Adolphe Retté

Adolphe Retté

Résumé

Portrait de Adolphe Retté Adolphe Retté La seule nuit : roman (1899)

L'énergie inaccoutumée selon laquelle Jacques avait exposé son désir, cette prédiction de ruine les faisaient frissonner comme s'ils avaient entendu quelque trompette fatidique. Pensifs ils considéraient l'adolescent que la nuit auréolait d'étoiles. Léonard ne put se formuler un jugement ; cette voix, soudain surgie du rêve, le déroutait. Mais le cri de Jean l'avait ému : « Eux aussi, se dit-il, veulent être des dieux ! »
Il y eut un silence. — Enfin le philosophe, évitant de s'adresser directement à son aîné qui lui était antipathique, demanda : « Et Georges, que pense-t-il de ces projets? »
Source : Gallica

Portrait de Adolphe Retté Adolphe Retté La seule nuit : roman (1899)

Ce soir de décembre, au fond de l'estaminet où ils avaient coutume de se donner rendez-vous, Jean, las de son vagabondage sans but à travers la ville et des souvenirs moroses qu'il venait d'égrener, releva la tête, frissonna, et, mal à l'aise, avala son grog d'un trait. Puis il tenta de regarder au dehors. Mais une buée opaque couvrait les vitres. Tout au plus devina-t-il plutôt qu'il n'aperçut quelques passants, vagues comme des ombres, dans le brouillard. Le grésillement monotone de la pluie, le vent qui râlait aux fissures des carreaux l'induisirent à la mélancolie.
Source : Gallica

Portrait de Adolphe Retté Adolphe Retté La seule nuit : roman (1899)

Ils descendent quelques marches de l'escalier qui aboutit à la rue, puis, très ahuris, s'arrêtent. D'instinct, Pierre et Jacques se serrent l'un contre l'autre. Jean frappe du pied et s'irrite de son désarroi.
Devant eux, la ville grouille, gronde, transpire et flamboie. Cent rumeurs se fondent en une harmonie discordante : on dirait le mugissement d'une rivière débordée ou le haut murmure du sang dans les oreilles d'un fiévreux. Parfois, une corne de tramway troue l'ensemble et nasille longuement comme un porc qu'on égorge.
Source : Gallica

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