“ C’est ton grand-oncle qui a fait ça, expliqua Chanteau, heureux de trouver un sujet de conversation. Oui, mon père avait commencé par être charpentier... J’ai toujours gardé son chef-d’œuvre. Il ne rougissait pas de son origine, et madame Chanteau tolérait le pont sur la cheminée, malgré l’humeur que lui causait cette curiosité encombrante, qui lui rappelait son mariage avec un fils d’ouvrier. ”
Chanteau
Définition et enjeux
Citations sur “Chanteau”
Émile Zola,
La Joie de vivre
(1884)
“ Comme six heures sonnaient au coucou de la salle à manger, Chanteau perdit tout espoir. Il se leva péniblement du fauteuil où il chauffait ses lourdes jambes de goutteux, devant un feu de coke. ”
“ Et la musique achevait maintenant de l’exalter, la musique qui les soulevait ensemble au pays du rêve, sur les ailes sans cesse élargies du rythme. Alors, il crut tenir une grande passion, il se jura d’y cultiver son génie. Cela ne faisait plus aucun doute : il serait un musicien illustre, car il lui suffirait de puiser dans son cœur. Tout sembla s’épurer, il affectait d’adorer son bon ange à genoux, la pensée ne lui venait même pas de hâter le mariage. — Tiens ! lis donc cette lettre que je reçois à l’instant, dit un jour Chanteau effrayé à sa femme, qui remontait de Bonneville. ”
Émile Zola,
La Joie de vivre
(1884)
“ Minouche, veux-tu laisser ça 1 cria madame Chanteau. Est-ce qu'on joue avec l'argent! Chanteau riait, Lazare aussi. Au bord de la table, Mathieu, très excité, dévorant de ses yeux de flamme les .papiers qu'il devait prendre pour une gourmandise, aboyait contre la chatte. Et toute lafarnille s'épanouissait bruyamment. Pauliens, ravie de ce jeu, avait saisi entre ses bras la Minouche, qu'elle berçait et caressait, ainsi qu'une poupée. ”
N.-E. Dionne, Le parler populaire des Canadiens français
“ Qui fait profession d’échanger des chevaux pour en tirer du profit. Chanquier, n. m. — Sentier, chemin très étroit formé dans les bois par un long usage. — Chantier. Chanteau, n. m. Patin. Ex. Le chanteau de ma chaise berceuse est usé. Chanter, v. a. — Imiter le chant. Ex. La poule qui chante le coq, c’est-à-dire, qui imite le chant du coq. — Raconter. Ex. Qu’est-ce que tu me chantes là ? Chanter le coq, loc. Chanter victoire. Ex. Cesse de chanter le coq, je te ferai bientôt rabattre le caquet. ”
“ Dès la première semaine, la présence de Pauline apporta une joie dans la maison. Sa belle santé raisonnable, son tranquille sourire calmaient l’aigreur sourde où vivaient les Chanteau. ”
“ Maintenant que la petite sommeillait, on pouvait causer. Ils parlaient bas, ils ne voulaient d’abord que se communiquer brièvement les nouvelles. Mais la passion les emportait, et peu à peu tous les tracas du ménage se déroulèrent. À la mort de son père, l’ancien ouvrier charpentier, qui menait son commerce de bois du Nord avec les coups d’audace d’une tête aventureuse, Chanteau avait trouvé une maison fort compromise. Peu actif, d’une prudence routinière, il s’était contenté de sauver la situation, à force de bon ordre, et de vivoter honnêtement sur des bénéfices certains. ”
“ Dès ce moment, madame Chanteau ne se retenait plus. Oui, ils étaient les victimes de leur bon cœur. Est-ce qu’ils avaient eu besoin de quelqu’un pour vivre, avant l’arrivée de Pauline ? Où serait-elle à présent, dans quel coin du pavé de Paris, s’ils n’avaient pas consenti à la prendre ? Et l’on était bien venu, en vérité, de causer de son argent : un argent dont eux, personnellement, n’avaient eu qu’à souffrir ; un argent qui semblait avoir apporté la ruine dans la maison. Car, enfin, les faits parlaient assez haut : ”
Léopold Favre, Glossaire du Poitou, de la Saintonge et de l'Aunis (1867)
