“ Mme Delaroute s’arrêtait alors et louait Albéric de distraire un peu Sylvaine, tandis que Mme de Nohic demeurait demi-inquiète, ayant toujours peur d’éveiller en Sylvaine l’âme agitée de sa mère. Ce n’est pas qu’elle voulût cacher à Sylvaine le rôle de l’amour dans la vie ; au contraire, quand elle estima l’heure venue, avec beaucoup de dignité, mais non pas sans attendrissement, elle en parla à sa petite-fille et elle eut alors avec elle des entretiens qui ressemblaient à des contes bleus, pétrissant cette cervelle impressionnable d’aspirations inaccessibles. ”
Sylvaine
Définition et enjeux
Le thème de “Sylvaine” a été abordé par des auteurs tels que Brada, Charles Joliet ou George Sand. Il est souvent associé à des termes comme Sylvain, Sylvie, Sylvanie, Sylvine ou le château.
Citations sur “Sylvaine”
“ Sylvaine trouvait une grande douceur à l’affection de cette nouvelle amie qui se montrait à la fois une sœur et une mère dans sa tendresse protectrice ; l’idée d’avoir à aimer cette charmante créature dilatait le cœur de l’aimable vieille fille ; persuadée que le colonel Blunt serait un mari exemplaire, elle en donnait la conviction à Sylvaine, lui répétant avec quel respect il parlait d’elle. Cette cour par procuration avait sa séduction, et Mme Caulfield se faisait garante de toutes les assertions de miss Neville. ”
“ Et ce soir, êtes-vous contente ? Le grand Jean est bien en voix ; toutes les femmes en sont folles, vous savez. Etes-vous aussi amoureuse de lui ?Sylvaine, gênée, ne répondit pas.— Je vous dis des folies, je vous en demande pardon. J’aime beaucoup les Françaises et l’éducation française. Est-ce que vous vous plaisez à Londres ?La question était peut-être indiscrète pour une connaissance de cinq minutes ; mais l’intonation était si vibrante, si pleine d’une sympathie voilée, que Sylvaine, se départissant de la réticence dont elle s’était fait une règle, répondit :— Pas encore. ”
Charles Joliet,
Le Train des maris
(1873)
“ Sylvaine a toujours eu pour moi l'affection silencieuse que j'avais pour elle. Ne la jugez pas sur l'apparence insouciante de son caractère. Malgré sa jeunesse, son âme est fortement trempée, et elle a dû s'habituer de bonne heure à maîtriser ses impressions. Son indifférence pour ma mémoire sera le dernier témoignage de sa tendresse et de son obéissance à ma volonté, jusqu'au jour où vous lui direz qu'il lui est permis de porter mon deuil. ”
“ Puis, avant que Sylvaine, soudain tombée de si haut, eût trouvé un mot de réponse, il fut à son côté, et la saisissant avec impétuosité il essaya de la serrer dans ses bras, tout en répétant d’une voix étouffée : « Darling, darling !... »Terrifiée, Sylvaine le repoussa de toutes ses forces. Evidemment surpris, il avait relâché son étreinte. Elle se recula, blême, trouvant à peine la force de balbutier :— Mais vous êtes ivre... vous êtes ivre... Sortez !Assurément Archie Elliot avait bu, car loin de lui obéir il marcha hardiment vers elle, montrant ses dents de jeune chien. ”
“ Sylvaine, tremblante, s’était défaite et suivit Kathleen. Nurse Rice s’approcha et lui donna une poignée de main significative.Avec précaution Sylvaine s’agenouilla contre le chevet du lit et, posant sa main sur la main ridée et déformée qui pendait sur le drap :— Oncle Robert, dit-elle, c’est moi.Le son de sa voix agit comme une pile électrique. Le colonel ouvrit les yeux et regarda autour de lui avec une expression d’indicible angoisse. Puis, immobilisant ses regards sur le visage de Sylvaine, il dit très distinctement :— O sœur Mary, c’est vous ? Comme vous avez l’air jeune, darling ! ”
“ Lorsque Nelly fut partie, Sylvaine n’éprouva qu’un immense découragement. Déjà la scène de la veille lui paraissait presque un rêve : la calomnie ne touche vraiment les êtres purs que d’une façon réflexe ; on ne peut souffrir d’une maladie dont on n’est pas atteint... Sylvaine avait entendu avec horreur les mots de Mme Hurstmonceaux à Archie : Vous êtes son amant. ”
