“ Lupin ! Et tu seras grand-duc, je te le dis, grand-duc de carton ? Soit, mais grand-duc quand même, animé par mon souffle et brûlé de ma fièvre. Fantoche ? Soit. Mais un fantoche qui dira mes paroles, qui fera mes gestes, qui exécutera mes volontés, qui réalisera mes rêves... oui... mes rêves... Il ne bougeait plus, comme ébloui par la magnificence de son rêve intérieur. Puis il s’approcha de Dolorès, et, la voix sourde, avec une sorte d’exaltation mystique, il proféra : — À ma gauche, l’Alsace-Lorraine... À ma droite, Bade, le Wurtemberg, la Bavière, l’Allemagne du Sud... ”
Résumé
"813", roman policier de Maurice Leblanc publié en 1910, suit les exploits d'Arsène Lupin, gentleman-cambrioleur, dans une enquête liée à la mort d'un diamantaire sud-africain. L'œuvre, initialement parue en feuilleton dans Le Journal, présente un Lupin ambivalent, souhaitant dominer l'Europe, entouré de personnages comme Lenormand et Kesselbach.
Les thèmes de domination, de contrôle et de force y prédominent, marqués par des intrigues complexes et des adaptations ultérieures. La version éditée en 1910, abrégée, a influencé les récits suivants.
Citations de 813 (Maurice Leblanc)
“ Regarde mes poings... je frappe... et l’on tombe... j’ai des coups à moi... Mais l’autre tue... rappelle-toi... la petite blessure à la gorge... Ah ! celui-là. Lupin, prends garde à lui... Il est terrible et implacable... Rien ne l’arrête. Il prononça ces mots à voix basse et avec une telle émotion que Sernine frissonna au souvenir abominable de l’inconnu. — Baron, ricana-t-il, on dirait que tu as peur de ton complice ! — J’ai peur pour les autres, pour ceux qui nous barrent la route, pour toi. Lupin. Accepte ou tu es perdu. Moi-même, s’il le faut, j’agirai. Le but est trop près... ”
“ Un mot, seulement... Geneviève ?... On eût dit que cette parole d’espoir suscitait de la force. Altenheim essaya d’articuler. — Réponds, exigeait Sernine, réponds et je te sauve... C’est la vie aujourd’hui... la liberté demain... Réponds ! La porte tremblait sous les coups. Le baron ébaucha des syllabes inintelligibles. Penché sur lui, effaré, toute son énergie, toute sa volonté tendues, Sernine haletait d’angoisse. Les agents, sa capture inévitable, la prison, il n’y songeait même pas, mais Geneviève... Geneviève mourant de faim, et qu’un mot de ce misérable pouvait délivrer ! ”
“ « Ce sont les accidents de la guerre. N’y pensons pas. Rien n’est perdu. Au contraire ! Dolorès était l’écueil, puisque Pierre Leduc l’aimait. Dolorès est morte. Donc Pierre Leduc m’appartient. Et il épousera Geneviève, comme je l’ai décidé ! Et il régnera ! Et je serai le maître ! Et l’Europe, l’Europe est à moi ! » Il s’exaltait, rasséréné, plein d’une confiance subite, tout fiévreux, gesticulant sur la route, faisant des moulinets avec une épée imaginaire, l’épée du chef qui veut, qui ordonne, et qui triomphe. — Lupin, tu seras roi ! Tu seras roi, Arsène Lupin. ”
“ Tu n’auras qu’à puiser, comme on puiserait dans un coffre magique. — Mais qui êtes-vous donc ? s’écria le jeune homme avec égarement. — Pour les autres, le prince Sernine... Pour toi qu’importe ! Je suis plus que prince, plus que roi, plus qu’empereur. — Qui êtes-vous ?... qui êtes-vous ?... balbutia Baupré. — Le Maître... celui qui veut et qui peut... celui qui agit... Il n’y a pas de limites à ma volonté, il n’y en a pas à mon pouvoir. Je suis plus riche que le plus riche, car sa fortune m’appartient... Je suis plus puissant que les plus forts, car leur force est à mon service. ”
