“ Comme c’est loin, tout cela ! — Le bock demandé ! Le pauvre bougre saisit le bock et le vide d’un seul trait ; puis, à la grande stupéfaction du garçon : — Cette bière n’est pas buvable ! grimace-t-il douloureusement. ”
Bock
Définition et enjeux
Le terme bock désigne, selon les contextes, une bière spécifique, un mot argotique ou une référence historique. Il a été abordé par divers auteurs, comme Alphonse Allais qui l’utilise dans une situation burlesque autour d’un verre de bière, ou Georges Picquart qui évoque le nom allemand Bock en lien avec un général.
Le Dictionnaire de Trévoux en trace l’origine celtique, tandis que Lorédan Larchey le rattache à l’argot, où il désigne un lieu de vie ou un symbole de débauche. Ces approches variées révèlent un concept à la fois concret et symbolique, ancré dans les traditions populaires et les usages linguistiques.
Citations sur “bock”
Georges Picquart,
L’Intellectualité française
“ Bœcklin ? Ce diminutif ne peut être que l’appellation familière sous laquelle on désigne le général allemand von Bock, dont la personnalité est bien connue. Cette familiarité indique évidemment des relations anciennes ; le crime est habituel ! ”
Jésuites et imprimeurs de Trévoux, Dictionnaire de Trévoux/6e édition…
“ Ménage le dérive de buccus, qui se trouve dans la Loi Salique, ou plutôt du celtique bouc. Id. Icquez de buk, mot de la langue des Francs, qui veut dire la même chose, comme bocken chez les Allemands, & chez les Allobroges de qui il nous vient, si l’on en croit Chorier, ou chez les Celtes, comme pense le P. Pezron. Les boucs desséchent & font mourir toutes les plantes où ils portent la dent. C’est pour cela que les Anciens sacrifioient des boucs aux Dieux qui présidoient aux plantes, à Bacchus, à Minerve, &c. ”
Lorédan Larchey,
Dictionnaire historique d’argot…
“ Du vieux mot boque, bouc. Le bouc était l’emblème de la luxure et des querelles. On disait jadis boquer pour frapper. — « Montron, ouvre ta lourde, si tu veux que j’aboule et pionce en ton bocson. » (Vidocq.) BOCAL : Petit appartement. — « Voyons si le susdit bocal est toujours à louer. » (Montépin.) BOCAL : Estomac. — « Au restaurant, le bohème dit qu’il va se garnir le bocal. » (Lespès.) Dans les deux sens, l’allusion s’explique d’elle-même, et les logements parisiens continuent de la mériter. BOCARD : Café. — BOCARD PANNÉ : Petit café. (Petit dictionnaire d’argot, 1844.) V. Boc. ”
“ Régnier, qui s’était caché tout auprès avec son domestique parmi les saules, ne perdit aucun des mouvements de la dame. Elle passa même à deux pas de lui en se rendant à la tour. La blancheur de son corps, qui brillait dans l’obscurité de la nuit, la beauté de sa gorge, toutes ses autres parties, non moins belles, qu’il eut le temps de considérer, excitèrent en lui quelques mouvements de compassion, lorsqu’il se représenta que tout cela allait bientôt se flétrir et disparaître. ”
“ Un galant de la dame qui était dans la maison, et qu’André n’avait ni vu ni entendu, encouragé par les paroles des voisins, courut aussitôt à la fenêtre, et d’une voix fière et terrible : « Qui est là-bas ? » s’écrie-t-il. André lève la tête et voit un homme, qui, autant qu’il en put juger, lui parut un vrai coupe-jarret. Il avait une barbe noire et épaisse ; et, comme s’il sortait d’un profond sommeil, il baissait et se frottait les yeux. « Je suis frère de la dame du logis, » répondit-il tout effrayé de cette voix. ”
Boccace,
Le Décaméron
(1884)
“ Le laboureur, après de nombreuses paroles, ayant mis sur ses épaules la dame qui ne pouvait marcher, la porta enfin sans encombre hors de la tour. La malheureuse servante, qui était restée en arrière, en descendant avec moins de précautions, fit un faux pas, tomba de l'échelle par terre et se rompit la cuisse, sur quoi, de douleur, elle se mit à mugir si fort qu'on aurait dit un lion. Le laboureur, ayant déposé la dame sur un tas d'herbes, alla voir ce qu'avait la servante, et ayant vu qu'elle avait la cuisse rompue, il la porta aussi sur le tas d'herbes, et la posa à côté de la dame. ”
Boccace,
Le Décaméron
(1350-1354)