“ Etre inconstant. Du roman changeoter, changer souvent. B. F. CHANNE, s. f. Robinet. Du celtique kân, conduit par où l'eau passe. B. F. CHANTÉA, s. m. Chanteau, morceau, quartier; pain entamé, pain en général. Du roman chantel, morceau. R. L.-B. F. Le paysan, qui se plaint de sa misère, dit que souvent il n'a pas de pain à donner à ses enfants : « Et bâé sevant au tenailléâé, « Pouâé de chantéâ pre leu bailliâé ! » (Chanson poitevine citée par La Revellière-Lepaux.) CHANTENEAU, s. m. Cadeau fait à l'époque de Noël, par les parrains à leurs filleuls. ”
“ CHANTECLER, l’écartant pour sauter sur un banc d’où il peut voir,par une brèche de la haie, la prairie, au loin. Mais... Laissez-moi grimper sur ce banc. J’ai besoin De voir si la Nature existe encore... au loin ! Ah ! l’herbe est verte, une vache broute, un veau tette... Et, bénissons le Ciel, ce veau n’a qu’une tête ! Il redescend auprès de la Faisane.LA FAISANE. Viens dans les bois naïfs, sincères et mouillés, Où nous nous aimerons ! LE MERLE, à la Pintade, lui montrant Chantecler et la Faisanequi se parlent de très près. Où nous nous aimerons ! Ça marche !... ”
“ LA FAISANE, suffoquée. Je fais venir l’Aurore !... et je fais plus ! Vous faites ?... CHANTECLER. Car, dans les matins gris où tant de pauvres bêtes, S’éveillant sans y voir, n’osent croire au réveil, Le cuivre de mon chant remplace le soleil ! Et il remonte en disant : Allons chanter ! LA FAISANE. Allons chanter ! Comment reprend-on du courage Quand on douta de l’œuvre ? CHANTECLER. Quand on douta de l’œuvre ? On se met à l’ouvrage ! LA FAISANE, avec une colère obstinée. Mais si tu ne fais pas se lever le matin ? CHANTECLER. C’est que je suis le Coq d’un soleil plus lointain ! ”
Edmond Rostand,
Chantecler
(1910)
“ Assurément ! et de tout ce qu'ajoute De force à la chanson de savoir qu'on l'écoute, D'allégresse à l'exploit d'être fait sous des yeux ! Et se plantant sur le tertre qui domine la vallée, au fond : Madame !... LA FAISANE, le regardant se découper sur le ciel. Qu'il est beau ! CHANTECLER. Regardez bien les cieux ! Ils ont déjà pâli ? C'est que j'ai, tout à l'heure, Mis, par mon premier chant, le soleil en demeure D'avoir à se tenir derrière l'horizon ! ”
Edmond Rostand,
Chantecler
(1910)
“ LA FAISANE. On est tout pour un coeur, rien pour un horizon ! CHANTECLER, défaillant. Ah ! c'est vrai... PATOU, qui rentre, joyeux et cordial. Me voilà, c'est moi, je viens te dire Qu'ils veulent tous ravoir, dans la ferme en délire, Le Coq qui fait le jour du haut de son talus. CHANTECLER. Ils le croient maintenant que je ne le crois plus ! PATOU, s'arrêtant, saisi. Comment ? LA FAISANE, se serrant âprement contre Chantecler. Tu vois qu'un coeur qui contre vous se serre Vaut mieux qu'un ciel auquel on n'est pas nécessaire ! ”
“ Je te dédie encor ces fermes rallumées : L’homme offre des rubans, moi j’offre des fumées ! LA FAISANE, regardant la plaine. Je vois grandir ton œuvre au loin ! CHANTECLER, la regardant. Je vois grandir ton œuvre au loin ! Moi, dans tes yeux ! LA FAISANE. Sur les prés ! CHANTECLER. Sur les prés ! Sur ton col ! Et, tout d’un coup, d’une voix étouffée : Sur les prés ! Sur ton col ! Ah ! c’est délicieux ! LA FAISANE. Quoi ? CHANTECLER. Quoi ? Je fais mon devoir en te rendant plus belle : Je redore à la fois mon vallon et ton aile ! ”
“ C’est Quand il fait ce bruit dans sa gorge, en marchant, C’est qu’il aime une poule ou qu’il médite un chant. CHANTECLER, immobile sur le mur, la tête haute. Flambe !... Illumine !... LE MERLE. Flambe !... Illumine !... Il dit des mots sans suite ! CHANTECLER. Flambe !... Illumine !... Il dit des mots sans suite ! Embrase ! UNE POULE. Il s’arrête, une patte en l’air... CHANTECLER, avec une sorte de râle de tendresse. Il s’arrête, une patte en l’air... Cô... LE MERLE. Il s’arrête, une patte en l’air... Cô... C’est l’extase ! CHANTECLER. Ton or est le seul or qui soit de bon conseil ! ”
“ Un seul chant ! CHANTECLER. Un seul chant ! Oui. LA FAISANE. Un seul chant ! Oui. Depuis un mois, je n’en permets Qu’un seul !... CHANTECLER, résigné. Qu’un seul !... Oui. LA FAISANE. Qu’un seul !... Oui. Le Soleil monte-t-il moins ? CHANTECLER, concédant. Qu’un seul !... Oui. Le Soleil monte-t-il moins ? Il monte ! LA FAISANE. Tu vois qu’on peut avoir l’Aurore à meilleur compte ! — Pour un seul chant le ciel est-il moins cramoisi ? CHANTECLER. Non. LA FAISANE. Non. Alors ?... Tendant son bec. Non. Alors ?... Un baiser... Trouvant le baiser trop vague. Non. Alors ?... ”
