“ L’une de ces épées venait de se briser, un gentilhomme venait d’être blessé. Vautrin comprit qu’il n’avait plus que deux minutes à lui ; il fonça contre les gentilshommes et la foule. Il y eut un recul, puis un remous, des cris, des vociférations, des clameurs d’épouvante. Par un faux mouvement, Philippe Vautrin glissa et faillit tomber. Dans le violent effort qu’il fit pour se maintenir debout, il échappa son chapeau. Mais rapidement il le ramassa. Toutefois, une jeune fille venait de reconnaître, non sans stupeur, Saint-Alvère, et c’était Philomène... ”
Vautrin
Définition et enjeux
Vautrin, film français réalisé en 1943 par Pierre Billon, adapte le personnage ambigu du même nom créé par Honoré de Balzac dans Le Père Goriot et Illusions perdues. Ce film, tourné durant l'Occupation, retrace les manœuvres de Jacques Collin, un forçat passionné par la manipulation, qui oriente Lucien de Rubempré vers la réussite par des moyens discutables.
Les réflexions de Balzac sur l'éthique et la duplicité y sont reprises, notamment à travers ses dialogues où Vautrin domine les autres avec une froideur stratégique. Jean Féron, dans Le mendiant noir, aborde également ce personnage sous un angle dramatique, soulignant son rôle de manipulateur implacable. Ce film, tourné à Fontainebleau et Sarlat, reste un témoignage des adaptations cinématographiques de la littérature balzacienne, marquées par une approche réaliste et un décor soigneusement conçu.
Citations sur “Vautrin”
“ On prend dix noms plutôt qu’un ; il faut jouer avec la police. L’évidence n’a pas besoin de preuves ; niez le soleil, il vous aveugle : l’existence de Vautrin se démontre par la besogne qu’il donne au jury. Mettez des barres d’acier à vos portes. Et tremblez, malgré cela, car il n’y a contre lui ni portes, ni barres, ni serrures. Il est sorcier. On ne disait pas : Vautrin ; le mot est de nous, qui rendons ainsi un hommage volontaire au plus grand portraitiste de ce siècle. Les gens connaissant le Vautrin de Balzac ne formaient pas la millième partie de la rumeur. ”
Honoré de Balzac,
Théâtre de H. de Balzac : Vautrin…
“ VAUTRIN. Imbécile ! L’amour vit de tromperie, et l’amitié de confiance. — Enfin, sois heureux à ta manière. RAOUL. Eh ! le puis-je ? Je me ferai soldat, et... partout où grondera le canon, je saurai conquérir un nom glorieux, ou mourir. VAUTRIN. Hein !... de quoi ? qu’est-ce que cet enfantillage ? RAOUL. Tu t’es fait trop vieux pour pouvoir comprendre, et ce n’est pas la peine de te le dire. VAUTRIN. Je te le dirai donc. Tu aimes Inès de Christoval, de son chef princesse d’Arjos, fille d’un duc banni par le roi Ferdinand, une Andalouse qui t’aime et qui me plaît, non comme femme. ”
