Louis-Nicolas Bescherelle

Résumé

Louis-Nicolas Bescherelle Grammaire nationale

Quel obstacle opposerez-vous aux révolutions des langages, vous qui ne pouvez enclouer pour un seul moment les révolutions des modes ou des mœurs ? les idiomes ne sont que l’organe, le verbe de la civilisation humaine ; c’est une voix qui mue ; c’est un accent qui se modifie avec les phases vitales de la société. Tantôt notre orgueil nous fait croire que notre époque est la seule où le langage soit parvenu à maturité complète ; tantôt dégoûtés et rassasiés de nous-mêmes, nous nous rejetons en arrière, pleurant la décadence de notre idiome national.
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Louis-Nicolas Bescherelle Grammaire nationale

Ainsi la loi supérieure, la véritable règle souveraine d’un idiome, c’est son génie propre. Quel est ce génie ? Le grand écrivain, l’homme de talent, s’y associe par instinct et par révélation. Il est fidèle à cette loi, sans la connaître ; les fantaisies, les sévérités, les sottes délicatesses des grammairiens auront beau condamner ce que le génie d’une langue permet, il se trouvera une plume audacieuse qui leur prouvera leur folie.
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Louis-Nicolas Bescherelle Grammaire nationale

D’un idiome synthétique, les Gaulois faisaient une langue analytique, chargée de petits mots et de pronoms qui devaient remplir l’office des terminaisons variables du latin. Un peuple sans littérature et qui n’écrit pas ses pensées, a toujours recours aux pronoms et aux articles. La civilisation intellectuelle ne donnant pas de produits, les langues, réduites à l’usage populaire, perdent le caractère de la synthèse, répudient l’inversion, se chargent d’affixes, et adoptent le mode direct et analytique.
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