Résumé

Portrait de Renée Dunan Renée Dunan L’Ardente Flibustière

La fille s’était pourtant astreinte à les réjouir tous. Elle y avait acquis une grande maîtrise des hommes, et un art savant de les tenir en laisse. Aussi lui était-ce un jeu que de mener les vingt-trois matelots du Saint-Elme. Le dur labeur de mer ne les rendait, heureusement, pas si aptes à l’amour que les pirateries de terre font aux tire-laine et détrousseurs de voyageurs...
Ainsi allait donc le bateau, magistralement mené au demeurant par le Rouquin, qui était un prodigieux marin, devinant, même ivre-mort les coups de vent deux heures avant qu’ils se produisissent.
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Il y en avait pour tous les goûts : des liqueurs et du rhum dont se gorgea l’équipage du pirate avec une prodigalité merveilleuse, des étoffes de soie dont le Rouquin se fit faire une djellaba sarrazine, et le marquis une écharpe pareille à un arc-en-ciel, de l’or, du café et du cacao sans compter deux coffrets de pierres fines. Ceux-ci, le Rouquin sut les dissimuler, mais non point à Adussias qui jura de s’en emparer.
On sut que les femmes, sauf une, étaient toutes d’une bourgeoisie madrilène trop dédaigneuse du sexe pour servir des rançons.
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Bientôt on vit le pavillon du survenant : c’était un espagnol.
— Mort de Dieu, grogna le Rouquin, il y a longtemps que je n’ai pendu des gens d’Estramadure. Ce bateau arrive à point...
Mais l’espagnol était bien commandé. Tout en semblant fort à l’aise, il se laissa dériver par le vent, puis, mettant franchement le cap à l’opposite de sa venue, il commença à fuir de toutes ses voiles.
— Par les cent mille diables de l’enfer, hurla le capitaine du Saint-Elme, la charogne se méfie de nous. Hissons notre pavillon !
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