“ L’ennemi rentrait violemment dans la place. Du coup, la conscience d’Henri Bourassa se fit limpide, lumineuse ; il retomba sur ses pieds ; il sortit de son mauvais rêve. Je n’étais pas allé l’entendre, ai-je dit, depuis quinze ans. Le 20 octobre 1941, il prononçait une conférence au Plateau, encadré, cette fois, de Georges Pelletier et de Maxime Raymond. Entraîné par mon ami, le chanoine Armand Paiement [64] , curé de Saint-Louis-de-France, je me rends à l’auditorium de la rue Calixa-Lavallée. Je suis curieux de savoir ce que l’orateur a gardé de son ancienne manière, de sa vigueur d’esprit. ”
Citations sur “Henri Bourassa”
“ Mlle Adine alla finir ses jours à Papineauville. Elle se choisit, comme directeur de conscience, le curé de l’endroit, l’abbé Elzéar Racan [58] , l’un de mes anciens élèves et dirigés de Valleyfield. L’abbé m’a raconté les visites répétées que lui faisait la chère vieille demoiselle toujours tourmentée par ses scrupules. ■ ■ ■ Le cas particulier d’Henri Bourassa Et nous revenons à Henri Bourassa. En sa famille nous apercevons, je crois, la traînée douloureuse. Et nous la retraçons jusqu’à lui. Rumilly le reconnaît : l’homme « est sujet à des crises de scrupule... » (Henri Bourassa, p. 109) . ”
“ Bourassa, Henri, 41, 142, 188, 190, 244, 270 ; idole de la jeunesse (1899-1900) , 184-185 ; au parlement de Québec, 187, 188 ; questions scolaires, 185 ; fondateur du Devoir, 187, 188 ; équipe ―, 318, 327 ; insurrection de 1837, 362 ; influence, 304 ; évolution d’esprit, 183, 188, 189, 195, 248, 293, 304, 352 ; famille, 76Bourgeoys, Marguerite, article et brochure, 48Bourne, Francis, archevêque, 41Boussole, La, journal, 335, 344 ; salut au « chef », 345 ; défense de Groulx, 347Boyer, Onésime, ptre, 174, 176Brassier, Jacques, pseudonyme de Lionel Groulx, 261 ”
“ Nous avons aimé, admiré Bourassa, précisément parce qu’il figurait, à nos yeux, l’antithèse vivante du bavard creux et sonore dont l’espèce nous avait tant dégoûtés. Pour nous un homme enfin était apparu sur la scène, homme d’idées, d’une large et belle culture, d’une merveilleuse intelligence, d’un talent qui touchait au génie et qui projetait sur nos problèmes de fulgurantes lumières. L’homme était, en outre, de saine étoffe, d’une conscience noble, escarpée, inaccessible aux basses tentations. ”
“ L’audience, en pareille conjoncture, ne pouvait produire, sur Bourassa — et nous dirons plus loin pourquoi — qu’un effet foudroyant. Il se jeta aux pieds de Pie XI dans l’effondrement d’un coupable ; il s’engagea à réparer, à recommencer sa vie. Ses attitudes d’hier ne pourront donc que se roidir. Aussitôt son retour au Canada, je me souviens qu’on chuchota au presbytère du Mile End : « Bourassa est revenu ; il est malade ; il s’est enfermé chez lui ; il est plus sombre que jamais. » Ce n’est qu’après plusieurs jours qu’il réapparut chez l’abbé Perrier. ”
“ À ce point de mes souvenirs et de mon analyse de l’évolution de Bourassa, je ne puis m’empêcher de me reposer cette question : par quelle aberration un homme si intelligent et si passionné de justice en était-il venu à considérer les siens, et surtout les spoliés des minorités, comme des brandons de discorde, et même des fauteurs de désordres en leur pays et dans l’Église ? Surtout, comment en arrivera-t-il à écrire, dans Le Devoir, les cinq articles du 15 au 19 janvier 1929 contre les « Sentinellistes » franco-américains ? ”
“ Antonio Perrault, Omer Héroux, Georges Pelletier, Paul-Émile Lamarche. Et j’en oublie. Et Bourassa parle. Des frottements d’allumettes se succèdent pour réchauffer une pipe presque toujours morte. Une interruption, surtout une objection font rebondir la causerie. Point de problème contemporain sur lequel le causeur n’ait de clartés. Point de pays dont il ne connaisse l’histoire, souvent même l’économie, quelques aspects sociaux. Bourassa, je l’ai dit bien des fois, possédait un esprit et une culture d’envergure européenne. Espèce d’hommes plutôt rare chez nous. ”
Adélard Lambert, Journal d’un bibliophile
