Henri Davignon

Résumé

Henri Davignon Revue des Deux Mondes

Il n’en est pas de même pour la sensibilité des habitans. Le Wallon diffère du Flamand dès qu’on a franchi la frontière mystérieuse ; certaines localités sont coupées en deux de telle sorte qu’elles ont comme deux visages. Parmi la foule, même en fermant les yeux, rien qu’à écouter un rire, un chant, une conversation, on peut reconnaître les deux accens, les deux terroirs. Aussi, la parenté entre le sol et l’homme, bien qu’évidente, n’explique point, à elle seule, la permanence du double atavisme. La vie régionale, l’éducation entretiennent, à leur tour, cette double originalité.
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Henri Davignon Revue des Deux Mondes

Ainsi on saisit d’emblée la caractéristique du Wallon et ce qui le différencie le plus du Flamand ; le souci du perfectionnement individuel, de la culture désintéressée s’allie à la variété du sol, à son aspect pittoresque et au goût de mouvement qu’on y puise. Car l’horizon change en Wallonie à chaque modulation du terrain. Le rural, pour passer d’un champ à un autre, change aussi d’horizon, de lumière, de sensibilité. Il en éprouve un besoin irrésistible de révéler ce qu’il sent et il parle beaucoup. Le travail ne va pas chez lui sans rires, sans chanson.
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En Belgique, le double accent est plus qu’un simple certificat d’origine toulousaine, marseillaise, savoyarde ou normande. Il traduit le tempérament de deux races : car il va de pair avec le langage et les mœurs.
Plus ménager de ses paroles, l’homme de Flandre tient à les proférer violemment, il les frappe à coups de gosier, il les broie avec ses lèvres, avec ses dents ; qu’elles doivent exprimer la joie ou la colère, il les claironne. Aussi les discussions ne se prolongent-elles guère, sinon en dispute. Chacun demeure sur son avis, ou passe aux voies de fait.
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