“ Et Dolorès de Malreich, triomphante, enfin, à l’abri de tout soupçon, puisque le coupable est découvert, affranchie de son passé d’infamies et de crimes, son mari mort, son frère mort, sa sœur morte, ses deux servantes mortes, Steinweg mort, délivrée par moi de ses complices, que je jette tout ficelés entre les mains de Weber ; délivrée d’elle-même enfin par moi, qui fais monter à l’échafaud l’innocent qu’elle substitue à elle-même, Dolorès victorieuse, riche à millions, aimée de Pierre Leduc, Dolorès sera reine. — Ah ! s’écria Lupin hors de lui, cet homme ne mourra pas. ”
“ Waldemar sortit et rentra. — C’est la folle, Sire, que l’on veut empêcher de passer. — Qu’elle vienne, s’écria Lupin vivement, il faut qu’elle vienne, Sire. Sur un geste de l’Empereur, Waldemar alla chercher Isilda. À l’entrée de la jeune fille, ce fut de la stupeur. Sa figure, si pâle, était couverte de taches noires. Ses traits convulsés marquaient la plus vive souffrance. Elle haletait, les deux mains crispées contre sa poitrine. — Oh ! fit Lupin avec épouvante. — Qu’y a-t-il ? demanda l’Empereur. — Votre médecin. Sire ! qu’on ne perde pas une minute ! ”
“ Toute sa nature de grand aventurier tressaillit de joie. C’était la lutte, enfin ! Un autre bruit grinça, plus net, sous la fenêtre, mais si faible encore qu’il fallait l’oreille exercée de Lupin pour le percevoir. Des minutes, des minutes effrayantes... L’ombre était impénétrable. Aucune clarté d’étoile ou de lune ne l’allégeait. Et, tout à coup, sans qu’il eût rien entendu, il sut que l’homme était dans la chambre. Et l’homme marchait vers le lit. Il marchait comme un fantôme marche, sans déplacer l’air de la chambre et sans ébranler les objets qu’il touchait. ”
“ Du coin de l’œil il l’observa. La main d’Altenheim était engagée dans la poche de son veston, et Sernine vit, à travers l’étoffe, cette main qui se crispait au manche d’un poignard, hésitante, indécise, tour à tour résolue et sans force. Moment délicieux ! Allait-il frapper ? Qui remporterait, de l’instinct peureux et qui n’ose pas, ou de la volonté consciente, toute tendue vers l’acte de tuer ? Le buste droit, les bras derrière le dos, Sernine attendait, avec des frissons d’angoisse et de plaisir. Le baron s’était tu, et dans le silence ils marchaient tous les deux côte à côte. ”
“ Le fils du chaudronnier d’Augsbourg et Arsène Lupin, prince des cambrioleurs, peuvent s’accorder sans honte ni pour l’un ni pour l’autre. Moi, je vole en appartement ; toi, tu voles en Bourse. Tout ça, c’est kif-kif. Donc, voilà, Kesselbach. Associons-nous pour cette affaire. J’ai besoin de toi puisque je l’ignore. Tu as besoin de moi parce que, tout seul, tu n’en sortiras pas. Barbareux est un niais. Moi, je suis Lupin. Ça colle ? Un silence. Lupin insista, d’une voix qui tremblait : — Réponds, Kesselbach, ça colle ? Si oui, en quarante-huit heures, je te le retrouve, ton Pierre Leduc. ”
“ L’homme avait fait jouer le ressort d’une lanterne électrique à projecteur, et Pierre Leduc se trouva éclairé en plein visage. Mais l’homme, lui, restait dans l’ombre, et M. Lenormand ne put voir sa figure. Il vit seulement quelque chose qui luisait dans le champ de la clarté, et il tressaillit. C’était la lame d’un couteau, et ce couteau, effilé, menu, stylet plutôt que poignard, lui parut identique au couteau qu’il avait ramassé près du cadavre de Chapman, le secrétaire de M. Lenormand. De toute sa volonté il se retint pour ne pas sauter sur l’homme. ”
“ Des mains touchaient Sernine. Dix revolvers le menaçaient. Il fit face aux agents, qui reculèrent avec une peur instinctive. — Si tu bouges, Lupin, cria M. Weber, l’arme braquée, je te brûle. — Ne tire pas, dit Sernine gravement, c’est inutile, je me rends. — Des blagues ! C’est encore un truc de ta façon... — Non, reprit Sernine, la bataille est perdue. Tu n’as pas le droit de tirer. Je ne me défends pas. Il sortit deux revolvers qu’il jeta sur le sol. — Des blagues ! reprit M. Weber implacable. Droit au cœur, les enfants ! Au moindre geste : feu ! Au moindre mot : feu ! ”