“ « Nous en arrivons aux « perles » que contient votre correspondance. Il y en a deux. La première est formée par votre affirmation que M. Bourassa « est un Sans-patrie et un traître, et qu’il n’a cessé de « dénigrer l’Angleterre, son pays, etc... » ”
“ Évolution de Bourassa À partir de 1922, que se passe-t-il en cet homme ? Ses meilleurs amis, les plus proches, s’inquiètent. Lui-même paraît un homme inquiet, moins sûr de soi, de sa doctrine, de l’orientation de sa vie. On le voit moins souvent au presbytère du Mile End. À ses amis, aux combattants des minorités, à ceux de l’Ontario, en particulier, il multiplie les « Prenez garde ! ». Ses discours deviennent uniformément moroses, amers. Il trouve un sombre plaisir, dirait-on, à fouailler ses compatriotes canadiens-français, à distribuer les bourrades à ses meilleurs amis. ”
“ Le sujet l’exige. En ces recherches sur l’esprit et la psychologie d’un tel homme, force est bien de se ménager de la perspective. Mes premiers souvenirs Mes souvenirs sur Bourassa remontent à mon temps de collège. J’avais, pour camarade de classe, un jeune Hurtubise (Joe) [1] , fils d’un hôtelier de Montebello. Avec enthousiasme, il nous parlait du jeune maire de son village élu en 1890, à l’âge de vingt-deux ans : merveille oratoire de sa région. Ce camarade nous apprenait autre chose : le jeune maire était le petit-fils de Papineau. Un orateur, un descendant du grand Papineau ! ”
“ Et comme l’évolution de Bourassa coïncidera ou peu s’en faut avec la grande crise économique de 1929-1939, il faut avoir vécu ces sombres années pour savoir jusqu’où se peuvent détendre les ressorts vitaux d’une nation. Les scrupules de Bourassa et leurs malheureuses suites ont-ils compté pour quelque chose dans la disparition et la mort de l’Action française ? ”
Napoléon Bourassa,
Jacques et Marie, souvenir d’un peuple dispersé
“ Le Père de la Brosse s’approcha, lui prit la main et resta lui-même silencieux ; et malgré qu’il fît tous ses efforts pour ne rien laisser paraître de son trouble, il fut saisi d’une pâleur mortelle en constatant une perturbation fatale dans toute l’organisation de son patient : des commotions nerveuses agitaient toutes ses extrémités, ses lèvres et ses narines étaient violemment contractées, Jacques et Marie, penchés sur son front, dans une angoisse cruelle suivaient tous les mouvements de sa figure, épiant une révolution salutaire, un retour de la parole qui semblait pour toujours envolée. ”
“ Héroux, alors rédacteur à L’Action sociale de Québec, mais ancien de l’ACJC et très mêlé aux milieux nationalistes, m’entretient naturellement de Bourassa dont il est fervent admirateur. Avec ce don merveilleux qui lui permet de dramatiser les événements, il me parle de l’homme. ”
Jules Fournier,
Mon encrier, Tome 1
“ « On ne vous tiendra nul compte, me disait-il, de cette tentative de conciliation. Et l’on tournera plus tard contre nos idées et au profit de l’impérialisme cet acquiescement partiel à l’acte accompli. » Je fus bientôt forcé de reconnaître qu’il avait entièrement raison. M. Bourassa nous avait promis « un aveu complet et sincère ». Comme vous voyez, il a tenu parole. Très humblement il confesse que quelqu’un a pu, pour une fois, avoir un jour raison contre lui. N’allez pas conclure de là pourtant que M. Bourassa admette avoir eu tort contre ce quelqu’un ! ”
Bourassa et l’Anti-Laurierisme
“ Cette idée ne lui serait jamais venue SANS SES AMIS. C’est simplement pour satisfaire ses amis qu’il rend non des comptes, mais des explications. Aujourd’hui c’est la même chose. C’EST POUR SATISFAIRE SES AMIS QU’IL S’EXPLIQUE. Le reste du monde ne compte pas. Il contente ses amis, Eddie Lepage et Ducharme. Heureusement que ce ne sont pas des gens difficiles pour épurer les comptes et scruter les explications de M. Bourassa. EN PANNE BORDEN — C’est inutile de pomper, les pneus sont crevés de partout. ”
Napoléon Bourassa,
Jacques et Marie, souvenir d’un peuple dispersé