“ Mme Gardonne faisait avec satisfaction observer à son mari l’indifférence extérieure de Sylvaine : « Cette petite sera comme sa mère ; elle n’aimera qu’elle-même. » Et le faible M. Gardonne, quoique persuadé de la tendresse de cœur de Sylvaine, n’osait protester. Afin de se dédommager, il profitait de la première occasion de liberté pour caresser paternellement Sylvaine ”
“ Pour elle, la venue soudaine d’Albéric à Londres, sa gaieté, la tendresse qu’il lui témoignait, parurent à Sylvaine la révélation d’un monde nouveau dont la vision la troublait passionnément. Chaque fois qu’ils sortirent seuls ensemble elle éprouva la sensation de partir pour un inconnu où tout était beau et dont la pensée faisait battre son cœur. ”
“ La tristesse de Sylvaine avait persisté, malgré le changement, malgré la radieuse lumière ; les trois femmes vivaient fort indépendantes l’une de l’autre : Mme Caulfield se reposant et se confinant souvent au jardin de l’hôtel, très vaste et très riant ; Kathleen, voyant beaucoup de monde, sortant à bicyclette constamment, et Sylvaine se promenant seule ou avec miss Neville, car le colonel Cecil Blunt était également à Cannes ; sa santé commandait le Midi, et rien n’était plus naturel que sa présence. Sylvaine n’avait jamais eu une minute l’idée d’y être pour quelque chose. ”
“ Il était si évidemment de bonne foi que Sylvaine le regarda avec une sorte d’effarement. Il en eut conscience et ajouta :— On ta raconté des histoires de femmes. N’écoute pas ces histoires, Sylvaine... Je n’aime vraiment qu’une femme... ”
“ Une idée folle traversa la cervelle de Sylvaine. Elle s’imagina qu’Albéric lui faisait la surprise de venir lui souhaiter la bonne année. Ce devait être lui, c’était lui. Quel autre pourrait être admis à cette heure indue ? Car on montait l’escalier. D’un élan elle se leva, s’avançant, tremblante d’une joie délicieuse. On se rapprochait : lentement la porte roula sur ses gonds et, à la stupéfaction de Sylvaine, livra passage à Archie Elliot. Elle eut un mouvement de recul. Dès le seuil, le domestique encore là, il avait dit très haut :— Je suis porteur d’un message de Mme Hurstmonceaux. ”
“ Mme de Nohic avait laissé derrière elle plusieurs cahiers de ses notes personnelles, et Sylvaine y retrouvait sa grand’mère tout entière, avec une intensité vivante qui la remuait profondément. Les menus événements estompés dans le recul des années prenaient une poésie infinie, et Sylvaine percevait à cette lecture que la vie d’une créature pensante est une chose pleine de grandeur. Quand elle se vit seule dans ce milieu nouveau, Sylvaine eut le sentiment qu’en écrivant son journal elle se donnerait un ami toujours présent, qu’elle ne serait plus aussi solitaire ”
“ Mme Hurstmonceaux, étincelante de diamants, un collier de perles de six rangs au cou, trônait dans sa loge ; il y avait de la Royauté dans la salle, et à cause du ténor aimé l’assemblée était des plus brillantes. Sylvaine, habillée d’une robe de gaze noire, en émergeait tel un beau lis voilé de crêpe ; elle s’était coiffée elle-même, comme de coutume ; une simplicité élégante la différenciait de la plupart des femmes présentes, parées à outrance. ”
“ Après l’échange de banalités affectueuses qui tombèrent comme un glas sur le cœur de la pauvre Sylvaine, Albéric, s’armant d’aplomb, lui dit tout à coup, avec un air de fausse gaieté :— Sais-tu, cousinette, que je crois avoir eu une bien bonne idée hier ?— Laquelle ? demanda Sylvaine qui tremblait intérieurement.— Tu te rappelles que j’ai toujours eu l’envie d’exposer ; les vraiment jolis modèles sont rares. Imagine-toi qu’il m’est venu l’inspiration de demander à la belle Mme Duran de me poser son buste, dont je ferai une Minerve idéale, et elle a été assez aimable pour y consentir... ”
