Maurice De Broyer

Résumé

Maurice De Broyer Feuillets épars

La fée — car c’était une fée — parla la première :
— Amaury, je suis celle qui soulage les déshérités, les pauvres gueux qui vont par les chemins, les poètes affamés rôdant par les ruelles louches, et tous les pauvres meurtrissant leurs désirs aux montres appétissantes des rôtisseurs. Je m’appelle Marjolaine, la Fée Marjolaine ! Veux-tu me suivre au palais que j’habite au beau Pays des Songes ?
— Est-ce loin ? Je suis las et je voudrais manger ! Oui, Madame la Fée, car pour être poète je n’en suis pas moins homme !
— Ne crains rien. Mon char aérien nous attend.
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Maurice De Broyer Feuillets épars

Les voiles s’arrondissent sous le vent, la barque se penche et vogue là-bas vers l’horizon brumeux. On la voit escalader les hautes lames, puis disparaître dans un précipice creusé par elles, puis remonter encore. Rapide comme une mouette, elle avance et bientôt ses voiles sont comme des ailes tendues vers le lointain. Puis le brouillard, qui flotte sur les eaux, la dérobe à mes yeux.
Le vent souffle avec plus de rage encore, la mer se moutonne et l’on voit au large de grosses masses d’écume lancer vers le ciel comme un suprême affront. Les lames vont à l’assaut de la jetée.
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Maurice De Broyer Feuillets épars

Dès lors, le ciel m’a paru plus bleu, la neige des monts plus blanche. J’ai rêvé au bord du ruisseau qui fuit sous la ramée, et le soir j’ai contemplé les étoiles du ciel. Je suis un chef dans ma tribu et beaucoup de jeunes filles auraient consenti à devenir ma femme, mais c’est elle que j’aimais, c’est Sebowisha que je désirais de toutes mes forces. Hélas ! la cruelle se rit de mon amour. On dirait qu’elle se plaît à me voir souffrir. Et moi, moi Wobasso, je reviens sans cesse l’implorer ! Ah ! je ne suis plus un homme, loin de moi cet arc, ces flèches...
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