“ Fraîcheur des bois, fraîcheur de l’eau, senteur des trèfles, vue sur la prairie, vue sur la Gaspéreau, rien n’y manque. Après la maison, il a fallu songer aux dépendances de la ferme. Une laiterie, par conséquent une étable, puis une grange, « rien qu’une petite grange, disait Marie ; il faudra bien mettre les grains et le foin quelque part, car il y aura des vaches, des moutons, des poules et une jument : n’est-ce pas, mon papa, qu’il y aura une vieille jument, noire comme notre pauvre Dragone que j’aime tant, et qui n’est plus bonne qu’à nourrir des petits poulins ? » ”
“ Si vous le croyez, c’est que vous ne l’avez jamais connu. À maintes reprises du reste, j’ai rencontré M. Bourassa, j’ai eu des conversations très longues avec lui sur l’orientation même du journal, sur la politique extérieure, et je suis toujours resté en excellents termes avec lui, de même que le président de notre Conseil d’administration, M. Edmond Hurtubise. Croyez-vous que cela aurait été possible, si nous avions mis M. Bourassa dehors, comme vous dites ? ”
“ Le sujet de l’une de ses conférences : « Sommes-nous honnêtes ou canailles ? » donne le diapason de ses algarades. Il n’épargne personne, ni le clergé, ni les évêques. Il promène partout la torche vive, sans s’aviser qu’elle brûle jusqu’aux os. Que se passe-t-il ? Les uns font remonter l’évolution de Bourassa à son audience de Pie XI, du 18 novembre 1926 : audience manigancée, selon toute apparence, par des officieux irlandophiles qui en espéraient quelque profit au Canada. L’audience de Pie XI n’a pu déclencher une évolution d’ores et déjà commencée. ”
Henri Gouraud, Essai critique sur Broussais, sa doctrine médicale et ses opinions philosophiques… (1840)
“ Broussais est donc plutôt un sensualiste qu'un matérialiste, plutôt un homme impressionné par les sensations qui lui viennent du dehors, et jetant au monde ces impressions, qu'un philosophe réfléchissant sur la nature et les rapports des êtres, et se décidant, en toute conscience, après un impartial et mûr examen. Il parle quelquefois de son amour pour la vérité ”
“ Bourassa tient le sujet qu’il cherchait. Son discours prend tout de suite de l’ampleur, de la solennité. L’auditoire haletant se ramasse davantage. Et l’on sent qu’un rien peut déchaîner les suprêmes passions. L’orateur se montre pourtant correct, respectueux. Avec sa merveilleuse faculté d’improvisateur, les phrases jaillissent, drues, étincelantes, d’une frappe d’acier. Et le discours se développe dans un ordre étonnant. Pourtant, l’orateur n’est pas tout à fait celui que j’ai entendu en 1905. Le tribun émerge, dirait-on, de l’orateur. ”
Émile Zola,
Au bonheur des dames
“ La petite maison de Bourras, serrée entre le Bonheur des Dames et l’Hôtel Duvillard, accrochée là comme un nid d’hirondelle dans la fente d’un mur, semblait devoir être écrasée du coup, le jour où le magasin envahirait l’hôtel, et ce jour était venu, le colosse tournait le faible obstacle, le ceignait de son entassement de marchandises, menaçait de l’engloutir, de l’absorber par la seule force de son aspiration géante. Bourras sentait bien l’étreinte dont craquait sa boutique. ”
Bourassa et l’Anti-Laurierisme
“ Le public s’amuse beaucoup de ce temps-ci en constatant le désarroi, le sauve qui peut qui se produit dans le camp de nos bons nationalistes. Il y a un malaise général qui court dans les rangs des adeptes de la cause castor-bourassiste ; les lieutenants du grand chef désertent le drapeau, après s’être bien convaincus que les doctrines extravagantes et les théories sonores de M. Bourassa, ne sont, après tout, qu’une futile fantasmagorie et les vaines élucubrations d’un idéaliste. ”
“ La maladie de Bourassa, c’est la maladie de Mgr Bruchési. Mgr Bruchési est parfaitement sain d’esprit sur maints sujets. Il peut converser sensément une heure durant. Deux sujets cependant à ne pas aborder si l’on veut que le pauvre archevêque ne dérape : s’informer de sa santé ou lui demander un geste religieux. Bourassa est sain d’esprit. Vous pouvez l’observer à Ottawa ; il y prononce des discours d’excellent parlementaire. Un mot pourtant, prononcé devant lui, peut le faire sauter par la fenêtre : le mot nationalisme. ”