“ Un soir, en rentrant à l’hôtel, par une de ces fins de journée du Midi dont le charme est si subtil, Sylvaine marchant seule sur le joli chemin solitaire ressentit tout à coup un désespoir violent. Elle regarda le couchant, les montagnes violettes ; au loin, elle respira les aromes délicieux que le vent apportait, et son cœur se gonfla à éclater. Elle pleura, non à sanglots, mais des larmes chaudes qui lui brûlaient les joues, et elle eut d’elle-même une pitié infinie. ”
“ M. Gardonne, un peu tourmenté, malgré tout, essaya de questionner son fils sur sa mélancolie inaccoutumée, Albéric lui répondit avec amertume :— Oui, j’ai des idées noires ; il fallait t’arranger pour me faire épouser Sylvaine.— Tu en épouseras une autre.— Non, avec mon caractère je n’épouserai jamais quelqu’un que je ne connais pas. Je suis comme Jocrisse.— Eh bien ! épouse Sylvaine, elle n’est pas mariée. Son engouement pour les Anglaises ne durera pas toujours. Qui nous empêche d’aller à Cannes ? La santé de ta mère s’en trouverait à merveille. ”
“ C’est votre devoir, chère, avait dit Mme Caulfield. Et ce mot prononcé doucement avait eu un effet instantané sur Sylvaine. Surmontant toutes ses répugnances, elle s’était déclarée prête à partir, et sans perdre un moment, étouffant ses larmes, s’était mise en voiture.Kathleen vint au-devant de sa cousine dans le hall où, du reste, Boddle avait fait le vide. En une seconde Sylvaine se trouva dans le cabinet de son oncle ; la porte de la chambre était ouverte, et son regard apeuré chercha le lit ; sur l’oreiller la tête du moribond reposait. ”
“ C’est vrai que Mlle Sylvaine est sérieuse ; jamais elle n’a dit qu’elle s’ennuyait. Elle aimait tant sa jolie petite chambre avec une belle vue ; elle l’avait si bien arrangée. Depuis que son départ est décidé, il faut la voir emballer toutes ses affaires, ça fend le cœur ; elle a l’air d’enterrer des personnes, tant ça lui fait de peine. Elle a dit qu’elle ne voulait rien emporter ; qu’on mettrait tout au garde-meuble, parce que M. Albéric, qui a vu son chagrin, a empêché qu’on vende rien, comme Mme Gardonne voulait ; il a eu une discussion là-dessus avec sa belle-mère. ”
“ Sans son cousin, je ne sais pas ce qu’elle serait devenue le jour de la mort de sa bonne-maman, la pauvre Mlle Sylvaine ; mais M. Albéric répétait : « Tu as un frère, Sylvaine, et qui t’aime bien. » Alors elle l’embrassait en pleurant, et il la consolait, la pauvre.— La vie en a, des misères !— Tais-toi, Barrey, on sait ça. Et quel est ce gros monsieur que j’ai vu passer l’autre jour avec votre demoiselle ?— C’est M. Gardonne, l’autre gendre de Madame, le père de M. Albéric. Mademoiselle l’aime beaucoup ; elle croyait qu’elle irait vivre chez lui. ”
“ Elle entra avec grâce, posa ses mains l’une sur le bras de Mme Hurstmonceaux, l’autre en caresse sur l’épaule de Sylvaine, et s’assit à la droite de la loge, Sylvaine se plaçant entre les deux femmes. Dans le fond, M. Mar, le teint éclatant, les cheveux admirablement peignés et brossés, le linge reluisant, renversa sa tête contre la tenture de la loge, dans l’attitude d’un sultan indulgent. ”
“ Quand elles furent rendues au village, Sylvaine bien lasse et Catherine un peu essoufflée, on leur dit que la tante Colette n’y demeurait pas l’été ; mais elle était de la paroisse, et sa maison n’était pas bien loin. Alors on leur montra un petit toit de planches couvert de grosses pierres, avec des sapins tout autour, et on leur dit : — C’est là ; vous n’avez plus qu’une petite heure à marcher, et vous y serez. — Sylvaine manqua perdre courage. Il y avait autant à monter pour arriver à cette maison qu’on avait déjà monté pour gagner le village, et c’était encore plus raide et plus effrayant. ”
“ Catherine n’était guère brave, elle eût voulu se cacher sous le lit, et elle ne pouvait s’empêcher de dire tout haut : — Méchant nuage rose, si j’avais connu ta malice, je ne l’aurais pas mis dans mon tablier ! — Sylvaine recommençait à la gronder, mais l’enfant ne pouvait plus se retenir de parler. — Hélas ! ma petite est folle ! disait Sylvaine à ses voisins. — Bah ! bah ! ce n’est rien, répondaient-ils ; c’est l’orage qui l’a épeurée. Ça sera passé demain. Le lendemain, en effet, c’était passé. Le soleil se leva tout joyeux. ”