“ À ce qu’il me semble tu ne veux rien faire aujourd’hui, que je te vois revenir avec tes outils en main ; et si tu fais ainsi, de quoi vivrons-nous ? où prendrons-nous du pain ? Crois-tu que je souffrirai de te voir mettre en gage mes jupes et mes autres nippes ? Moi qui ne fais, le jour et la nuit, que filer, tellement que la chair m’en tombe des ongles, pour pouvoir au moins avoir assez d’huile pour faire brûler notre lampe ! Mari, mari, il n’y a pas de voisine qui ne s’étonne et ne se moque de moi, à cause de la grande peine que j’endure ”
Boccace,
Contes de Boccace
(1850)
“ N'as tu rien entendu, reprit le cordelier, qui te cause quelque doute, et dont tu veuilles t'éclaircir?— Non, mon révérend pèle; je crois tout fermement, et n'ai de doute sur rien ; mais puisque vous me permettez de parler, je vous dirai une chose qui me fait de la peine, et pour vous et pour vos confrères, quand je songe au sort que vous éprouverez dans l'autre vie.— Quelle est donc cette chose, dit le père inquisiteur? — C'est ce mot de l'Evangile, répond le pénitent, où il est dit : Vous recevrez cent pour un. —Il n'est rien de si vrai, reprit le père ”
Boccace,
Contes de Boccace
(1850)
“ Sa femme, qui avait l'esprit occupé de toute autre chose que de son eau, lui dit avec mauvaise humeur qu'une fiole d'eau jetée par inadvertance ne valait pas la peine de faire un si grand fracas, comme si l'eau était si rare. Le chirurgien lui répondit qu'elle était dans l'erreur d'imaginer que ce fût de l'eau commune; il lui dit que c'était une eau composée pour faire dormir, et lui apprit à quoi il l'avait destinée. La femme, comprenant alors que Roger devait l'avoir bue : « C'est ce que j'ignorais, répliqua-t-elle; mais le mal n'est pas grand, il vous sera aisé d'en faire d'autre. » ”
“ « Va lui ouvrir, lui dit-elle, nous avons de quoi le loger et de quoi lui faire un bon souper. » La fille, louant la bonté d’âme de sa maîtresse, se hâta d’aller lui ouvrir ; et, le voyant presque mort de froid, elle le fait entrer dans le bain encore chaud. Vous jugez bien qu’il ne se le fit pas dire deux fois. Le pauvre diable crut ressusciter en sentant cette douce chaleur. Pendant qu’il reprenait ses esprits et ses forces, la charitable dame lui fit chercher un habit parmi ceux de son mari, mort depuis peu de temps. Cet habit lui allait si bien, qu’on eût dit qu’il avait été fait pour lui. ”
“ « Vous avez fait le personnage d’un lâche et perfide chevalier, lui dit-elle en soupirant. Gardastain ne m’a fait aucune violence ; moi seule je vous ai trahi, et c’est moi seule qu’il fallait punir. À Dieu ne plaise qu’après avoir mangé d’une viande aussi précieuse que l’est le cœur du plus aimable et du plus vaillant des chevaliers qui fut jamais, je sois tentée de la mêler avec d’autres, et de prendre jamais de nouveaux aliments ! » Elle se lève de table en achevant ces mots, se jette, sans balancer, par une fenêtre très-élevée, et s’écrase en tombant. ”
“ Ne sachant avec quoi le désaltérer, et craignant que madame ne se doutât de quelque chose si j’allais querir de l’eau ou du vin dans la salle où elle était, j’allai prendre une petite bouteille pleine d’eau que je me souvins d’avoir vue sur la fenêtre. Je la lui donnai ; et après qu’il l’eut bue, je reportai au même endroit cette fiole, pour laquelle vous avez fait tant de bruit. J’avoue ma faute, monsieur, et vous en demande pardon. Qui est-ce qui n’en commet pas quelquefois ? ”
“ La jeune femme étonnée, le crut et le dit à son mari, ajoutant : « S'il est ton ami autant que tu le dis, que ne te fais« tu enseigner cet enchantement ? Tu pourrais me changer en « jument et faire tes affaires avec un âne et une jument. De la sorte, « nous gagnerions le double. Quand nous serions de retour, tu « pourrais me faire redevenir femme, comme je suis. » Compère Pierre, qui était aussi simple que pas un, la crut, goûta le conseil et, du mieux qu'il sut, se mit à solliciter maître Jean de lui enseigner la chose. ”
Boccace,
Contes de Boccace
(1846)
“ Pour faire l'opération d'une manière plus commode, elle fit coucher son mari sur un banc, et dit à sa femme de chambre de le tenir en travers du corps pour qu'il ne pût remuer. Puis, lui ayant fait ouvrir la bouche, elle accroche le davier à une de ses plus belles dents, et la lui arrache avec des efforts violents qui lui faisaient pousser des cris de douleur. Le pauvre homme, étourdi du mal qu'il avait souffert, porta d'abord la main sur sa joue, et donna le temps à sa femme de cacher la dent qu'elle venait de lui arracher et d'en présenter une autre toute pourrie ”
