvages. Nous pourrions bien y figurer nous-mêmes ; mais nous n’y sommes que des intrus,... et pourtant, il me faut de la vie là-dedans !... un daim se désaltérant au cristal des eaux ; un ours grizzly contemplant d’un air philosophe les splendeurs qui l’entourent ; ou bien... — Un Indien sauvage, pagayant son canot ? ”
“ Il y eut encore des embrassades et des poignées de main à n’en plus finir. L’artiste éprouvait une émotion telle qu’il ne pouvait dire un mot, exalté qu’il était par la joie et la surprise. Pendant quelques instants ce fut un pêle-mêle de questions et de réponses presque joyeuses. À la fin l’oncle John demanda des nouvelles de la ferme. — Ah ! ma foi ! qu’importe ! qu’importe ! s’écria-t-il d’un ton ferme, en apprenant qu’elle était brûlée ; nos vies sont sauves, c’est déjà beaucoup. ”
“ Parce que nous avons eu la mauvaise chance de rencontrer deux ou trois vagabonds dans les bois, voilà-t-il pas que vous ne rêvez plus que soulèvement dans tout le Nord ! — Si vous aviez seulement la moitié de mon expérience, vous ne seriez pas si aveugle. — Oh ! quelle perspective splendide ! s’écria tout-à-coup l’artiste avec enthousiasme ; si j’en avais le temps, comme je crayonnerais cela ! — Vous pouvez vous en donner ici à cœur joie, riposta aigrement Brainerd, si vous considérez cela comme plus important que les existences et le salut des nôtres. — Là ! là ! calmez-vous, cher Will ! ”
“ Le Sioux sombre, silencieux, le front pensif et menaçant, suivait du regard les ombres lointaines et fugitives des Indiens ravisseurs. Will, pâle, abattu, les yeux voilés, regardait aussi cette route par laquelle venait de disparaître ce qu’il chérissait le plus au monde. Halleck, l’air égaré, les yeux errants au hasard, paraissait perdu dans les idées les plus complexes : on aurait dit un homme cherchant sa route par une nuit obscure. Tous trois avaient oublié le vieux John Brainerd : ils revinrent au sentiment de la réalité en le voyant se relever et accourir vers eux. ”
“ Halleck les eût bientôt rejoints : il serra affectueusement la main de Maria, en murmurant quelques paroles que son émotion rendait inintelligibles ; puis il se tourna vers le Sioux qui venait de jouer si fort à propos le rôle sauveur de la Providence. — Votre main ! mon brave ! donnez-moi votre main, vous dis-je ! vous êtes un vrai Indien, vous ! Jim ne lui rendit en aucune façon sa politesse. Il se contenta de le toiser, un instant, des pieds à la tête, et dit : — Courez, allez-vous-en d’ici ! les Indiens sont soulevés, brûlent les maisons ; ils tuent tout. Vite ! chez l’oncle John ! ”
“ Pauvres, bons missionnaires! voilà des hommes dévoués! Je vous citerai le docteur Williamson qui a fourni une longue et noble carrière, au milieu de ces peuplades farouches, se heurtant sans cesse à la mort, à des périls pires que la mort! tout cela pour leur ouvrir la voie qui mène au ciel! Et le Père Riggs, qui, depuis trente-cinq ans, erre autour du Lac qui parle, ou Jyedan, comme les Indiens lappellent. Cest un second apôtre saint Paul; dans les bois, dans les eaux, dans le feu, en mille occasions sa vie a été en péril; un jour sa misérable hutte brûla sur sa tête ”
“ Jim, au lieu de répondre, inclina son oreille presque jusqu’à terre, et écouta pendant quelques instants avec une anxiété profonde. — Ils partent au grand galop ; entendez ! fit-il en se relevant. Les jeunes gens prêtèrent l’oreille : un bruit semblable à un tonnerre lointain parvint jusqu’à eux, accompagné d’une clameur sauvage. — Oui, répondit Brainerd, c’est le galop de leurs chevaux : ils s’éloignent. — Puissent-ils aller jusqu’en enfer et ne jamais revenir ! soupira sentencieusement Halleck. ”
“ Jim passa devant, en éclaireur, l’œil et l’oreille au guet, le doigt à la détente du fusil, marchant sans bruit, se dérobant dans les broussailles. On passa ainsi tout près du lieu où Maria s’était cachée : — Comment avez-vous eu l’imprudence de quitter une aussi excellente cachette, demanda Halleck avec son sang-froid habituel ; je vous avais pourtant recommandé, d’une façon formelle, de n’en pas bouger jusqu’à mon retour. — Je me serais bien gardée d’en sortir : on m’en a arrachée. Ce sont deux de vos honorables Indiens qui sont arrivés droit sur moi et se sont emparés de ma personne. ”