“ Mais lady Longarey fut extrêmement désappointée lorsqu’au Savoy, quelques minutes plus tard, elle vit survenir Mme Hurstmonceaux sans Sylvaine.— Qu’est-il arrivé ? Où est la beauté ?On lui donna l’explication.— Il fallait m’avertir, je l’aurais décidée.Puis à son tour elle se résigna et se mit à plaisanter folâtrement avec le colonel Blunt.Pendant ce temps, Sylvaine roulait seule à travers les tristes rues de Londres. La pauvreté générale de l’architecture leur donne, la nuit, lorsque toute vie en est retirée, un aspect particulièrement lugubre. Sylvaine en fut pénétrée. ”
“ La première idée de Catherine fut d’embrasser sa mère en lui jurant qu’elle ne voulait pas la quitter ; mais le lendemain, Sylvaine lui ayant dit que c’était un grand tort de négliger l’occasion de s’instruire elle hésita. Le jour d’après, Sylvaine lui dit : — Nous ne sommes pas riches. Ta grande sœur a déjà trois enfants et le frère aîné en a cinq ; moi, veuve, je crains pour mes vieux jours. Si tu étais riche et savante, tu sauverais toute ta famille. Reste ici ; la tante Colette t’aime beaucoup, tes petits défauts ne la choquent pas, et je la vois disposée à te gâter. ”
“ Sylvaine, qui n’y eût peut-être pas songé sans les paroles de Kathleen, éprouva tout à coup le très vif sentiment de solitude auquel se mêla une peur imprécise. Au départ de Kathleen elle avait éteint une partie de l’électricité, ne gardant d’éclairée que la table où elle lisait ; d’un geste, elle ralluma tout, jetant les yeux autour d’elle avec angoisse. Derrière les grandes portières de tapisserie, soigneusement baissées, il y avait l’autre immense salon, sombre et vide. ”
“ Elle lui sourit doucement, ne sachant que répondre ; la jeunesse ne comprend guère l’amertume des regrets inutiles.Depuis quelque temps, bien des fois, Rakewood avait réfléchi que si, égoïstement, il n’avait pas mis toute sa fortune en viager, il aurait pu adopter Sylvaine, du moins savoir qu’à sa mort elle hériterait de lui, et se créer ainsi un puissant intérêt ; mais l’heure était passée, il ne pouvait plus rien. La tristesse de cette certitude lui creusa deux rides. Sylvaine essaya de le consoler. ”
“ Bonsoir, Nelly.Leurs mains ne se cherchèrent pas ; la porte se ferma et Sylvaine se trouva seule.Elle put alors reprendre haleine, essayer de comprendre ce qu’on venait de lui apprendre. Une pensée dominait toutes les autres : Albéric était perdu pour elle... perdu... Tout son être frémissait d’une sorte de répulsion, et le souvenir affreux d’Archie Elliot essayant de la presser dans ses bras la torturait. Le monde n’était donc que mal, que péché ?...Alors, l’amour si doux, si pur, dont sa grand’mère l’avait entretenue, auquel elle avait cru, n’existait pas. ”
“ Sylvaine aime les choses lugubres ; elle le montre bien par sa persistance désagréable à rester en deuil.Lady Longarey, tout en témoignant une grande sympathie pour les tribulations de Mme Hurstmonceaux, exprima également une vive sollicitude pour Sylvaine.— Il faut que vous exigiez qu’elle prenne l’air ; ce serait mal de la laisser constamment dans la chambre d’un malade. Je viendrai la prendre pour monter à cheval avec nous ; rien de meilleur que l’équitation pour reposer de la fatigue. ”
“ Tais-toi, dit Sylvaine : tu sais que je n’aime pas qu’on parle au hasard pour dire des bêtises qui n’ont pas de sens. C’est bon pour les enfants de deux ans ; mais te voilà trop grande pour faire la folle. Catherine n’osa plus rien dire et s’en fut aux champs quand elle eut déjeuné. Il ne lui restait qu’une petite merlesse, elle l’emporta et s’en amusa une heure ou deux ; mais, comme elle s’était levée de grand matin, elle s’endormit au beau milieu du pré. Elle n’avait plus peur de perdre Bichette ; elle l’avait laissée avec les autres agneaux à la bergerie. ”
