Paul et Victor Margueritte

Résumé

Paul et Victor Margueritte Revue des Deux Mondes

Ces yeux, la hantise de leur regard, Eugène ne pouvait les écarter, quand, les troupes de Gougeard relevées sur le plateau, il redescendait vers Yvré. Il pensait à l’homme étendu là-haut, contre terre. Il revoyait, avant le coup, sa nuque blanche, ses cheveux bouclés. C’était cela qui l’avait fasciné. Puis l’affreuse secousse, le crâne ouvert, et ce visage tournant vers lui l’expression inoubliable : « Pourquoi m’as-tu frappé ? quel mal t’ai-je fait ? » La beauté, l’air noble de cette face, où la vie se retirait des joues pâlissantes, augmentait son trouble.
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Paul et Victor Margueritte Revue des Deux Mondes

À toute volée son sabre descend, entre comme une hachette dans du bois. Cette secousse, dont il a le poignet meurtri, la plaie béante de cette tête fendue, lui sont une stupeur qui se change en indicible émoi. Le blessé s’est retourné, le regarde. Jusqu’au fond de l’âme d’Eugène s’imprime la beauté du visage jeune, l’air d’étonnement aux joues qui pâlissent, et le regard surtout, un regard tendre, d’un infini reproche. Ces yeux très bleus, très doux, dont l’eau pure se ternit, le poursuivent de leur expression désolée, où la vie qui s’en va contracte un inexprimable regret.
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Le canon de Forbach grondait encore à son oreille ; il avait dans les yeux les fumées des batteries, aux narines l’odeur acre de la poudre ; un tohu-bohu d’images ardentes l’assaillait... le cheval échappé, le petit lieutenant blessé de Styring, les pièces enlevées par les chevaux à grands coups de reins, la retraite, la déroute... Il en revenait toujours là. Il éprouvait une plaie d’orgueil à vif, comme si l’humiliation de tant d’hommes s’ajoutait à la sienne. Il connut qu’il y a des douleurs collectives, dont l’intensité dépasse les pires souffrances de l’individu.
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