“ Nous sommes sur le bord d’un précipice, celui de la mort ; nous pouvons y tomber à chaque instant ; il est raisonnable d’être prêts... de songer à ce grand voyage de l’Éternité. — Assurément, Maggie, vous seriez la digne femme d’un missionnaire, vous êtes déjà une sainte, je l’affirme. La jeune fille allait répliquer, lorsqu’une exclamation de Jim attira l’attention de tout le monde. Toujours debout, l’Indien paraissait regarder avec attention un objet qui avait attiré ses yeux. — Eh bien ! qu’est-ce qu’il y a ? demanda l’oncle John. — Une ferme là-bas ! répliqua le Sioux. ”
“ Le bras de Christian Jim s’étendit doucement vers lui et se reposa sur son épaule : — Mon frère n’est pas sans espoir ! lui dit-il de cette voix douce et harmonieuse qui étonne quiconque n’a pas vécu parmi les Indiens. John releva la tête et le regarda : — Que mon frère parle au Père qui est dans les Terres Heureuses ; son oreille entend toujours la voix qui pleure ; sa main est toujours ouverte pour soutenir celui qui est affligé. ”
“ Adolphe, remarquez-vous l’immobilité extraordinaire de ce pêcheur ? Les deux jeunes gens s’amusèrent à regarder cet individu qui, en effet, paraissait identifié avec le roc sur lequel il était assis. Tout à coup il fit un bond en avant, tête baissée, et tomba lourdement dans l’eau, avec un fracas horrible. En même temps les échos répétaient la détonation d’un coup de feu ; et une guirlande de fumée qui planait au-dessus d’un roc peu éloigné trahissait le lieu où était posté le meurtrier. ”
“ Aux premières clartés de l’aurore, tous les fugitifs furent sur pied : l’oncle John fit la prière matinale, lut un chapitre de la Bible ; tous ensemble demandèrent « au père qui est dans les cieux » le secours tout-puissant de la Providence paternelle. C’était un spectacle touchant de voir ces créatures affligées, exilées dans la solitude, fuyant une mort pour en affronter une autre, de voir ce guerrier sauvage, remettre leur sort aux mains miséricordieuses de Celui dont la « bonté s’étend sur toute la nature. » ”
“ Seul, le craquement sinistre de l’incendie lui fit réponse : de longues traînées de flamme, éblouissantes de blancheur, percèrent la fumée comme des éclairs. Halleck recula instinctivement lorsqu’il se vit tout illuminé par ce jour funeste. Dans ce mouvement rétrograde, il faillit se heurter contre un grand Sauvage dont il n’avait assurément pas soupçonné la présence. Halleck tira son révolver de sa ceinture, mais avant qu’il l’eût armé sa main était emprisonnée dans celle de l’Indien. ”
“ L’Indien bondit en poussant un rugissement de bête fauve ; mais il fut reçu par un foudroyant coup de pied dans les côtes qui l’envoya rouler sur les cailloux. La boxe pédestre aussi bien que manuelle, n’avait aucun mystère pour Halleck, et sur ce terrain il était maître de son ennemi : sa seule crainte était de le voir employer quelque nouvelle arme, car l’artiste n’avait plus que ses pieds et ses poings. Aussi, ce fut avec un vif déplaisir qu’Adolphe le vit extraire du fourreau un couteau énorme, puis se diriger sur lui avec précaution. ”
“ Maggie s’étonnait de soutenir si bien la conversation, contrairement à ses habitudes de silence. Elle subissait, sans s’en apercevoir, l’influence d’Halleck, dont la délicate urbanité savait mettre à l’aise tout ce qui l’entourait ; le jeune artiste avait, en outre, le don de placer la conversation sur un terrain favorable pour la personne avec laquelle il s’entretenait. Tout le monde n’a pas ce talent aussi rare qu’enviable. ”
“ Sans y songer, Adolphe regarda Maria pendant qu’elle parlait ; il fut tout surpris de voir qu’elle baissa les yeux et qu’une rougeur soudaine envahit ses joues. Ces symptômes d’embarras ne durèrent que quelques secondes ; mais Halleck les avait surpris au passage : cela lui avait mis en tête une idée qu’il voulut éclaircir. — Il y a un piano chez l’oncle John, je suppose ? demanda-t-il. — Oh oui ! Maggie n’aurait pu s’en passer. C’est un vrai bonheur pour elle. — Naturellement... Ces deux enfants-là n’ont pas à se plaindre ; ils ont une belle existence en perspective. ”
“ Un tourbillon de fumée et de flammes remplit la clairière ; des hurlements de mort répondirent aux détonations ; quatre Indiens seulement restèrent debout : tous les autres se tordaient sur l’herbe dans les convulsions de l’agonie. Les trois femmes tremblantes accoururent éperdues vers leurs libérateurs. Maggie se trouvait la plus proche d’Halleck : il s’élança vers elle. Au même instant, un des Indiens survivants bondit sur la jeune fille, le couteau à la main, et la saisit par les cheveux. — Veux-tu la lâcher ! démon maudit ! hurla l’artiste en armant son révolver et en faisant feu. ”
