Jean Cruppi 

Résumé

Jean Cruppi  Revue des Deux Mondes

Pourtant cet avocat qui plaide, n’est-ce pas Cicéron ? Ce magistrat, ce judex quæstionum qui est, fort exactement, un président d’assises, c’est peut-être Octave, le père d’Auguste. Va-t-il interroger, presser de questions l’accusé ? Va-t-il descendre dans l’arène, prendre parti pour l’accusateur ? Non, c’est aussi un témoin muet, comme le juge de la reine ; il entend, il médite, il s’apprête à statuer, il est au-dessus de la lutte, il se borne à maintenir l’ordre, à assurer « l’exécution des lois et des usages. »
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Jean Cruppi  Revue des Deux Mondes

A aucun prix on ne veut être juré ! Que dis-je ? on se plaint vivement s’il faut par hasard aller, comme témoin, à une audience. A titre de concours civique, le citoyen paie l’impôt, mais c’est tout ! Il a le droit de suffrage, qu’il n’exerce guère ; quant aux obligations du jury (on le verra bientôt) , il s’y soustrait le plus qu’il peut. Ce sont de telles tendances qui donnent le secret de nos mœurs, de nos habitudes judiciaires, de ce surprenant retour à l’ordonnance de Louis XIV, de la correctionnalisation enfin.
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Jean Cruppi  Revue des Deux Mondes

A l’audience de notre Cour d’assises, ne semble-t-il pas que l’accusation est aussi représentée par deux personnages ? L’un d’eux, le président lui-même, « ouvre le cas », il expose l’affaire, ensuite il interroge l’accusé, les témoins, et pendant cette première partie de l’audience, à coup sûr la plus importante, l’avocat général n’intervient guère. Qui dirait, à le voir, qu’il a la charge de la preuve ? Il se tait, il écoute ; il peut intervenir, mais il est de bon goût qu’il n’intervienne pas ; cela est périlleux.
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