“ L’épisode des disciples d’Emmaüs [805] est un des récits les plus fins, les plus nuancés qu’il y ait dans aucune langue. L’Évangile de Luc est le plus littéraire des Évangiles. Tout y révèle un esprit large et doux, sage, modéré, sobre et raisonnable dans l’irrationnel. Ses exagérations, ses invraisemblances, ses inconséquences tiennent à la nature même de la parabole et en font le charme. Matthieu arrondit les contours un peu secs de Marc ; Luc fait bien plus ; il écrit, il montre une vraie entente de la composition. ”
Évangile de Luc
Définition et enjeux
Citations sur “Évangile de Luc”
“ Il est clair que si ces titres sont exacts, les évangiles, sans cesser d’être en partie légendaires, prennent une haute valeur, puisqu’ils nous font remonter au demi-siècle qui suivit la mort de Jésus, et même, dans deux cas, aux témoins oculaires de ses actions. Pour Luc d’abord, le doute n’est guère possible. L’évangile de Luc est une composition régulière, fondée sur des documents antérieurs. C’est l’œuvre d’un homme qui choisit, élague, combine. L’auteur de cet évangile est certainement le même que celui des Actes des Apôtres. ”
“ À peine est-il une anecdote, une parabole propre à Luc qui ne respire cet esprit de miséricorde et d’appel aux pécheurs. La seule parole un peu dure qui ait été conservée de Jésus [728] devient chez lui un apologue plein d’indulgence et de longanimité. L’arbre infructueux ne doit pas être trop vite coupé ; un bon vigneron s’oppose aux emportements du propriétaire, et demande à fumer la terre au pied de l’arbre malheureux avant de le condamner tout à fait [729] . L’Évangile de Luc est par excellence l’Évangile du pardon et du pardon obtenu par la foi. ”
Marie-Joseph Lagrange,
Évangile selon saint Luc, par le P. M.-J. Lagrange…
(1921)
“ Elles sont donc un patrimoine commun, et comme d'ailleurs elles font bien partie de l'évangile de Luc, c'est donc que Luc, comme tous les chrétiens, a retenu et transmis ce dogme capital, énoncé par le Christ lui-même. Il'est vrai que Le. a omis le mot précis de Jésus (Me. x, 45; Mt. xx, 28) , qu'il est venu « donner sa vie comme rançon pour beaucoup ». Cela vient peut-être de ce que tout ce point du service de Jésus a été renvoyé par lui à la Cène (xxu, 24-27) . Il n'aura pas voulu répéter dans un nouveau contexte ce qui venait d'être dit si solennellement. ”
Marie-Joseph Lagrange,
Évangile selon saint Luc, par le P. M.-J. Lagrange…
(1921)
“ Aujourd'hui on ne va pas jusque dans les Indes, on dit que la religion de Jésus a réussi parce qu'elle a été présentée par Paul comme une religion de salut, à la façon des mystères. Mais qu'y a-t-il de mystérieux dans l'appel de Dieu, dans le cri de détresse du prodigue, dans l'amour repentant de la pécheresse? Et il se trouve que cet évangile de pardon est aussi le plus exigeant, on dirait presque le plus dur, et il faut le dire, le plus dur à l'égoïsme des jouisseurs. Comme Paul, Luc connaissait l'entraînement sensuel qui entraînait le monde antique à méconnaître en l'homme l'image de Dieu. ”
Marie-Joseph Lagrange,
Évangile selon saint Luc, par le P. M.-J. Lagrange…
(1921)
“ Le tout est de contrôler les témoignages et les vraisemblances. Nous ne songeons pas un instant à contester que le récit de Luc est empreint de surnaturel à toutes les lignes. Mais aussi est-ce l'entrée dans le monde de Jésus-Christ, sanctificateur de tant d'âmes. Ce qui est tout à fait extraordinaire et de nature à gagner la confiance, c'est que ce Sauveur luimême ne parait dans toute cette histoire que comme un enfant, dont la précocité n'apparaît que vers sa douzième année. Cette simplicité, cette sobriété donnent une leçon à ceux qui prêtent aux enfants de génie tant de traits mirifiques. ”
Marie-Joseph Lagrange,
Évangile selon saint Luc, par le P. M.-J. Lagrange…
(1921)
“ Tous les disciples de Paul le savaient. Le Fils de Dieu était venu pour sauver les hommes du péché, il les avait aimés et s'était livré pour eux (Gai. 11, 20) . Le troisième évangile pourrait aussi bien se résumer dans ce mot : Jésus-Christ est le Sauveur des hommes. Cette idée d'un homme Sauveur était alors très répandue. Ce n'est que depuis vingt ans à peine que nous pouvons comprendre comment le début de l'évangile de Luc est une réponse aux préoccupations officielles des hommes, comme la naissance du Sauveur fut une réponse divine à leurs aspirations plus intimes vers le salut. ”
