“ Vous y verrez, Messieurs, quel était l'état des choses au moment où la session a été close, Vous reconnaîtrez la nécessité de le faire cesser, en appelant au secours de la monarchie des députés qui, capables de pulvériser les doctrines perverses du côté gauche, sachent aussi apprécier à sa juste valeur ce système de modération qui nous mine. Il n'est que faiblesse aux yeux des uns, mais, aux yeux des autres plus clairvoyans, c'est une manoeuvre adroite pour faire aller la bascule ! ”
Résumé
“Les dîners, ou conversations politiques entre quatre députés des différents côtés de la chambre de 1820 ; dédiés à MM. les électeurs de la cinquième série”, publiée en 1821, est une œuvre de . Des thèmes tels que l'Europe, ministres ou le ministère y sont abordés.
Citations de Les dîners, ou conversations politiques entre quatre députés des différents côtés de la chambre de 1820… ()
“ Sir Francis. God damn! mais parlez-moi du centre, gauche ? ceux--là sont-ils royalistes ? Moi. Comme on ne l'est pas; car ils veulent bien le Roi et même sa dynastie, sous la condition que le Roi et sa dynastie, voudront bien adapter à la monarchie, telle qu'ils l'entendent, tous les principes de la révolution. C'est monter des pierres fines sur du plomb et élever un magnifique édifice sur du sable mouvant ! ”
“ Ceux qui ont commis un crime s'élèvent rarement à la hauteur du pardon qu'on leur offre. C'est cette mauvaise disposition du coeur humain qui a prolongé la révolution; ceux qui en étaient les chefs avaient, dans leur affreux calcul, pris le soin de fermer la porte au repentir, en faisant prononcer la condamnation de Louis XVI. Ils ne prévoyaient pas que la clémence d'un roi légitime pût être supérieure à leurs forfaits! M. du milieu. Cette fois, je suis d'accord avec vous. Si les révolutionnaires connaissaient nos princes ils abjureraient bientôt leurs détestables principes. ”
“ On a chassé les royalistes! on a placé les jacobins ! L'infidélité est devenue un titre à la reconnaissance, témoin encore le projet de la loi sur les dotations. Et ce qu'il y a de plus affligeant, c'est que nous sommes abandonnés par les nôtres ! La victoire que le ministère a remportée depuis l'ouverture de la session en vous enrôlant sous ses drapeaux (il s'adresse à M. Prudent) , sera, je le crains, funeste à la monarchie, Votre conduite était bien plus honorable les trois années précédentes, où, réduits à un petit nombre de fidèles, vous défendiez le terrain pied à pied. ”
“ Nous avons été trompés, du moins je le crois ; on ne réalise aucune promesse, et le vent tourne à gauche. Les événemens de Naples et de Turin avaient bouleversé les têtes ; et pour peu que l'insurrection de Grenoble eût eu quelque succès, on allait se mettre aux genoux des libéraux ; ils s'y attendaient, ils l'ont dit. Cependant, quoique notre conduite ait pu paraître extraordinaire, vous êtes sans doute convaincu que nous étions de bonne foi, et que les deux ministres qui ont, vous le savez, entraîné notre défection, avaient le droit d'espérer beaucoup plus que nous n'avons obtenu. ”
“ Pour laisser à monsieur le tems de manger, je vais parler à mon tour : La mort de Louis XVI a sans doute été un crime, si par crime on entend une action illégale et injuste. Mais la politique a aussi ses droits; la nation voulait la république; qui veut la fin veut les moyens! ”
“ Par ce moyen, nous arriverions à former la majorité, et je compte bien sur messieurs du centre, quand le ministère aura fait volte-face de notre côté. M. du milieu. Ainsi vous comptez le centre pour rien? c'est cependant lui qui règle les destinées de la France, et cela doit être ; car c'est là qu'on trouve la modération et la sagesse ! à l'aide des ministres, nous savons tenir la balance entre les deux partis. M. de la droite. Et voilà justement l'effet de votre bascule ! le centre n'a pas de force par lui-même ; il l'emprunte tantôt à droite, tantôt à gauche. ”
