“ Ce fut la première fois de ma vie que je remarquai cette rue du Helder, si mystérieuse, si pleine d’amour et d’intrigues de toutes sortes ; monde à part dans le monde élégant, petites maisons consacrées au plaisir, dont chaque fenêtre porte une silhouette, dont chaque porte est soumise à un signe plus que numérique ; espèce de boudoir à double entrée, l’une consacrée au vieillard opulent, l’autre destinée au jeune homme beau et pauvre ; espèce de champ-d’asile qui tient le milieu entre le vice et l’amour honnête. ”
Rue du Helder
Définition et enjeux
Citations sur “rue du Helder”
“ Je ne saurais vous définir encore cela ; mais la rue du Helder mérite une mention à part dans les rues de Paris ; elle a des bruits qui ne sont qu’à elle, des parfums qui ne sont qu’à elle, des murmures qui ne sont qu’à elle. ”
Alexandre Dumas,
Gabriel Lambert
“ Où la retrouverai-je?—Là où je l'ai vue.—Sur cette borne?—Oui.—Elle y est encore, vous croyez?—J'en suis sûr.—Allons.Il se leva vivement, s'élança vers la porte, je le suivis.Nous sortîmes.Je demeurais à cinq cents pas à peine de chez lui; en arrivant au coin de la rue Taitbout et de celle du Helder, il s'arrêta, et me montrant du doigt quelque chose d'informe que l'on distinguait à peine dans l'ombre.—Là, là, dit-il.—Quoi, là?—Elle.—Cette jeune fille?—Oui. Moi je rentre par la rue du Helder. La maison, comme vous le savez, à une double entrée.... Allez à elle. ”
Adolphe Joanne,
Paris : nouveau guide de l'étranger et du Parisien
(1867)
“ Au n° 26 du boulevard, on a établi, dans de vastes Salons, une exposition permanente de peinture. Les riches magasins d'orfèvrerie, les cafés somptueux, se succèdent sans interruption. Voici plus loin le magasin de Devisme, le célèbre armurier; la rue du Helder, ainsi appelée, sous le Directoire en mémoire de l'expulsion des Anglais du sol batave; et enfin le café de Foy, à l'angle de la rue de la Chaussée-d'Antin. La partie du boulevard qui sépare la rue Taitbout de la rue du Helder est le point central de la fashion. ”
Charles-Lucien Huard,
Paris et ses merveilles, par L. Huard
(1890)
“ La rue du Helder, qu'on rencontre presque tout de suite, a aussi son restaurant célèbre, mais dont la réputation est de plus fraîche date, le cabaret du Lyon d'or, qui d'ailleurs n'est pas absolument sur le boulevard: ce qui lui a permis de se donner une devanture moyen âge tout à fait pittoresque. Un peu plus loin est le théâtre des Nouveautés, dont la façade, si peu monumentale qu'elle est à peine visible à l'œil nu, est flanquée de deux cafés comme il convient à tout théâtre. ”
“ De la rue Drouot à la rue du Helder, elle apercevait ainsi une longue file de carrés blancs et de carrés noirs, dans lesquels les derniers promeneurs surgissaient et s'évanouissaient d'une étrange façon. Les filles surtout, avec la traîne de leur robe, tour à tour crûment éclairées et noyées dans l'ombre, prenaient un air d'apparition, de marionnettes blafardes, traversant le rayon électrique de quelque féerie. Elle s'amusa un moment à ce jeu. Il n'y avait plus de lumière épandue; les becs de gaz s'éteignaient; les kiosques bariolés tachaient les ténèbres plus durement. ”
“ Ce n’est pas l’huissier, ce n’est pas le recors, ce n’est pas le jugement par défaut qui amène rue de Clichy, sous ces verrous peu redoutables, tous ces beaux jeunes gens, le printemps de l’Opéra, de la rue du Helder et du boulevard de Gand : c’est la jeunesse, c’est ce charmant recors qui les va prendre le matin dans leur lit soyeux, et qui, les arrachant à leurs riches tapis, à leurs belles amours, à leurs bronzes dorés, vous leur met la main sur le collet, les jette sur la paille d’un fiacre, et les entraîne dans ces murs où retentissent mille cris de joie. ”
Camille Debans,
La peau du mort
(1880)