“ LE MERLE, passant son bec sous l’aile de la Pintade pour suivrele manège de la Faisane. Oui, je crois qu’elle songe à s’annexer la Crête ! LA FAISANE, à Chantecler. Viens ! CHANTECLER, reculant avec effroi. Viens ! Non ! Je dois chanter où le sort me plaça ! Ici, je suis utile, on m’aime. LA FAISANE, qui se souvient de ce qu’elle a entendu,la nuit dans la cour de ferme. Ici, je suis utile, on m’aime. Tu crois ça ! — Non, non ! Viens dans les bois où nous pourrons entendre Deux vrais Pigeons encor s’adorer d’amour tendre ! LE DINDON, au fond. Mesdames, le grand Paon... ”
Edmond Rostand,
Chantecler
(1910)
“ LE PILE BLANC, fonçant furieusement. J'aurai ta peau ! LA POULE QUI VEUT VOIR. Le chapeau du Padoue est devant moi ! LE MERLE. Chapeau ! On sent que Chantecler est perdu. Il se met en boule, comme pour mourir. UNE VOIX. Quel coup ! C'est à la crête ! CRIS PERÇANTS DE LA FOULE EN DÉLIRE. Arrache ! – Égorge ! – Assomme ! – Tue ! PATOU, dressé dans la brouette. Avez-vous fini de pousser des cris d'homme ? CRIS CADENCÉS, rythmant férocement les coups reçus par Chantecler. C'est à l'oeil ! – C'est au front ! – C'est à l'aile ! – C'est à... ”
Louis-Émile Bougaud, Histoire de Sainte Chantal et des origines de la Visitation… (1866)
“ Le saint entrait dans sa cinquantesixième année. Le même jour, à la même heure, la mère de Chantai, à genoux dans la chapelle de la Visitation de Grenoble, offrait à Dieu son bienheureux Père, lorsqu'elle entendit une voix trè-distincte qui lui dit : « Il n'est plus ! » Tout émue encore de l'état de transformation dans lequel elle venait de le voir, et n'ayant aucun soupçon de sa mort : n Mon Dieu! s'écria-t-elle, oh! non, il n'est plus, il ne vit plus, c'est vous qui êtes et qui vivez en lui ! » Et elle s'entretint lontemps et tout enthousiasmée de cette pensée. ”
Edmond Rostand,
Chantecler
(1910)
“ Cette rose à mon bec était pour vous fournir L'occasion de la stupidité brutale ; Vous n'avez pas manqué de la prendre au pétale... Votre nom ? LE PILE BLANC. Pile Blanc ! Le vôtre ? CHANTECLER. Chantecler. LA FAISANE, courant vers le Chien. Patou ! CHANTECLER, fièrement, à Patou qui gronde entre ses dents. Toi, reste neutre ! PATOU, roulant l'R. Oui, mais c'est dur, mon cher ! LA FAISANE, à Chantecler. Un coq ne se fait pas tuer pour une rose ! CHANTECLER. Quand on touche à la fleur, le Soleil est en cause ! LA FAISANE, courant vers le Merle. ”
“ Branchons-nous. Il ignore Que lorsqu’un rossignol chante en un bois sonore Et qu’on croit l’écouter cinq minutes chanter, On a passé la nuit entière à l’écouter, Trompé comme en un bois de légende allemande !... CHANTECLER, ne la voyant pas revenir, redescend. Que dis-tu ? LA FAISANE, lui riant au bec. Que dis-tu ? Rien... UNE VOIX, dehors. Que dis-tu ? Rien... L’Illustre Coq ? CHANTECLER, regardant autour de lui. Que dis-tu ? Rien... L’Illustre Coq ? On me demande ? LA FAISANE, qui est allée du côté d’où vient la voix. Là, dans l’herbe... Et soudain elle recule. Là, dans l’herbe... ”
G. Chantepleure, Les ruines en fleur (1913)
“ Ce nom — qui ne peut être tout à fait ignoré de vous — je vais vous l’avouer : je m’appelle Claude de Chanteraine... je suis la petite-fille du duc Robert-Gérard de Chanteraine, mort il y a douze ans. Ce secret — que vous connaissez déjà en grande partie, puisque vous savez que Chanteraine est habité — il me semble que je vous le dois tout entier... et que vous le garderez... oh ! non, pas mieux, mais... comment dirai-je ?... plus paisiblement, avec la conscience plus tranquille, si vous êtes bien certain qu’en le taisant, vous... ”
G. Chantepleure, Les ruines en fleur (1913)