“ Dehors, « on travaillait » la serrure. Il demanda au vieux Steinweg : — De quoi le grand-duc est-il mort ? — D’une pleurésie, en quelques jours. C’est à peine s’il put reprendre connaissance, et ce qu’il y avait d’horrible, c’est que l’on voyait, paraît-il, les efforts inouïs qu’il faisait, entre deux accès de délire, pour rassembler ses idées et prononcer des paroles. De temps en temps il appelait sa femme, la regardait d’un air désespéré et agitait vainement ses lèvres. — Bref, il parla ? dit brusquement Lupin, que le « travail » fait autour de la serrure commençait à inquiéter. ”
“ Pierre Leduc aimait Dolorès, et il la regardait comme on regarde celle qu’on aime. Lupin sentit en lui, aveugle et forcené, l’instinct du meurtre. Ce regard, ce regard d’amour qui se posait sur la jeune femme, ce regard l’affolait. Il avait l’impression du grand silence qui enveloppait la jeune femme et le jeune homme, et, dans ce silence, dans l’immobilité des attitudes, il n’y avait plus de vivant que ce regard d’amour, que cet hymne muet et voluptueux par lequel les yeux disaient toute la passion, tout le désir, tout l’enthousiasme, tout l’emportement d’un être pour un autre. ”
“ Quand on a la taille d’un chef, on commande. S’unir, c’est obéir. Je n’obéis pas ! — Tu refuses ? tu refuses ? répéta Altenheim, tout pâle sous l’outrage. — Tout ce que je puis faire pour toi, mon petit, c’est de t’offrir une place dans ma bande. Simple soldat, pour commencer. Sous mes ordres, tu verras comment un général gagne une bataille... et comment il empoche le butin, à lui tout seul, et pour lui tout seul. Ça colle, pioupiou ? Altenheim grinçait des dents, hors de lui. Il mâchonna : — Tu as tort, Lupin... tu as tort... ”
“ M. Formerie et M. Weber se consultèrent du regard. — Qu’on m’enlève mes menottes, répéta Lupin. — Je réponds de tout, assura le sous-chef. Et, faisant signe aux huit hommes qui l’accompagnaient : — L’arme au poing ! Au premier commandement, feu ! Les hommes sortirent leurs revolvers. — Bas les armes, ordonna Lupin, et les mains dans les poches. Et, devant l’hésitation des agents, il déclara fortement : — Je jure sur l’honneur que je suis ici pour sauver la vie d’un homme qui agonise, et que je ne chercherai pas à m’évader. — L’honneur de Lupin... marmotta l’un des agents. ”
“ On se méfia de la voiture cellulaire. On se méfia de tout. M. Weber vint en personne, accompagné de douze agents — ses meilleurs, des hommes de choix, armés jusqu’aux dents — cueillit le redoutable prisonnier au seuil de sa chambre, et le conduisit dans un fiacre dont le cocher était un de ses hommes. À droite et à gauche, devant et derrière, trottaient des municipaux. — Bravo ! s’écria Lupin, on a pour moi des égards qui me touchent. Une garde d’honneur. Peste, Weber, tu as le sens de la hiérarchie, toi ! Tu n’oublies pas ce que tu dois à ton chef immédiat. ”
“ L’étranger allait et venait, en maître qui a coutume de commander et d’être obéi. Lupin, immobile, n’avait plus son attitude ordinaire de provocation ni son sourire d’ironie. Il attendait, grave et déférent. Mais, au fond de son être, ardemment, follement, il jouissait de la situation prodigieuse où il se trouvait, là, dans cette cellule de prisonnier, lui détenu, lui l’aventurier, lui l’escroc et le cambrioleur, lui, Arsène Lupin et, en face de lui, ce demi-dieu du monde moderne, entité formidable, héritier de César et de Charlemagne. ”