“ Il se décharge au plus vite de ses pierres, et courant à elle d’un air furieux, il la bat, la prend aux cheveux, la jette à terre et lui donne tant de coups de poing, tant de coups de pied, qu’il la laisse presque morte, quoique la pauvre femme s’épuisât à lui demander pardon. ”
Boccace,
Contes de Boccace
(1846)
“ Ce bruit l'arrache à sa profonde rêverie : il lève la tête, prête une oreille attentive, et est fort surpris de voir que les cris partent du milieu du bois. Il le fut bien davantage, lorsque, après avoir porté ses regards de tous côtés, il vit venir à lui, à travers des broussailles, une belle et jeune femme nue, échevelée, ayant le bas de son corps déchiré et sanglant, poursuivie par deux gros mâtins qui la mordaient presque à chaque moment, et dont l'approche lui faisait jeter des cris lamentables. ”
Boccace,
Contes de Boccace
(1850)
“ Je croyais la trouver ce matin dans son lit; mais elle est disparue sans que je sache ce qu'elle est devenue, et vous me voyez fort chagrine, car je crains qu'il ne lui soit arrivé quelque malheur. — Que n'étais-tu avec elle? dit le philosophe d'un ton de mauvaise humeur, afin d'avoir pu me venger de toi comme je me suis vengé d'elle ; mais ce qui est différé n'est pas perdu : je saurai bien te punir tôt ou tard de ta méchanceté. Je t'apprendrai à te moquer des gens de ma sorte. Puis, s'adressant à son valet : — Donne-lui ces habits et dis lui d'aller chercher sa maîtresse si elle veut. ”
Boccace,
Le Décaméron
(1350-1354)
“ Chose merveilleuse à entendre ! celui-ci qui jamais n’avait vu de femmes, sans plus se soucier des palais, ni du bœuf, ni du cheval, ni de l’âne, ni de l’argent, ni des autres choses qu’il avait vues, dit soudain : « — Mon père, je vous prie de faire en sorte que j’aie une de ces oies. — » « — Hé ! mon fils — dit le père — tais-toi ; elles sont mauvaise chose. — » À quoi le jeune garçon, toujours questionnant, dit : « — Oh ! sont-elles ainsi faites, les mauvaise choses ? — » « — Oui, — » dit le père. ”
Boccace,
Contes de Boccace
(1846)
“ A cette nouvelle, le pauvre homme se lamente plus fort, pleure sa femme et son fils, et dit les plus grandes extravagances du monde. Le moine rentra quelque temps après, pour lui apporter de quoi boire et manger. — « Eh quoi ! dit Feronde, est-ce que les morts mangent? »—« Oui, dit le religieux ; oui, ils mangent quand Dieu l'ordonne. La nourriture que je t'apporte est ce que la femme que tu as laissée sur la terre a envoyé ce matin à l'église pour faire dire des messes pour le repos de ton ame ; Dieu veut qu'on te le rende ici. » ”
“ Comme l'abbesse continuait à se répandre en reproches, la jeune fille venant à lever les yeux, vit ce que l'abbesse avait sur la tête, et les liens de la culotte qui pendaient de-çà et de-là ; sur quoi, s'avisant de ce que c'était, elle dit, toute rassurée : « Ma« dame, que Dieu vous soit en aide; rajustez votre coiffe et puis « dites-moi tout ce que vous voudrez. » L'abbesse, qui ne la comprenait pas, dit : « Quelle coiffe, femme coupable? As-tu main" tenant le courage de plaisanter ? Te semble-t-il avoir commis une « chose où les bons mots aient leur raison d'être? » ”
Boccace,
Contes de Boccace
(1846)
“ Pour surcroît de malheur, il ne faisait pas le moindre vent, et un essaim de mouches et de taons la piquaient si cruellement qu'il lui semblait qu'à chaque moment on lui donnait mille coups d'épingle, ce qui lui faisait 1 porter continuellement les mains sur les différentes parties de son corps. Elle maudissait la vie, son amant et Régnier, lorsque, accablée de lassitude, de faim et de soif, elle se lève, et regarde s'il n'y aurait pas quelqu'un dans les environs, résolue de l'appeler à son secours, quoi qu'il dût en arriver. ”
Boccace,
Le Décaméron
(1350-1354)
“ Le soleil qui était déjà très ardent, ayant atteint le milieu de sa course, frappait à découvert et d’aplomb sur le corps tendre et délicat de la dame, et dardait sur sa tête que rien ne protégeait, avec une telle force, que non seulement il lui brûla les chairs, mais qu’il les lui fendit et les lui ouvrit toutes, et la cuisson fut telle qu’elle réveilla l’infortunée qui dormait. ”