“ Mais lorsqu’ils eurent fait quelques pas, un appel lointain arriva à leurs oreilles : en retournant la tête ils aperçurent un Indien qui étendait vers eux sa couverture blanche. — Bon ! fit Brainerd ; le voilà furieux de notre prudence, il nous insulte de loin. — Voyons, que je le lorgne cette fois, comme si je voulais faire son portrait. À ces mots, l’artiste braqua sur lui son télescope, le regarda attentivement ; puis, baissant soudain son instrument : — Je parie que je connais cet homme, Will. Qui croyez-vous ?... ”
“ Après avoir complété toutes ses observations météorologiques et autres, Halleck songea à quitter le poste aérien où ils étaient juchés depuis plus de cinq heures ; il demanda à Brainerd s’il ne jugerait pas à propos de descendre, du moment que l’obscurité nocturne venait paralyser tous leurs efforts d’observation. — Je ne sais plus que penser ni que dire, tant ma perplexité est grande, soupira Brainerd découragé : qu’on regarde au nord ou à l’est, on n’aperçoit partout que la réverbération des flammes dans le ciel. Nous sommes en plein désastre, Adolphe ! ”
“ Sa contenance annonçait une attention profonde, toute concentrée sur la ligne dont il venait de lancer l’hameçon dans le lac après l’avoir balancé au-dessus de sa tête. L’artiste commença à dessiner ; Maria choisit une place d’où elle pouvait facilement suivre les progrès du travail. Tout en faisant voltiger à droite et à gauche son crayon docile, Halleck jasait gaîment et entretenait la conversation avec une verve intarissable. Peu à peu les traits se multipliaient, l’esquisse prenait une forme. ”
“ En arrivant vers le lieu où s’était cachée la famille Brainerd, il s’arrêta et écouta, concentrant toutes ses facultés pour saisir le moindre son. Mais pas une feuille ne remua ; un silence de mort régnait sur toute la nature ; il sembla à Jim d’un funeste augure. Par intervalles un souffle de la brise nocturne planait dans l’air, puis il expirait aussitôt. Si quelque ennemi se trouvait dans le bois, il dissimulait bien habilement sa présence ! ”
“ Du reste, tous les visages étaient mornes et préoccupés : si, par intervalles, une joyeuse saillie de l’oncle John, un éclat de rire argentin de Maria rompaient le lourd silence, c’étaient comme des éclairs passant et s’éteignant aussitôt dans un ciel sombre. Pendant que Maria et Will babillaient de leur côté, Halleck poursuivait la conversation avec Maggie. — Quelle est maintenant votre opinion sur les Indiens du Minnesota en général ? demanda la jeune fille en tournant vers l’artiste ses doux yeux noirs. ”
“ L’artiste comprit l’artifice un demi-sourire plissa ses lèvres, il épaula et fit feu. Comme il s’y attendait, un hurlement de triomphe lui répondit, et le Sauvage se précipita sur lui, le tomahawk levé. Halleck laissa tomber son rifle et dirigea contre l’ennemi, avec la fermeté d’une tige d’acier, son poing armé du revolver. Le Sauvage sans méfiance continua d’avancer : trois petites détonations sèches et brèves retentirent, enfonçant chacune un messager de mort dans le buste de l’Indien. ”
“ Trois jours après les événements qu’on vient de retracer, la petite caravane arrivait en vue du territoire de Saint-Paul. Le major Hachtincson, qui avait escorté jusque-là la famille Brainerd, pour la protéger contre de nouveaux malheurs, fit faire halte à sa troupe et se prépara à prendre congé de ses nouveaux amis. — Que Dieu vous garde ! sir, et vous rende plus heureux à l’avenir, dit-il à Brainerd, en lui serrant la main : Je vous quitte pour rentrer dans le désert où m’appelle la chasse Indienne. Vous pouvez compter qu’elle sera vengée plus d’une fois... ”
“ J’ai vécu assez longtemps chez les Indiens pour savoir qu’ils ne reculent devant aucun crime, ou plutôt, il n’existe pas de crime pour eux. Je vous le répète, Adolphe, la mort est près de nous tous, une mort plus cruelle que nous ne pouvons l’imaginer. Cependant la nuit approchait, et avec elle l’ombre pleine de perfidies et de mystères. Brainerd devint plus triste, plus inquiet encore ; Halleck, au contraire, redoubla d’aisance, d’indifférence, de sang-froid. ”