“ Toujours à droite, dit Montussan avec conviction. – Il va sans doute traverser le boulevard. – C'est clair, seulement, remarque comme l'endroit est bien choisi. C'est la seule rue au coin de laquelle il n'y a ni cafés, ni surabondance de lumière. – Crois-tu qu'il prenne la rue de la Michodière ? – Non. Le café du Helder éclaire trop les trottoirs par là. Il tournera encore à droite, et nous verrons. Je n'ose rien prédire. En arrivant sur le boulevard, l'homme s'avança vers la chaussée pour la traverser. ”
Gustave Flaubert,
Correspondance de Gustave Flaubert
“ À peine y étais-je (dans la chambre) qu’on se met à clouer une caisse dans l’appartement contigu. Re-promenade dans le même hôtel pour y découvrir un gîte. Bref, à neuf heures, j’en sors et vais à l’hôtel du Helder, où je trouve un abject cabinet, noir comme un tombeau. Mais le calme du sépulcre n’y régnait pas : cris de MM. les voyageurs, roulement des voitures dans la rue, trimbalage de seaux en fer-blanc dans la cour. De 1 heure à 3 heures, je fais mes paquets et quitte le boulevard du Temple. De 4 à 6 heures, avoir tâché de dormir chez Du Camp, rue du Rocher. ”
Georges Servières, Cités d'Allemagne (1902)
“ Une fois le Holstein-Thor passé, cette porte si caractéristique, flanquée d'une double tour ronde en briques, aux toits pointus, si lourde que sous son poids le terrain a fléchi, quand on a pénétré dans la vieille cité commerciale, dont l'architecture archaïque a été si religieusement conservée jusque dans la construction des maisons modernes destinées à remplacer les anciennes, on n'aperçoit de mouvement que dans la rue principale qui la traverse d'un bout à l'autre ; les autres sont froides et désertes. ”
Gabriel Ferry,
Revue des Deux Mondes
“ Quand, encore aveuglé des flots de soleil dont la place est inondée, et qui se brisent en gerbes éblouissantes contre les murs blancs des maisons ou le granit des trottoirs, on pénètre dans cette ruelle tortueuse et obscure, l’œil, d’abord ébloui, ne distingue qu’au bout de quelques instans une autre rue qui coupe celle-ci à angle droit et forme avec elle un sombre carrefour. ”
Adolphe L'Hostis, Au pays du mystère (1928)
“ Comme je l'écrivais plus haut, le quartier européen est magnifique, formé de larges avenues ombragées de flamboyants et de ficus, bordées de coquettes villas dans lesquelles vivent les Européens bien rémunérés, les autres vivent ailleurs. Il n'y a guère, dans la ville même, qu'un seul endroit fréquentable : C'est la rue Paul Bert, où se donne rendez-vous le monde qui aime à s'exhiber. ”
Théophile Lavallée, Histoire de Paris, depuis le temps des gaulois jusqu'en 1850
“ En 1792, on lui donna le nom d'Helvétius, cet écrivain étant né dans cette rue en 1715, et elle garda ce nom jusqu'en 1814. Au coin de la rue des Petits-Champs était un hôtel bâti par Lulli et qui porte encore les attributs de la musique; il fut habité par madame Dubarry pendant la révolution, et c'est là qu'elle fut arrêtée pour être conduite à l'échafaud. Au n° 63 était la communauté des Nouvelles-Catholiques, fondée en 1672 dans une maison qui avait été donnée par Turenne. La rue Sainte-Anne se prolonge jusqu'au boulevard des Italiens sous le nom de rue de Grammont, laquelle date de 1726. ”
M. A. Proust, Le Tour du monde
“ Cette rue est grande, régulière, bordée de boutiques à auvents, et terminée à chacune de ses extrémités par un arc de triomphe. C’est là l’endroit vivant, le quartier animé de la villa ; ailleurs le silence est complet, les rues sont désertes, étroites et taillées à pic dans le rocher. ”
Anatole France,
L’Étui de nacre
“ Dès que l’aube blanchit la fenêtre et jette entre les rideaux, dans la mansarde, ses flèches lumineuses, Gestas ouvre les yeux, se soulève, se secoue comme le chien sans maître qu’un coup de pied réveille, descend à la hâte la longue spirale de l’escalier et revoit avec délices la rue, la bonne rue si complaisante aux vices des humbles et des pauvres. ”