“ Surveillant ou non, j’avais l’habitude d’aller passer mes récréations au dehors avec les élèves. Souvent Jules Fournier avec son compagnon préféré Maxime Raymond, quand ce n’était pas Émile Léger, venaient me joindre. Que de causeries nous avons prolongées ensemble, jeunes péripatéticiens, sous les saules de la cour ! Nous sommes en 1902. La guerre des Boers, avec ses implications canadiennes, a secoué les milieux de jeunesse. Des souffles nouveaux passent dans l’air. Dans un ciel politique plutôt bas et nuageux, Bourassa, c’est enfin l’étoile dans la nue. ”
Napoléon Bourassa,
Jacques et Marie, souvenir d’un peuple dispersé
“ Non, vieux Farfadet, reste ici ; puisque tu es le seul qui puisse maintenant nous apporter une vieille amitié, sois le bienvenu : je te porterai plutôt, s’ils craignent tes indiscrétions ; mais tais-toi, tais-toi ; autrement, vois-tu, je serai forcé de te presser encore !... Alors, ces hommes, dont il était encore impossible de préciser le nombre et de distinguer la figure et les habits, entrèrent dans l’ombre que projetait jusqu’à la rivière le bosquet d’ormes, placé entre celle-ci et le brasier où achevait de se consumer la maison de Marie. ”
Napoléon Bourassa,
Jacques et Marie, souvenir d’un peuple dispersé
“ Je restai un instant torturé par l’excès de ma douleur, puis je demandai à ces gens pourquoi ils n’avaient pas suivi mes parents. — Ah ! reprit celui qui m’avait parlé, c’est que c’était {{tiret2|impossi|ble} ; pendant que vos frères résistaient aux Anglais, les autres avaient pu saisir quelques aliments, de quoi se couvrir et un canot d’écorce. Arrivé sur les bords de cette rivière, comme ils ont jugé qu’elle devait se diriger du côté de Chédiac, ils résolurent de suivre son cours par eau. Nous ne pouvions pas tous entrer dans le canot ; il fallut donc nous séparer. ”
Justin-Marie Rédier, Le colonel Bourras : notice historique (1892)
“ « Parmi tous ces hommes qui, après de cruelles défaites, osant ne pas désespérer du salut de la France, en combattant sans espoir pour sauver son honneur, se montrèrent infatigables dans une lutte de tous les jours contre l'envahisseur, le colonel Bourras peiit être regardé comme un type. Voilà pourquoi l'idée d'élever un monument à lui et à ses compagnons d'armes du corps franc des Vosges est une idée de patriotisme et de réparation à la réalisation de laquelle je suis heureux de pouvoir prêter mon concours ». ”
Émile Zola,
Au bonheur des dames
“ Des passants attroupés causaient très haut avec les démolisseurs, qui se fâchaient contre ces vieilles bâtisses, bonnes à tuer le monde. — Monsieur Bourras, répéta Denise, en tâchant de l’emmener à l’écart, vous savez qu’on ne vous abandonnera pas. Il sera pourvu à tous vos besoins... Il se redressa. — Je n’ai pas de besoins... Ce sont eux qui vous envoient, n’est-ce pas ? Eh bien ! dites-leur que le père Bourras sait encore travailler, et qu’il trouvera de l’ouvrage où il voudra... Vrai ! ce serait trop commode, de faire la charité aux gens qu’on assassine ! ”
Henri Gouraud, Essai critique sur Broussais, sa doctrine médicale et ses opinions philosophiques… (1840)
“ Ce que l'on admire à chaque page des œuvres philosophiques de Broussais, ce qui fait passer le lecteur sérieux de surprise en surprise, de confusion en confusion, c'est la facilité avec laquelle cet écrivain donne comme des preuves péremptoires les assertions les moins significatives, celles même qui tournent le plus évidemment contre lui. ”
Justin-Marie Rédier, Le colonel Bourras : notice historique (1892)
“ Mais hélas! l'intrépide soldat se trouvait dans toute la force de l'âge à la fin de sa carrière. Le froid, la neige, les attaques continuelles de l'ennemi, les privations et les sacrifices de toute nature avaient ébranlé une santé pourtant si robuste. Le mal dont Bourras avait contracté les germes pendant la terrible campagne, fit bientôt des progrès si effrayants qu'il fut obligé de demander sa mise en disponibilité. C'est au pays natal, à Pompignan, que l'ancien chef du corps franc des Vosges vint demander un peu de tranquillité et de repos. ”