“ Ceci va vous être démontré, répondit Adolphe en riant ; quoique Maria m’ait secoué à me faire perdre tout bon sentiment, je sens que je me remets un peu. On s’attabla devant un de ces abondants repas qui réjouissent les robustes estomacs du Forestier et du laborieux Settler, mais qui feraient pâlir un citadin : chacun aborda courageusement son rôle de joyeux convive. L’oncle John était d’humeur joviale, grand parleur, grand hâbleur, possédant la rare faculté de débiter sans rire les histoires les plus hétéroclites. ”
“ Nous sommes loin dêtre hors de danger; si ce nest en rase prairie.— Eh bien! au contraire, moi, je pense que ces gens là ont un fond de noblesse et de chevalerie qui les poussera toujours à nous attaquer ouvertement.— Ah! pauvre Adolphe, vous êtes obstiné dans vos ridicules illusions! Oui, sils sont en nombre énormément supérieur et sûrs de nous écraser, ils nous attaqueront effrontément mais heureusement nous sommes bien montés, et suffisamment armés pour les tenir à distance. Tout ce que je crains, ce sont les embuscades; les Indiens nont pas dautre idée en tête. ”
“ Un silence de mort suivit cette péripétie sanglante : Halleck et Maria s’entreregardèrent terrifiés. Le jeune artiste ne tarda pas à reprendre son sang-froid. — Mon opinion, cousine, est que nous ferons mieux de terminer nos dessins un autre jour, dit-il de son ton tranquille, tout en repliant son portefeuille méthodiquement. — Ah ! mon Dieu ! s’écria Maria avec terreur, vous ne savez pas,... non, vous ne savez pas quels dangers nous menacent ! ”
“ En agissant ainsi, Brainerd pensait bien qu’il faisait une chose inutile ; mais cette agitation même tempérait son désespoir. Tous deux s’élancèrent vers le fourré avec une égale ardeur. Jim les regardait faire avec son stoïcisme habituel, et resta immobile. — Il ne nous faut pas marcher ensemble, observa l’artiste ; divisons nos recherches ; vous, Will, passez à gauche, moi à droite ; dans une demi-heure, au plus tard, nous nous rejoindrons à l’autre extrémité du bois. Et vous, Jim, qu’allez-vous faire ? ”
“ Cette pensée ne le laissa pas sans émotion : il s’aventura même à appeler Will plusieurs fois, d’une voix contenue. Enfin, ne recevant aucune réponse, il prit la résolution de se tirer d’affaire tout seul. La position, incontestablement, était fort épineuse ; seul, avec une carabine à un coup pour toute défense, en regard d’une bande d’Indiens enragés pour la magnanimité desquels il n’avait plus la même admiration, Halleck se voyait fort embarrassé sur le parti à prendre. ”
“ Après le souper, Maggie s’était mise au piano et avait joué quelques morceaux, sur l’instante requête de l’artiste ; chacun s’était assis au hasard sous l’immense portique dont l’ampleur occupait la moitié de la maison. Halleck et le jeune Will fumaient leurs havanes avec béatitude ; l’oncle John avait préféré une énorme pipe en racine d’érable, dont la noirceur et le culottage étaient parfaits. Halleck était à une des extrémités du portail ; après lui étaient Maria et Maggie ; plus loin se trouvait Will ; venaient ensuite M. et mistress Brainerd. ”
“ Mais la porte commençait à s’ébranler sous les coups réitérés ; les cris « ouvrez ! » se renouvelaient avec une violence impérieuse. Les jeunes gens descendirent à pas de loup jusqu’au rez-de-chaussée. — Maintenant, dit l’artiste, allez faire tous vos préparatifs par la porte de derrière ; moi, je vais parlementer avec eux. — Je ne vous abandonnerai pas dans une pareille extrémité, répliqua Brainerd, refusant d’obéir ; d’autant mieux que vous choisissez un parti qui frise la folie. — Mais va donc ! par le diable ! insista Halleck en le poussant amicalement dans la direction indiquée ”
“ Le Sauvage était si près de lui, que sans pouvoir retenir son élan, il culbuta sur le corps étendu de l’artiste. Halleck se releva d’un bond, recula de trois pas, et voyant que l’heure d’une lutte suprême était arrivée, il se prépara à vaincre ou mourir : l’Indien, de son côté, allongea le bras pour le frapper. ”
“ Aussitôt qu’elle fût hors de portée de la voix, l’oncle John reprit : — Allons nous reposer ; il est temps de dormir pour réparer nos forces. Allons Jim ! — Non, il faut partir, moi, répondit le Sioux. — Vous ne voulez pas passer la nuit avec nous, mon ami ? lui demanda Halleck, de sa voix affable et gracieuse. — Je ne peux rester ; il faut aller loin, moi ; grommela l’Indien en se levant et s’éloignant à grands pas. Chacun se rendit à sa chambre respective et se coucha. Halleck ne pût s’endormir ”
Termes fréquents
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