“ Que ce soit faiblesse ou finesse, il est évident qu'on nous mène par le plus court chemin à une révolution nouvelle. Le libéralisme ne s'endoit pas ; il ne rugit pas toujours, mais Circuit quaerens quem devoret. Ainsi, Messieurs, serrez vos rangs ; de l'union entre vous, et vous serez les plus forts. Surtout pas de concessions ; elles sont dangereuses ! le côté droit de la chambre de 1820 se souviendra, il faut l'espérer, de celles qu'il a faites. Renvoyez-nous ces députés sortons, aussi recommandables par leurs talens que par leurs principes. ”
“ Nous nous quittâmes, sir Francis et moi, sans nous donner de rendez-vous. Je le rencontrai le jour de la Saint-Louis; son bonjour fut : God save the king ! Je lui parlai de la mort de la reine d'Angleterre. Encore une victime, me dit-il, innocente vertueuse et persécutée ! et il ajouta: Vos libéraux doivent céder le pas aux nôtres. Si les uns font des insurrections avec des enterremens, les autres y font tuer du monde. ”
“ Le côté droit désire sans doute que les ministres soient choisis parmi les royalistes purs; mais il lui est indifférent que ces royalistes soient ou ne soient pas députés. Le côté droit désire enfin que le vaisseau de l'Etat soit confié à des pilotes monarchiques, et non à des hommes qui veulent gouverner suivant les intérêts moraux de la révolution. 36 Il se peut que quelques-uns d'entre nous se croient les talens propres à remplir les plus hautes places : ce sont des ambitions particulières et peut-être légitimes qu'il ne nous appartient pas de satisfaire ”
“ Il n'y a que l'union qui puisse sauver les hommes de bien! je ne regarderais pas comme tels ceux qui seraient assez ennemis de leur pays pour se dispenser de se rendre à leurs colléges électoraux. Les libéraux ne manqueront pas d'intrigues pour faire choisir des gens de leur parti. Le ministère usera de toute son influence pour avoir des hommes nuls. Les royalistes doivent donc réunir tous leurs efforts pour obtenir des hommes dévoués à la cause de la religion et du Roi. ”
“ La France est toute royaliste ; j'entends royaliste constitutionnelle. Elle ne peut pas empêcher ses voisins de se donner la constitution qui leur plaît. J'ignore si les alliés avaient le projet d'aller en Espagne ; mais il y a lieu de croire que les affaires de la Grèce auront fait abandonner ou au moins ajourner ce projet. M. de la droite. Vous m'éclairez. Il est donc avoué, ce secret plein d'horreur ! Ainsi, le comité directeur voulait faire insurger le Piémont pour opérer une diversion en faveur de Naples, et il faisait insurger la Grèce pour opérer une diversion en faveur de l'Italie. ”
“ On a cru devoir se soumettre à la honte d'un jugement qui n'a pas mis les rieurs du côté des ministres. Mais ils sont habitués à ces petits désagrémens, ils les cherchent même; car lorsqu'ils font introduire des procédures en sens inverse contre de véritables factieux, ils ne négligent rien pour que les coupables échappent. Ils croient se grandir quand ils rapetissent la monarchie! La modération est toujours le refrain ”
“ Sans elle, la société n'est qu'un chaos, ou plutôt il n'y a plus de société. Dans des siècles de barbarie, c'est le plus fort qui fait la loi; dans un siècle de lumières comme le nôtre, c'est le plus fripon. ”
“ C'est là que siégent beaucoup de fonctionnaires publics qui, pour la plupart, sont attachés à la légitimité et à la dynastie; dans ce nombre on en compte; plusieurs; qui ne sont, pas fâchés, de voir le clergé et l'ancienne noblesse avilis! Cependant, dans quelques circonstances ils voteraient avec le côté droit, si la crainte d'être destitués ou privés d'avancement ne leur faisait pas une loi de n'avoir pas, plus d'esprit que les ministres. ”
“ Cessons de plaisanter; la censure est accordée, au moins pour un tems. Je parie que les journaux royalistes seront les seuls qui auront à se plaindre de cette mesure! Les journalistes seraient bien maladroits s'ils ne tenaient pas note de ce qu'on leur aura rogné. En vérité plus je réfléchis, plus je suis convaincu que nous avons fait une sottise de nous rallier au ministère ; il se joue de nous. ”
“ Il nous faut des hommes sages, dévoués et fermes, qui ne sachent pas reculer devant le danger. On peut en trouver hors de la chambre comme dans la chambre ; tous les talens ne s'y trouvent pas concentrés. Que les ministres nous fassent le méchant tour de céder leurs places à des royalistes non députés, tout le côté droit criera : Vivent les ministres.... ”