Alfred Loisy,
L'Évangile selon Luc
(1924)
“ Il est vrai que le contrôle ne peut pas s'exercer pour l'évangile de la même façon que pour les Actes, vu l'impossibilité de discerner, à première vue, dans l'évangile une source authentique de la vie de Jésus, laquelle source, émanant d'un premier auteur, aurait été traitée par le rédacteur comme l'a été la relation de Luc dans les Actes. ”
Marie-Joseph Lagrange,
Évangile selon saint Luc, par le P. M.-J. Lagrange…
(1921)
“ Saint Luc est le patron de la peinture chrétienne. Et certes elle lui doit plus qu'à personne. C'est dans son évangile que les peintres du moyen âge et de la renaissance ont pris leurs thèmes favoris, l'Annonciation, la Visitation, l'adoration des bergers, la présentation au Temple, l'enfant Jésus parmi les docteurs, la pécheresse, les disciples d'Emmaüs, et tant d'autres. ”
“ Luc, compagnon de Paul, a-t-il écrit un évangile ? Sur ce point il manque un témoignage de l’antiquité et du poids de celui de Papias pour Matthieu et Marc. Mais il y a, en faveur de cet évangile, un témoignage d’une espèce particulière qui, sans pour cela provenir absolument de Luc, provient du moins d’un compagnon de Paul ; ce témoignage est dans les Actes des apôtres : on doit conclure, d’après le préambule du troisième évangile et celui des Actes (et pour le reste la teneur de ces deux livres ne contredit aucunement cette conclusion) qu’ils sont du même écrivain ou du même compilateur. ”
Marie-Joseph Lagrange,
Évangile selon saint Luc, par le P. M.-J. Lagrange…
(1921)
“ La prière qui demande est inspirée à chacun par ses besoins. C'est surtout l'Église qui a la fonction de rendre gloire à Dieu. Le troisième évangile lui a fourni ses cantiques : le Gloria in excelsis à la messe, le Magnificat aux Vêpres, le Nunc dimitlis aux Complies. Le Benedictus, aux premières lueurs de l'aurore, salue celui qui est Oriens ex alto. Cette apparition radieuse du Sauveur fait luire dans tous les cœurs la reconnaissance après la joie. Parmi les termes favoris de Luc nous relèverons cette sainte joie, louer Dieu, bénir Dieu, glorifier Dieu, dont le nom revient si souvent (1) . ”
“ Enfin il rapporte les paroles de l’institution de l’Eucharistie avec une nuance verbale par où il diffère des deux premiers synoptiques, pour suivre la rédaction de son maître saint Paul [8] . L’Évangile de saint Luc une fois reconnu pour authentique, et nous avons vu que ce point est admis par les critiques de toutes les écoles, on trouve en lui tous les motifs désirables de crédibilité ; il est même rare qu’un historien ait écrit dans des circonstances plus favorables à la confiance qu’il doit inspirer. ”
Irénée de Lyon,
Les Pères de l’Église
“ Cet hérésiarque se plaît à mutiler l’évangile selon saint Luc, et surtout ce qui est relatif à la généalogie de Jésus-Christ, altère les paroles où le Seigneur se dit le Fils du Créateur universel ; il se donne pour être lui-même plus véridique que les apôtres qui nous ont transmis l’Évangile, qu’il donne par lambeaux à ses disciples. ”
Évangile selon Luc, Nouveau Testament
“ Jésus lui répondit : Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel ont des nids : mais le Fils de l’homme n’a pas un lieu où il puisse reposer sa tête. Il dit à un autre : Suis-moi. Et il répondit : Seigneur, permets-moi d’aller d’abord ensevelir mon père. Mais Jésus lui dit : Laisse les morts ensevelir leurs morts ; et toi, va annoncer le royaume de Dieu. Un autre dit : Je te suivrai, Seigneur, mais permets-moi d’aller d’abord prendre congé de ceux de ma maison. Jésus lui répondit : Quiconque met la main à la charrue, et regarde en arrière, n’est pas propre au royaume de Dieu. ”
Évangile selon Luc, Nouveau Testament
“ Mais Jésus menaça l’esprit impur, guérit l’enfant, et le rendit à son père. Et tous furent frappés de la grandeur de Dieu. Tandis que chacun était dans l’admiration de tout ce que faisait Jésus, il dit à ses disciples : Pour vous, écoutez bien ceci : Le Fils de l’homme doit être livré entre les mains des hommes. Mais les disciples ne comprenaient pas cette parole ; elle était voilée pour eux, afin qu’ils n’en eussent pas le sens ; et ils craignaient de l’interroger à ce sujet. Or, une pensée leur vint à l’esprit, savoir lequel d’entre eux était le plus grand. ”
