Jules Renard

Jules Renard

Résumé

Portrait de Jules Renard Jules Renard Histoires naturelles

Je tire, et au fracas d’un importun, toute la nature se désordonne.
Ces perdrix, je les lève d’abord dans une éteule, puis je les relève dans une luzerne, puis je les relève dans un pré, puis le long d’une haie ; puis à la corne d’un bois, puis...
Et tout à coup je m’arrête, en sueur, et je m’écrie :
— Ah ! les sauvages, me font-elles courir !
De loin, j’ai aperçu quelque chose au pied d’un arbre, au milieu du pré.
Je m’approche de la haie et je regarde par-dessus.
Il me semble qu’un col d’oiseau se dresse à l’ombre de l’arbre. Aussitôt mes battements de cœur s’accélèrent.
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Je me place derrière Philippe, et, même par la ligne de mire de son fusil, je ne trouve pas !
C’est énervant !
Je vois quelque chose, mais ça ne peut pas être le lièvre ; c’est une bosse de terre, jaune comme toutes les mottes de l’éteule. Je cherche l’œil. Il n’y a point d’œil. Je me retiens de dire à Philippe :
— Tant pis, tirez !
Et le chien qui courait au loin est revenu près de nous. Comme il n’a pas le vent, il ne sent pas le lièvre, mais il peut s’élancer au hasard. Philippe le menace, à voix basse, de claques et de coups de pied, s’il bouge.
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Dès qu’on le lâche au pré, le cochon se met à manger et son groin ne quitte plus la terre.
Il ne choisit pas l’herbe fine. Il attaque la première venue et pousse au hasard, devant lui, comme un soc ou comme une taupe aveugle, son nez infatigable.
Il ne s’occupe que d’arrondir un ventre qui prend déjà la forme du saloir, et jamais il n’a souci du temps qu’il fait.
Qu’importe que ses soies aient failli s’allumer tout à l’heure au soleil de midi, et qu’importe maintenant que ce nuage lourd, gonflé de grêle, s’étale et crève sur le pré.
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