Le comte de Montalembert

Résumé

Le comte de Montalembert Revue des Deux Mondes

Le clergé de notre diocèse est tellement éloigné de tout sentiment de l’art religieux, qu’il s’oppose généralement aux réparations faites dans le caractère des monumens gothiques, et qu’il n’est presque pas de prêtre qui ne préfère une église à colonnes et à pilastres grecs, à fenêtres carrées ou en demi-cercle, garnies de rideaux de couleur, aux monumens gothiques. Et chaque jour, on voit, quand une église est trop petite, qu’au lieu de l’agrandir en suivant son architecture primitive, on la détruit, et on la remplace par une salle aux murs badigeonnés de jaune et de blanc.
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Le comte de Montalembert Revue des Deux Mondes

Il y a long-temps que les touristes et les artistes auraient abandonné ces parages, comme ils ont abandonné la France, cette France qui était naguère, de tous les pays de l’Europe, le plus richement pourvu en églises, en châteaux et en abbayes du moyen-âge, et qui le serait encore si on avait pu arrêter, il y a vingt ans, le torrent des dévastations publiques et particulières. Aujourd’hui c’est à l’Allemagne qu’il faut céder la palme, grace au zèle qui anime à la fois le gouvernement et les individus contre les progrès du vandalisme, lequel y a régné comme chez nous, mais moins long-temps.
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Aujourd’hui on ne met plus de poudre aux Vierges et aux Madeleines, parce que ce n’est plus la mode ; mais on leur met des féronnières et des bandeaux, parce que l’on en voit aux femmes du monde, au-dessus desquelles la pensée du peintre n’a jamais su s’élever. On ne déshabille pas une sainte, parce qu’après tout on veut que son tableau puisse être acheté par le gouvernement pour telle ou telle église ; mais l’accoutrement qu’on lui donne, la tenue et le regard qu’on lui prête, ne sont guère plus décens ni plus édifians que la nudité complète de la Madeleine de Schleissheim.
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