Évangile selon Luc, Nouveau Testament
“ Le lendemain, lorsqu’ils furent descendus de la montagne, une grande foule vint au-devant de Jésus. Et voici, du milieu de la foule un homme s’écria : Maître, je t’en prie, porte les regards sur mon fils, car c’est mon fils unique. Un esprit le saisit, et aussitôt il pousse des cris ; et l’esprit l’agite avec violence, le fait écumer, et a de la peine à se retirer de lui, après l’avoir tout brisé. J’ai prié tes disciples de le chasser, et ils n’ont pas pu. Race incrédule et perverse, répondit Jésus, jusqu’à quand serai-je avec vous, et vous supporterai-je ? Amène ici ton fils. ”
Les Évangiles synoptiques : traduction et commentaire (1894)
“ Mais la place assignée à l'oraison dominicale dans saint Luc (XI, 1-4) n'autorise pas à dire que Jésus aurait enseigné cette prière à ses disciples longtemps après qu'il eut prononcé le Discours sur la montagne. Rien n'empêche d'admettre, et il est même beaucoup plus probable qu'il la leur a enseignée de très bonne heure, en particulier, comme le dit saint Luc, et non dans un discours adressé à la foule, comme on pourrait le supposer d'après saint Matthieu. Le discours sur les trois œuvres suit assez naturellement l'exposé doctrinal sur le rapport de l'Évangile et de la Loi. ”
“ Ce n’est sûrement que par conjecture que nous rattachons Lucanus et son Évangile à la société chrétienne de Rome au temps des Flavius. Il est certain cependant que le caractère général de l’œuvre de Luc répond bien à ce qu’exige une telle hypothèse. Luc, nous l’avons déjà remarqué, a une sorte d’esprit romain ; il aime l’ordre, la hiérarchie ; il a un profond respect pour les centurions, pour les fonctionnaires romains et se plaît à les montrer favorables au christianisme [695] . Par un tour habile, il réussit à ne pas dire que Jésus a été crucifié, insulté par les Romains [696] . ”
Évangile selon Luc, Nouveau Testament
“ Luc 15 Tous les publicains et les gens de mauvaise vie s’approchaient de Jésus pour l’entendre. Et les pharisiens et les scribes murmuraient, disant : Cet homme accueille des gens de mauvaise vie, et mange avec eux. Mais il leur dit cette parabole : Quel homme d’entre vous, s’il a cent brebis, et qu’il en perde une, ne laisse les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour aller après celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il la retrouve ? ”
Évangile selon Luc, Nouveau Testament
“ Marie a choisi la bonne part, qui ne lui sera point ôtée. Luc 11 Jésus priait un jour en un certain lieu. Lorsqu’il eut achevé, un de ses disciples lui dit : Seigneur, enseigne-nous à prier, comme Jean l’a enseigné à ses disciples. Il leur dit : Quand vous priez, dites : Père ! Que ton nom soit sanctifié ; que ton règne vienne. Donne-nous chaque jour notre pain quotidien ; pardonne-nous nos péchés, car nous aussi nous pardonnons à quiconque nous offense ; et ne nous induis pas en tentation. ”
Marie-Joseph Lagrange,
Évangile selon saint Luc, par le P. M.-J. Lagrange…
(1921)
“ Ils y travailleront comme il l'a fait lui-même. Ce règne a ses vicissitudes que nous avons essayé d'indiquer. Il faudrait être aveugle pour ne pas constater que Jésus a mis en garde ses disciples contre des illusions messianiques aussi bien que contre les menaces et les mauvais traitements. Il a vraiment fondé ce que Luc voyait en mouvement sous ses yeux, une église militante, conquérante à la manière du Sauveur. Elle n'est pas synonyme de règne de Dieu, mais elle avance le règne de Dieu. Elle est autre chose que l'ancien peuple de Dieu. Le Christ glorieux reviendra quand le moment sera venu. ”
Les Évangiles synoptiques : traduction et commentaire (1894)
“ L'Évangile de saint Luc serait fondé d'une part sur saint Marc, de l'autre sur une version du Matthieu hébreu, ce qui est encore, à peu de chose près, l'opinion des anciens. Tout serait donc pour le mieux dans le meilleur des systèmes exégétiques. Par malheur, une hypothèse n'est solide que dans la mesure où elle s'appuie sur des faits bien constatés et peut servir en expliquer d'autres. Jusqu'à quel point l'usage de mots différents dans les récits parallèles de saint Matthieu et de saint Luc prouve-t-il que les évangélistes employaient des versions diverses de l'Évangile hébreu ? ”