“ Et toi, Jean, va te poster dans le pavillon Hortense, à l’issue du souterrain. Si le baron veut sortir par là, casse-lui la tête. Les Doudeville s’éloignèrent. Le prince se glissa dehors, et courut jusqu’à une haute grille, blindée de fer, qui était l’entrée des Glycines. Sonnerait-il ? Autour de lui, personne. D’un bond il s’élança sur la grille, en posant son pied au rebord de la serrure, et, s’accrochant aux barreaux, s’arc-boutant avec ses genoux, se hissant à la force des poignets, il parvint, au risque de retomber sur la pointe aiguë des barreaux, à franchir la grille et à sauter. ”
“ Sernine se releva aussitôt, franchit sous le grand escalier une petite porte par où Altenheim avait disparu, et, dégringolant les marches de pierre, descendit au sous-sol... Un couloir... une salle vaste et basse, presque obscure... le baron était à genoux, soulevant le battant d’une trappe. — Idiot, s’écria Sernine en se jetant sur lui, tu sais bien que nous trouverons mes hommes au bout de ce tunnel, et ils ont l’ordre de te tuer comme un chien... À moins que... à moins que tu n’aies une issue qui s’amorce sur celle-là... Eh ! voilà, pardieu ! j’ai deviné... et tu t’imagines... ”
“ De sa cellule, il rayonnait sur Paris. Plus que jamais il était l’idole, plus que jamais le Maître ! En s’éveillant le lendemain dans son appartement de « Santé-Palace » comme il le désigna aussitôt, Arsène Lupin eut la vision très nette du bruit formidable qu’allait produire son arrestation sous le double nom de Sernine et de Lenormand, et sous le double titre de prince et de chef de la Sûreté. Il se frotta les mains et formula : — Rien n’est meilleur pour tenir compagnie à l’homme solitaire que l’approbation de ses contemporains. Ô gloire ! soleil des vivants !... ”
“ Suzanne et Gertrude disparues, mortes sans doute ! Steinweg, assassiné ! Isilda, la sœur, assassinée ! — Oh ! l’ignominie, l’horreur ! balbutia Lupin, en un sursaut de répugnance et de haine. Il l’exécrait, l’abominable créature. Il eût voulu l’écraser, la détruire. Et c’était une chose stupéfiante que ces deux êtres accrochés l’un à l’autre, gisant immobiles dans la pâleur de l’aube qui commençait à se mêler aux ombres de la nuit. — Dolorès... Dolorès... murmura-t-il avec désespoir. ”
“ Altenheim fit asseoir Sernine, s’assit, et lui dit d’un ton conciliant : — Eh bien, non, je ne puis admettre cela. Il est impossible que deux hommes comme nous se combattent et se fassent du mal. Il n’y a qu’à s’expliquer, qu’à chercher les moyens : nous sommes faits pour nous entendre. — Je crois au contraire que deux hommes comme nous ne sont pas faits pour s’entendre. L’autre réprima un geste d’impatience et reprit : — Écoute, Lupin... À propos, tu veux bien que je t’appelle Lupin ? — Comment t’appellerai-je, moi ? Altenheim, Ribeira, ou Parbury ? ”
“ Ne peux-tu jouer ta dernière comédie pour toi-même ? Bigre, le spectacle en vaut la peine... Arsène Lupin, pièce héroï-comique en quatre-vingts tableaux... La toile se lève sur le tableau de la mort et le rôle est tenu par Lupin en personne... Bravo, Lupin !... Touchez mon cœur, mesdames et messieurs... soixante-dix pulsations à la minute... Et le sourire aux lèvres ! Bravo ! Lupin ! Ah ! le drôle, en a-t-il du panache ! Eh ! bien, saute marquis... Tu es prêt ? C’est l’aventure suprême, mon bonhomme. Pas de regrets ? Des regrets ? Et pourquoi, mon Dieu ! Ma vie fut magnifique. Ah ! Dolorès ! ”
“ En face de lui, se tenait, la tête haute, les épaules larges, la carrure puissante, l’homme au monocle, le baron Altenheim. Ils se regardèrent deux ou trois secondes, en silence. Le baron souriait. Il dit : — Je t’attendais Lupin. Si maître de lui qu’il fût, Sernine tressaillit. Il venait pour démasquer son adversaire, et c’était son adversaire qui l’avait démasqué, du premier coup. Et, en même temps, cet adversaire s’offrait à la lutte, hardiment, effrontément, comme s’il était sûr de la victoire. Le geste était crâne et prouvait une rude force. ”
