M. Henry RABUSSON

Résumé

M. Henry RABUSSON Revue des Deux Mondes

Elle était si jolie, cette Jane, si différente des femmes qu’il connaissait ! Il mordait ferme à l’hameçon. La fine mouche doubla l’appât en le retenant à déjeuner. On rendit, pour la journée, son box à Arabelle, et Roger s’en alla fort tard dans la soirée, aussi grisé d’amour et peut-être plus poétique encore qu’après son premier rendez-vous avec Madeleine. — Il faut dire aussi que cette Jane était une magnifique nature de courtisane, faite pour débiter l’amour à prix d’or à une clientèle de choix et sauver de la honte le plaisir vendu, en l’éclairant du rayonnement de toutes les grâces.
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« Je pense que je vous aime et que je ne vous vois pas assez, » elle s’était tenue pour satisfaite.
Ce jour-là, grâce à une des facéties les plus fréquentes du hasard, lequel s’amuse constamment à attiser un foyer quand l’autre va s’éteindre, Madeleine était plus affectueuse encore et plus caressante que de coutume. Un grain de mélancolie était tombé, le malin même, dans son amour ; elle avait eu un petit froid au cœur en s’éveillant, et la pensée lui était venue qu’elle était isolée dans la vie comme dans son grand lit : — un amant, c’est plus poétique, mais aussi plus fugace qu’un mari.
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Roger rougit de plaisir en voyant une lueur de vraie joie et de reconnaissance sincère passer dans le regard de Jane ; il était à l’âge où l’on donne sans arrière-pensée et sans regret, où l’on est franchement heureux d’arriver à un rendez-vous les maines pleines et de les vider dans des mains aimées, à l’âge enfin où la satisfaction de se montrer généreux n’est pas gâtée par l’importune idée qu’on achète ce qui perd son prix à être vendu. Car ce n’est pas tout que d’être riche : il faut l’être à temps, et l’argent vient trop tard, quand il vient après qu’est partie la jeunesse.
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