Boccace,
Contes de Boccace
(1847)
“ Se voyant ainsi vêtu d'une manière décente, et attendant les ordres de sa bienfaitrice, il se mit à bénir saint Julien de ce secours inattendu et d'un si bon logis. La dame s'étant un peu reposée, se rendit dans une salle, au rez-de-chaussée, où elle avait fait allumer un grand feu, et demanda des nouvelles du marchand. La domestique répond qu'il est habillé, qu'il est bien fait de sa personne, et qu'il a l'air d'un très galant homme. « Dis-lui d'entrer, reprit la dame, il se chauffera, et je le ferai souper avec moi; car il y a toute apparence qu'il a besoin de manger. » ”
“ Le roi ne put voir sans étonnement deux si belles filles ; cependant il ne dit mot, impatient de voir à quoi aboutirait un semblable appareil. Elles passèrent devant le roi, lui firent avec timidité une profonde révérence, et gagnèrent ensuite l’entrée du vivier. Elles posent à terre ce qu’elles portent, et s’étant munies, l’une du filet, l’autre du bâton, elles entrent dans l’eau et s’y plongent jusqu’au sein. Un des domestiques de Néri allume du feu, verse de l’huile dans la poêle, en attendant que les nouvelles naïades lui jettent du poisson. ”
Boccace,
Contes de Boccace
(1846)
“ « Cela est très-possible, répliqua la dame ; mais il estaisé de s'en convaincre. » Et, dans ce dessein, elle le conduit près de la fenêtre, et lui ayant fait ouvrir la bouche : — « Ciel ! quelle infection ! s'écria-t-elle ; vous avez une dent non-seulement gâtée, mais pourrie ; je m'étonne que vous l'ayez pu souffrir si longtemps. Si vous ne la faites promptement arracher, soyez sûr qu'elle gâtera les autres.» - « Cela n'est pas douteux, dit Nicostrate; je vais envoyer quérir sur-le-champ un chirurgien. » ”
Boccace,
Le Décaméron
(1350-1354)
“ Pendant qu’ils continuaient ainsi tous deux fort discrètement, il advint qu’il tomba entre les mains du médecin un malade qui avait mal à une jambe. Le maître ayant vu son cas, dit à ses parents que, si on ne lui enlevait pas un os pourri qu’il avait dans la jambe, il faudrait la lui couper ou sinon qu’il mourrait, et qu’en lui extrayant l’os, il pourrait guérir, mais qu’il ne l’entreprendrait qu’en le considérant déjà comme un homme mort. À quoi ceux à qui le malade appartenait ayant consenti, ils le lui laissèrent pour être opéré dans ces conditions. ”
Boccace,
Contes de Boccace
(1846)
“ Fédéric, qui entendait tout cela, fut bientôt au fait; ses soupçons se dissipèrent; et, malgré la mauvaise humeur que lui causait ce contre-temps, il eut bien de la peine de s'empêcher de rire quand il entendit cracher le mari par ordre de sa femme. Il disait alors en lui-même : Puisse-t-il cracher les dents. La conjuration ayant été répétée par trois fois, les conjurateurs retournèrent au lit. Fédéric, qui comptait souper avec sa maîtresse, et qui avait bien saisi le sens de l'oraison, courut au jardin, et emporta chez lui les poulets, les œufs frais et le vin, et soupa de fort bon appétit. ”
Boccace,
Contes de Boccace
(1850)
“ Le saint solitaire admira et loua beaucoup son zèle ; mais, la trouvant jeune, tout-à-fait gentille, et craignant que le diable ne le tentât s'il se chargeait de son instruction, il ne crut pas devoir la retenir. «Ma fille, lui dit-il, il y a un saint homme non loin d'ici beaucoup mieux en état que moi de t'instruire. Je t'indiquerai sa demeure pour que tu puisses aller le joindre; mais il faut auparavant que tu prennes quelque nourriture. » Et il lui donna à manger des racines, des dattes, des pommes sauvages, et lui fit boire de l'eau fraîche. ”
Boccace,
Le Décaméron
(1350-1354)
“ « — Eh ! comme cela te sied bien ! Tu étais allé voir quelque autre femme, et tu voulais paraître devant elle avec honneur dans ta robe d’écarlate. Or, ne te suffisais-je pas, moi ? Ma mie, je suffirais à tout un peuple, et non seulement à toi. T’eusse-t-on aussi bien noyé comme on t’a jeté là où tu méritais d’être jeté. Voilà, par ma foi, un honnête médecin ! Il a femme, et il va la nuit chercher les femmes des autres ! — » Et pendant que le médecin se faisait laver du haut en bas, la dame ne cessa de le tourmenter jusqu’à minuit avec de semblables reproches et bon nombre d’autres. ”