“ Votre Majesté renonce à la lutte ? Elle considère la défaite comme irrémédiable ? Elle se déclare vaincue ? Eh bien, pas moi, Sire. J’ai commencé. Je finirai. L’Empereur sourit de cette belle ardeur. — Je ne renonce pas, mais ma police se mettra en campagne. Lupin éclata de rire. — Que Votre Majesté m’excuse ! C’est si drôle ! la police de Sa Majesté ! mais elle vaut ce que valent toutes les polices du monde, c’est-à-dire rien, rien du tout ! Non, Sire, je ne retournerai pas à la Santé. La prison, je m’en moque. Mais j’ai besoin de ma liberté contre cet homme, je la garde. ”
“ Et puisque l’homme noir, puisque l’assassin n’était autre que Dolorès, Louis de Malreich s’appelait bien réellement Léon Massier, et il était innocent. Innocent ? Mais les preuves trouvées chez lui, les lettres de l’Empereur, et tout, tout ce qui l’accusait indéniablement, toutes ces preuves irréfragables ? Lupin s’arrêta une seconde, la tête en feu. — Oh ! s’écria-t-il, je deviens fou, moi aussi. Voyons, pourtant, il faut agir... c’est demain qu’on l’exécute... demain... demain au petit jour... ”
“ Kesselbach s’arrêta net au seuil du salon, prit le bras de son secrétaire, et murmura d’une voix inquiète : — Chapman, on a encore pénétré ici. — Voyons, voyons, monsieur, protesta le secrétaire, vous venez vous-même d’ouvrir la porte de l’antichambre, et, pendant que nous déjeunions au restaurant, la clef n’a pas quitté votre poche. — Chapman, on a encore pénétré ici, répéta M. Kesselbach. Il montra un sac de voyage qui se trouvait sur la cheminée. — Tenez, la preuve est faite. Ce sac était fermé. Il ne l’est plus. Chapman objecta : — Êtes-vous bien sûr de l’avoir fermé, monsieur ? ”
“ Figure-toi que tu viens de sauver la vie de l’Empereur... Oui, mon vieux. Tu es l’homme qui a sauvé la vie de l’Empereur. C’est la fortune. On va te construire une cathédrale et t’élever une statue. Tiens, prends tes habits. Abasourdi, presque mort de faim, l’ermite se releva en titubant. Lupin se rhabilla vivement et lui dit : — Adieu, digne vieillard. Excuse-moi pour tous ces petits tracas. Et prie pour moi. Je vais en avoir besoin. L’éternité m’ouvre ses portes toutes grandes. Adieu ! Il resta quelques secondes sur le seuil de la chapelle. ”
“ Il étendit les deux cadavres l’un près de l’autre, les recouvrit d’un même voile, s’assit devant une table et écrivit : « J’ai triomphé de tout : et je suis vaincu. J’arrive au but et je tombe. Le destin est plus fort que moi... Et celle que j’aimais n’est plus. Je meurs aussi. » Et il signa : Arsène Lupin. Il cacheta la lettre et l’introduisit dans un flacon qu’il jeta par la fenêtre, sur la terre molle d’une plate-bande. Ensuite il fit un grand tas sur le parquet avec de vieux journaux, de la paille et des copeaux qu’il alla chercher dans la cuisine. ”
“ Lupin se mit à rire de bon cœur. — Réfléchissez, monsieur le Directeur... ma seule excuse d’être en prison est d’en sortir. L’argument ne parut pas suffisant à M. Borély. Il s’efforça de rire à son tour. — Un homme averti en vaut deux... — C’est ce que j’ai voulu. Prenez toutes les précautions, monsieur le Directeur, ne négligez rien, pour que plus tard on n’ait rien à vous reprocher. D’autre part je m’arrangerai de telle manière que, quels que soient les ennuis que vous aurez à supporter du fait de cette évasion, votre carrière du moins n’en souffre pas. ”