“ Mademoiselle de Chanteraine sentit que deux mains brûlantes emprisonnaient les siennes, elle entendit une voix qui disait :— Claude, ma bien-aimée...Alors, elle ouvrit les yeux ; mais ce ne fut pas cette fois la jolie phrase précieuse de la princesse qui lui vint aux lèvres : ce fut un nom, ce fut un cri qui jaillit de son cœur jusqu’à sa bouche, malgré elle, éperdument :— Pierre !...— Oh ! merci... merci... répéta la voix. ”
Guy Chantepleure,
Sphinx blanc
(1926)
“ Je crois vraiment que vous êtes folle ! — Mais, je ne pense pas que votre maison soit une caverne de brigands... pour qu'il y ait péril à y passer la nuit ! répondit la jeune fille sans se départir de son calme... Et, comme marraine me croit à Saint-Germain pour deux jours, je ne vois pas l'inconvénient qu'il y aurait... — Vous avez une façon d'arranger les choses !... Ah laissez ce clavecin, je vous en supplie, ne jouez pas tout le temps... Elle ôta brusquement ses mains du clavier comme si les notes l'avaient brûlée. — Oh ! mon tuteur, que vous êtes méchant aujourd'hui! fit-elle... ”
“ LA FAISANE. C’est un très gros travail. Peut-être, mais bien laid. Ils remontent.LE MERLE, jetant un coup d’œil sur le plastron écarlate de la Faisane. Eh ! va donc, romantique !... Elle l’a, le gilet ! CHANTECLER, continuant le tour des choses. La meule. Le vieux mur. Le mur, lorsque je chante, En bave des lézards ; la meule est plus penchante. Je chante à cette place où j’ai gratté le sol, Et, lorsque j’ai chanté, je bois dans ce vieux bol. LA FAISANE, souriant. Mais votre chant a donc une importance ? CHANTECLER, grave. Mais votre chant a donc une importance ? Grande. ”
“ LE MERLE. Enfin ! C’est le moment de grimper sur les chaises ! CHANTECLER, au Pile Blanc. Monsieur... LA FAISANE. Monsieur... Vous n’allez pas répondre à ce géant ? CHANTECLER. Il suffit de parler de haut pour être grand. Au Pile Blanc, en traversant lentement la scène pour aller vers lui. Sachez qu’un tel propos ne saurait se permettre, Et sachez que vous avez l’air... Un poussin se trouvant entre lui et le Coq de combat, il le met doucement de côté, en lui disant : Et sachez que vous avez l’air... Pardon, cher Maître ! Au Pile Blanc, en lorgnant avec impertinence sa crête coupée. ”
Louis-Émile Bougaud, Histoire de Sainte Chantal et des origines de la Visitation… (1866)
“ De si grands éloges, tombés d'une bouche si sincère et si sainte, eussent bien suffi sans doute à la gloire de la vénérable mère de Chantai; mais Dieu, qui avait donné à la jeunesse de sa servante un appréciateur et un panégyriste digne d'elle, n'avait pas voulu que sa vieillesse fût privée d'un pareil honneur. Au moment où sainte Chantal perd saint François de Sales, elle retrouve saint Vincent de Paul. ”
“ LE MERLE qui est redescendu en sautillant. Il faut absolument prévenir la Pintade Qu’il passe un oiseau d’or ! Elle en sera malade ! Elle va l’inviter ! À Chantecler. Elle va l’inviter ! Je m’en vais faire un tour. Il sort.CHANTECLER, se rapprochant de la Faisane Vous venez d’Orient, alors, comme le Jour ? LA FAISANE. Ma vie a le désordre amusant d’un poème. ”
Louis-Émile Bougaud, Histoire de Sainte Chantal et des origines de la Visitation… (1866)
“ Ceux qui ont pu se permettre quelque vaine et froide raillerie sur la liaison du saint évêque et de cette forte et vertueuse femme n'avaient pas lu, j'aime à le croire, cette pièce qui est la cent vingt et unième des lettres de madame de Chantai. On n'a jamais mieux fait le portrait d'un esprit, ni rendu aussi sensiblement des choses qui semblent inexprimables. Lumière, suavité, netteté, vigueur, discernement et dextérité céleste, ordonnance et économie des vertus dans cette âme, tout s'y représente et s'y peint d'un trait ferme et distinct. ”
Louis-Émile Bougaud, Histoire de Sainte Chantal et des origines de la Visitation… (1866)
“ Après la mort de la mère de Chantai, une âme de grande vertu la vit en sa forme et son habit ordinaire, à genoux, la face lumineuse, les bras croisés sur sa poitrine, un crucifix au milieu penchant un peu du côté du cœur ”