Adolphe Retté,
La seule nuit : roman
(1899)
“ La rue s'allonge comme un couloir de prison. La rue suinte comme une citerne abandonnée. Les Trois désespèrent d'arriver au bout quand, soudain, elle les vomit sur une place plantée d'arbres dont les feuilles susurrent sous un vent frais qui refoule le brouillard. ”
Jean-Baptiste Du Halde, Description de la Chine
“ Toutes les maisons ont un étage, et au-dessous des boutiques ouvertes sur la rue ; sur le derrière est le canal. Le peuple y paraît en foule comme dans les rues les plus peuplées de Paris, sans qu’on y voie aucune femme. Cette rue est ornée de plusieurs arcs de triomphe placés de distance en distance, qui font un très bel effet à la vue. ”
“ Il y a, en premier lieu, les abords qui sont presque toujours dilapidés et enfumés, une rue principale où se brassent les affaires et où trépigne une populace fiévreuse, un quartier retiré où il y a de jolies résidences et aussi quelque fois des demeures prétentieuses, et un quartier pauvre où s’ébattent des enfants dans une cour sans verdure, exiguë, sans autre horizon que des murailles grises. ”
Édouard Fournier,
Enigmes des rues de Paris
(1892)
“ Comme il n'épargnait pas l'argent, ses constructions allèrent bon train ; tandis qu'alentour les terrains restaient vagues et déserts, les maisons s'élevèrent sur le sien comme par enchantement. On lui en tint bon compte dans le quartier. Si du côté de la butte Saint-Roch l'on avait su gré à Michel Villedo de sa première construction, au point de donner son nom à la rue où elle se trouvait ; de même au marais du Temple, en dépit des décisions royales, Charlot devint, de par la voix du peuple, parrain de la rue qu'il avait mis tant d'activité à bâtir. ”
“ La rue le gêne comme un criminel, comme un déserteur, la rue marseillaise mêlée et grouillante où il lui semble qu’à chaque tournant son père, le vieux Bouchereau vont se montrer, lui mettre la main sur l’épaule pour le reprendre et le ramener. ”
Émile Zola,
Le Ventre de Paris
(1873)
“ Dans les Halles, le bruit de la réconciliation courait déjà ; les marchandes, droites à leur banc, se haussant, cherchaient à voir ; d'autres, plus curieuses, quittant leur place, vinrent même se planter sous la rue couverte. Tous les yeux des Halles se tournaient vers la charcuterie. Le quartier était dans l'attente. Ce fut solennel. Quand la Normande déboucha de la rue Pirouette, les respirations restèrent coupées. – Elle a ses brillants, murmura la Sarriette. – Voyez donc comme elle marche, ajouta madame Lecoeur ; elle est trop effrontée. ”
Félix Lazare, Louis Lazare , Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments
“ Le dernier impair est 9 ; le dernier pair, 12. Sa longueur est de 96 m. — 2e arrondissement, quartier Feydeau. Une ordonnance royale du 16 juin 1824, avait adopté entre autres dispositions, l’ouverture d’une rue qui, tracée dans l’axe du palais de la Bourse, se dirigerait vers la rue Grammont. ”
Édouard Fournier,
Enigmes des rues de Paris
(1860)
“ Le nom que nous venons d'écrire méritait mieux que de figurer seulement sur l'écriteau d'une rue de Paris. Michel Villedo avait de droit sa place dans les Biographies auprès des plus intelligents parvenus du travail, gens toujours fort rares, surtout à l'époque où celui-ci vécut, au xvne siècle. ”
François Bournand,
La Terreur à Paris
(1891)
“ Bien entendu, le conseil général de la Commune, composé de citoyens éminents, est enthousiasmé à son tour, et il décrète: « que la rue Sainte-Anne, dans laquelle est née lcphilosophe Helvétius, qui a eu la première idée de notre Révolution, portera dorénavant le nom d'Helvétius 2 ». ”
Georges Cain,
A travers Paris...