Marie-Joseph Lagrange,
Évangile selon saint Luc, par le P. M.-J. Lagrange…
(1921)
“ Il a lu quelque chose de semblable pour Moïse et Aaron, dont l'origine est indiquée au moment où ils vont commencer les miracles devant le Pharaon (Ex. vi, 14-27 ; Plum.) . Mais la vraie raison est sans doute que Luc voulait mettre le sceau à la doctrine de la filiation divine de Jésus par l'affirmation du Père céleste, avant d'indiquer la série de ses ancêtres selon le droit humain. Aussi cette généalogie termine-t-elle plutôt la première partie, le pré-évangile, qu'elle n'inaugure l'évangile lui-même; tout au plus c'est une transition à la vie active. ”
“ L’authenticité de l’Évangile qui porte le nom de saint Luc a en sa faveur le témoignage unanime de l’antiquité ; nous n’insisterons pas sur ce point que la critique corrosive de nos jours a dû respecter [4] . Les caractères intrinsèques du livre sont d’ailleurs parfaitement d’accord avec les données historiques sur son auteur. L’histoire nous présente saint Luc comme un médecin d’Antioche ”
Alfred Loisy,
Les origines du Nouveau Testament
(1936)
“ « Aujourd'hui », aurait dit le Christ, « cette Ecriture s'accomplit en vos oreilles » (Luc, IV, 16-21) . L'opinion des « gnostiques » aurait donc été professée d'abord, et publiquement, par Jésus lui-même. Nous allons voir par quel procédé Irénée accommode la donnée de Luc à la chronologie qu'il dit être celle du quatrième Evangile. Ils suppriment de la vie (du Seigneur) la période qui fut la plus importante et la plus honorable, celle de la complète maturité de l'âge, où l'enseignement lui procurait le respect universel. Comment a-t-il pu avoir des disciples, s'il n'a pas enseigné ? ”
Marie-Joseph Lagrange,
Introduction à l'étude du Nouveau Testament…
(1933)
“ Luc, qui suivait Paul, a déposé dans un livre l'évangile que son chef avait prêché. Ensuite Jean transmit l'évangile à Éphèse, lui, disciple du Seigneur, qui avait reposé sur son sein (1) . L'intention est évidente. Les Apôtres sont la seule source de toute tradition, orale ou écrite. Si deux disciples, Marc et Luc, ont écrit des évangiles, ce n'étaient à proprement parler que les évangiles de Pierre et de Paul. Luc a encore écrit les Actes, mais comme disciple et même collaborateur des Apôtres, surtout de Paul (2) . ”
Marie-Joseph Lagrange,
Évangile selon saint Luc, par le P. M.-J. Lagrange…
(1921)
“ Nous avons cherché à mettre en relief un caractère singulier de Luc, l'imitation du style de la Bible grecque. S'il y a là quelque chose de voulu, c'est artistique plutôt qu'artificiel. Luc a senti que c'était une convenance du sujet de ne point traiter la tradition évangélique selon les procédés de la prose grecque élégante. C'eût été s'exposer à la défigurer; c'cût été en tout cas lui imposer un vêtement qui n'était pas fait pour elle. Corriger Me. dans le sens du grec, et cependant s'inspirer de l'ancienne manière d'écrire l'histoire sacrée, ce n'était pas trahir l'évangile. ”
Marie-Joseph Lagrange,
Évangile selon saint Luc, par le P. M.-J. Lagrange…
(1921)
“ Le paulinisme de Le. est donc ce qu'il devait et pouvait être dans l'évangile. Comme historien, Luc n'avait pas à y introduire les controverses plus récentes, et qu'il n'y en ait pas trace, cela prouve son objectivité. Pour lui il est clair que les gentils sont affranchis de la loi; ils n'ont même pas à s'occuper des subtilités rabbiniques. C'est toujours la même chose. Luc n'invente rien pour soutenir sa manière de voir; on peut la deviner quelquefois à son silence. Toutefois, disciple de Paul, il a pu lui emprunter certaines expressions. ”
Alfred Loisy,
Les Évangiles synoptiques. 1
(1907-1908)
“ Luc, qui évite les doubles emplois, s'attache à la source la plus complète, où l'affaire des signes suivait de près celle de Beelzeboul, et ne s'est inspiré du second Évangile que dans la façon d'amener la question K La correspondance n'est pas très exacte entre le discours de Jésus et le préambule que fournissent les rédacteurs, puisque les solliciteurs de miracles sont quelques scribes, d'après Matthieu, quelques personnes de la foule, d'après Luc, et que Jésus condamne en masse la génération contemporaine. ”