“ M. du milieu. Soyez convaincu que si le ministère a pris des engagemens avec le côté droit, il les tiendra religieusement. Il est de son intérêt d'avoir une imposante majorité. M. de la droite. En effet, il a très-bien débuté ! Ne vous souvient-il pas, Monsieur, qu'il était convenu de donner la place de questeur à l'un de nous, et qu'on a commencé la session par une infidélité ? je vous le demande : ne devrait-on pas mettre dans l'administration publique autant de loyauté qu'un homme de bien en met à administrer ses affaires domestiques ? Dieu ne nous a pas donné deux consciences. ”
“ Il n'y a point de doute qu'il n'aimassent mieux voir le commandement de Lyon et de Grenoble entre les mains de l'hetman des cosaques, qu'en celles du maréchal duc de Bellune. Donnez-leur pour roi un Ypsilantiou un pacha de Janina, car ils ne sont pas difficiles, ils lui obéiront plus volontiers qu'à un Bourbon ! Un libéral a aussi peur de la légitimité qu'un hydrophobe a peur de l'eau. Au commencement de la révolution, et par prescience, tout jacobin se glorifiait du nom d'enragé. Au reste, il n'y a là rien qui doive étonner ; l'expérience prouve qu'on n'oublie pas le mal ”
“ Que fait la police qui est sous la main des ministres ? elle envoie quatorze commissaires et dix-huit gendarmes pour dissiper un attroupement séditieux de huit à dix mille hommes! aussi, l'autorité a-t-elle eu complètement le dessous! Les libéraux qui sont d'une édifiante piété, comme chacun sait, ont triomphé ! leur ami Manuel, dont ils n'avaient jamais entendu parler, avait, malgré l'archevêque, obtenu les prières de l'Eglise ; c'était assurément bien glorieux de donner un démenti à ce prélat, fût-on catholique comme un autre Manuel ! ”
“ Obéissons aux lois qui nous régissent, et surtout point de réaction! Il est même quelquefois prudent de faire des concessions : c'est pour n'en avoir fait aucune que le côté droit de l'assemblée constituante a perdu la monarchie. M. de la droite. Voilà de l'évangile selon le citoyen comte et général Carnot qui a osé dire, dans sa lettre au Roi, que les émigrés avaient tué Louis XVI. C'est, au contraire, de concessions en concessions qu'on tombe dans l'abîme ; c'est le char qu'on fait descendre 3 34 et qu'on ne peut arrêter. ”
“ Ou la police est aveugle, ou on lui a ordonné de fermer les yeux. L'impunité, mon cher collègue, est plus dangereuse que le crime même ; c'est par l'impunité que l'assemblée constituante a commencé la révolution. C'est le plus grand fléau des nations ; elle annonce et prouve en même tems la faiblesse et la décrépitude des gouvernemens. M. du milieu. La procédure criminelle est sujette à des formes ; les ministres ne peuvent pas diriger la conscience des jurés, et la charte M. de la droite. Je respecte beaucoup la charte, mais elle n'existe qu'en charpente ; le corps du bâtiment est à faire ”
“ M. de la droite. Je ne pense pas qu'on rappelle nos deux ministres ; c'étaient des censeurs importuns! On en fera courir le bruit d'ici aux élections, et cela n'empêchera pas qu'on ne se moque d'eux, même officiellement, dans la partie non officielle du Moniteur. Vous, M. du milieu, qui paraissez être initié, pourriez-vous me dire si, parmi ces présidens de colléges, il se trouve quelques députés qui aient fait partie de la majorité de la commission qui a proposé le rejet de la censure, ou même des membres de la droite qui ont ostensiblement partagé l'opinion de cette majorité? M. du milieu. ”
“ Je dis plus : les libéraux étaient en marché avec le ministère pour voter la censure si la droite n'eût pas été divisée. Ces gens-là prennent tous les masqués ; les honnêtes gens n'ont que leur figure ! M. du milieu. Je crois vrai ce que vous dites, mais j'en reviens à mon opinion : la censure est nécessaire. 83 M. Prudent. Elle est nécessaire sans doute, parce qu'elle se lie au système de basculé dont. les ministres ne veulent pas se départir! et pourquoi ne présenterait-on pas une loi répressive? Au surplus, Messieurs, nous touchons au terme d'une longue et ennuyeuse session ”