(1909)
“ SANS les chercher bien loin, il est encore facile de retrouver en plein coeur de Paris d'anciennes rues, d'antiques maisons nous permettant de reconstituer la physionomie d'un quartier aussi complètement que le ferait une estampe du temps. La rue Montorgueil, par exemple, et les ruelles avoisinantes, la rue Mauconseil,— construite sur l'emplacement de l'ancienne halle aux cuirs, vis-à-vis le « passage de la Reine-de-Hongrie » — la rue Marie-Stuart, la rue Saint-Sauveur, la rue Mandar et la rue Tiquetonne, n'ont guère changé depuis deux cents ans. ”
Robert Hénard, La rue Saint-Honoré (1908-1909)
“ « Le ciel est aristocrate! » disait le peuple qui eut la gaieté courageuse. Le 14, les fédérés et les gardes nationaux, réunis sur les boulevards et rue Royale depuis cinq heures du matin, à demi morts de faim et de froid, furent réconfortés et nourris par les locataires des maisons riveraines qui, rue Saint-Martin et rue Saint-Honoré, leur envoyèrent du pain et des jambons par les fenêtres. Enfin le soleil se montra, sécha les chaussées et les uniformes, éclaira Paris, qui se vidait de ses habitants gagnant en hâte le Champ-de-Mars. ”
Charles Le Brun,
Conférences inédites de l’Académie royale de peinture et de sculpture
“ Il se rencontre dans cette longue rue une large place qui n’a point de pente (le cœcum) ; tout ce qui coule de la rue demeure longtemps dans cette vaste place ; c’est là où les valets et autres pauvres gens qui sont logés dans ce quartier prennent ce qu’il y a de bon pour leur nourriture. ”
Jules Claretie,
Madeleine Bertin (2e édition)
(1869)
“ Alors j'allais à pied, le coeur ulcéré, dans cette longue et triste rue que je n'ai jamais revue sans colère. — Étrange rue 202 MADELEINE BERTIN. que cette rue des Postes, jetée comme un recoin de Bruges entre la place du Panthéon et la fourmillante rue Mouffetard. Sa teinte grise, ses maisons mornes, ses fenêtres grillées, rappellent encore certaines ruelles cléricales des hauteurs de Fourvières. On se sent en pays contrit, les passants sont rares, baissent la tète et longent les murailles, comme des pauvres honteux. De petites vieilles se glissent de porte en porte, comme des larves. ”
“ Et il le mena, rue des Petits-Fossés, visiter la chambre de Bernadette, cette chambre basse et obscure, d'où elle était sortie, le jour où la sainte Vierge lui apparut.La rue des Petits-Fossés part de l'ancienne rue du Bois, aujourd'hui rue de la Grotte, et va couper la rue du Tribunal. C'est une ruelle tortueuse, légèrement en pente, d'une grande tristesse. Les passants y sont rares, elle n'est bordée que de longs murs, de maisons misérables, de façades mornes, où pas une fenêtre ne s'ouvre. Un arbre, dans une cour, en est toute la gaieté.—Nous y sommes, dit le docteur. ”
Abel Hermant,
La dernière incarnation de monsieur de Courpière…
(1937)
“ La rue Royale était barrée, la rue d'Anjou transformée en garage d'omnibus de la Préfecture, et le boulevard en état de siège, ni plus ni moins que tout à l'heure l'avenue Gabriel. Je n'avais plus mon porte-respect, mon agent-concierge, et, pour comble, j'étais en habit. Sous la fourrure, on ne voyait, de ma tenue de soirée, que la cravate blanche, mais on voyait le chapeau de haute forme, on le voyait, selon l'expression consacrée, comme le nez au milieu du visage. ”
Paul Arène,
Paris ingénu
(1882)
“ Le jour, c'est — entre le boulevard EdgarQuinet et l'avenue du Maine — une rue large, aimable et claire, paisible comme une rue de province, et que trouble pour tout événement, de cinq minutes en cinq minutes, le passage de l'omnibus promenant alternativement, des fortifications à la place de l'Hôtel-de-Ville et de la place de l'Hôtel-de-Ville aux fortifications, une colonie de petits employés et de petits rentiers qui, chassés du Paris central par la cherté des loyers, habitent les maisons à jardinet de Plaisance. ”
Philippe Berger, Revue des Deux Mondes
“ La rue est pavée de grandes dalles glissantes en escalier. C’est une succession de longues ogives sombres, entre lesquelles on voit briller la lueur rougeâtre des échoppes, reflétée par les toiles et les planches qui forment toit au-dessus de nos têtes. Çà et là, une porte basse s’ouvre pour un visiteur, laissant passer un rayon de lumière, puis se referme sur lui. Nous arrivons au bazar, qui est mort ; nous le contournons et nous continuons dans la nuit. De temps en temps, un homme nous coudoie en nous dépassant. La rue devient de plus en plus solitaire. ”
“ Fernand, Hélène attendant le saltimbanque sur le boulevard extérieur, Fernand la tenant par la taille dans la rue de Rome, ma nuit de torture passée dans la chambre d’hôtel, l’attente à la fenêtre à interroger le néant noir de la Cité-des-Fleurs, la fièvre me faisant m’asseoir d’heure en heure à ma table et couvrir de phrases incohérentes des feuilles de papier, tout cela me revint à la fois, en une seconde, avec le frisson d’un cauchemar interrompu qui recommencerait. ”
Nathaniel Hawthorne,
La Maison aux sept pignons
(1865)
“ La rue où elle dresse ses vénérables flèches, a depuis longtemps cessé d’appartenir au quartier fashionable de la ville. On s’en aperçoit à l’aspect vulgaire des habitations qui entourent le vieil édifice. Cette rue ayant été élargie il y a quelques quarante ans, la façade se trouve ramenée à l’alignement voulu. Mais la projection du second étage donne à la maison je ne sais quelle physionomie méditative, indiquant les secrets qu’elle garde, les nombreux incidents qu’elle pourrait offrir au moraliste comme sujet de ses observations. ”