“ Le grand air, l’espace, lui firent du bien. Il franchit les murs du parc, et longtemps erra à travers la campagne. Et il parlait à haute voix : — Qu’y a-t-il ? Que se passe-t-il ? Voilà des mois et des mois que, tout en bataillant et en agissant, je fais danser au bout de leurs cordes tous les personnages qui doivent concourir à l’exécution de mes projets ; et, pendant ce temps, j’ai complètement oublié de me pencher sur eux et de regarder ce qui s’agite dans leur cœur et dans leur cerveau. Je ne connais pas Pierre Leduc, je ne connais pas Geneviève, je ne connais pas Dolorès... ”
“ CI-GIT ARSÈNE LUPIN, AVENTURIER Il gagna le mur d’enceinte, l’escalada et, se retournant, aperçut les flammes qui tourbillonnaient dans le ciel... Il s’en revint à pied vers Paris, errant, le désespoir au cœur, courbé par le destin. Et les paysans s’étonnaient de voir ce voyageur qui payait ses repas de trente sous avec des billets de banque. Trois voleurs de grand chemin l’attaquèrent, un soir, en pleine forêt. À coups de bâton, il les laissa quasi morts sur place... Il passa huit jours dans une auberge. Il ne savait où aller... Que faire ? À quoi se raccrocher ? La vie le lassait. ”
“ Le grand-duché lui sera rendu. — Et puis ? — Il aime une jeune fille, qui l’aime également, la plus belle et la plus vertueuse des femmes. Il épousera cette jeune fille. — Et puis ? — C’est tout. — Il n’y a plus rien ? — Rien. Il ne reste plus à Votre Majesté qu’à faire porter cette lettre au directeur du Grand Journal pour qu’il détruise, sans le lire, l’article qu’il va recevoir d’un moment à l’autre. Lupin tendit la lettre, le cœur serré, la main tremblante. Si l’Empereur la prenait, c’était la marque de son acceptation. ”
“ M. Formerie eut une phrase délicieuse, lorsque Lupin entra dans son cabinet en compagnie du sous-chef. — Ah ! vous voilà ! Je ne doutais pas que, un jour ou l’autre, nous ne mettrions la main sur vous. — Je n’en doutais pas non plus, monsieur le juge d’instruction, dit Lupin, et je me réjouis que ce soit vous que le destin ait désigné pour rendre justice à l’honnête homme que je suis. — Il se fiche de moi, pensa M. Formerie. ”
“ Si, si, murmura Lupin, c’est là qu’ils sont cachés... il n’y a pas de doute... c’est là qu’ils sont cachés. Il semblait voir le château. Il semblait évoquer la cachette mystérieuse. Et la vision d’un trésor inépuisable, l’évocation de coffres emplis de pierres précieuses et de richesses, ne l’aurait pas ému plus que l’idée de ces chiffons de papier sur lesquels veillait la garde du Kaiser. Quelle merveilleuse conquête à entreprendre ! Et combien digne de lui ! et comme il avait, une fois de plus, fait preuve de clairvoyance et d’intuition en se lançant au hasard sur cette piste inconnue ! ”
“ Il vit un bras qui se levait, armé d’un couteau dont la lame était toute brillante. Le bras s’abattit, la pointe du couteau l’atteignit en pleine gorge. Au même moment, Altenheim sauta sur lui pour l’achever, et ils roulèrent dans les plates-bandes. Ce fut l’affaire de vingt à trente secondes, tout au plus. Si fort qu’il fût, si entraîné aux exercices de lutte, Altenheim céda presque aussitôt, en poussant un cri de douleur. Sernine se releva et courut vers la petite porte qui venait de se refermer sur une silhouette sombre. Trop tard ! Il entendit le bruit de la clef dans la serrure. ”
“ Et les paupières, sans cils, ne bougeaient jamais, ce qui donnait au regard la fixité d’un regard de statue. Lupin fit signe à l’un des garçons de l’établissement. — Quel est ce monsieur ? — Celui qui déjeune là ? — Oui. — C’est un client. Il vient deux ou trois fois la semaine. — Vous connaissez son nom ? — Parbleu oui !... Léon Massier. — Ah ! balbutia Lupin, tout ému, L. M... les deux lettres... serait-ce Louis de Malreich ? Il le contempla avidement. En vérité l’aspect de l’homme se trouvait conforme à ses prévisions, à ce qu’il savait de lui et de son existence hideuse. ”
Termes fréquents
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