“ Je ne pense pas que l'homme dont vous parlez ose jamais reprendre ostensiblement le timon des affaires. Les ministres euxmêmes le redoutent malgré leur flexibilité et quoique tous soient placés par lui. Dans un de ces momens d'humeur auxquels il est sujet, il pourrait fort bien les faires renvoyer ; or, ces messieurs veulent rester, ils nous en ont fait la confidence ; ils veulent sauver l'Etat! Le côté gauche n'aura pas le plaisir de revoir son bon ami, son protecteur. ”
“ Vos lois sont si faibles, que rarement elles atteignent les coupables ; et vous verrez que la conspiration militaire du 19 août s'en tirera avec les honneurs de la guerre. Puisque vous vous identifiez avez un ministère à bascule, je vous déclare que vous risquez, trois ou quatre fois par an, le sort de la monarchie et la vie de nos princes. Vous haïssez cordialement les royalistes, vous n'aimez pas les jacobins, vous ”
“ Cependant je ne voulais pas que mon huitième mois fût jaloux de ceux qui l'avaient précédé; en conséquence, j'ai travaillé à une conspiration militaire, au moyen de laquelle la France devait être aussi heureuse que l'Espagne et le midi de l'Italie ; ce n'est pas ma faute si elle n'a pas réussi; pourquoi y a-t-il eu des révélateurs ? Des coupables subalternes ont été arrêtés, ils seront ou ne seront pas victimes ; 5 l'important est que les Quiroga et les Riégo gaulois soient à l'abri des recherches. ”
“ Il fut convenu qu'on ne s'occuperait pas de politique ; c'était bien difficile dans une semblable réunion de convives : je dois les faire connaître. Le premier, gros et gras, avec un teint vermeil, fait, depuis un tems-immémorial, partie de nos assemblées législatives ; membre du conseil des cinq cents, il n'a pas encore quille les banquettes du Palais Bourbon ; jamais il n'a encouru, la disgrâce d'aucun ministre ; en revanche il a toujours vole comme le ministère l'a 7 voulu. ”
“ Nos ministres en savent làdessus autant et plus que moi ; mais ils tremblent. Pour tuer le libéralisme en Espagne, il faudrait le tuer en France : c'est là qu'en est la tête ! et pour le tuer en France , il faudrait quitter la place ; car le respect pour la morale et pour l'opinion ne permettrait pas à cer- 47 taines personnes de se montrer en public, en découvrant les stigmates de l'infidélité ou de l'ineptie. ”
“ En effet, il est absurde d'accorder des indemnités à des gens qui, après tout, n'ont perdu que des récompenses dépendantes des chances de la guerre, lorsqu'on ne parle pas d'indemniser, même légèrement, les" anciens propriétaires spoliés, parce qu'ils ont été fidèles! ”
“ Vous ne respectez pas l'indépendance de Naples. Que les ministres réfléchissent qu'ils sont responsables envers l'armée. Enfin voulez-vous du.... ? M. du milieu. En voilà bien assez comme cela; tudieu, quelle mémoire! M. de la droite : Elle n'est pas mauvaise ; il serait à désirer que les ministres en eussent autant que moi, ils auraient peut-être plus de prévoyance ; ils verraient où nous mènent ces principes de révolte si impudemment débités à la tribune, ces appels à l'insurrection dans toute l'Europe... ”
“ Mais depuis lors nos ministres ont repris haleine ; ils sont tout glorieux d'avoir gagné une bataille qu'ils n'ont pas livrée ; ils sont tout fiers de ne pas avoir été battus ! M. du milieu. Vous voyez qu'avec de la prudence on obtient souvent une victoire qui serait refusée à la force. M. de la droite. La prudence de nos gouvernans n'est que de la timidité ! Ils reculent 46 devant le danger, et ils attribuent à leur circonspection les événemens heureux qui retardent la chute de la monarchie. ”
Termes fréquents
Œuvres similaires
Lettres de Buonaparte à l'un de ses principaux agens…Quelques réflexions sur les trois premiers mois de l'année 1820…Examen des discussions relatives à la loi des élections pendant la session de 1819…Du devoir des 100,000 électeurs…Appel à l'honneur des électeurs qui nommeront…Suite de la brochure intitulée…Considérations sur les nouvelles élections…Réflexions sur la session de 1822…Des Libertés publiques, à l'occasion de la censure…Du ministère , par Léopold de Massacré
