“ Un portrait de Jésus fini, arrêté, classique, n’aurait pas eu tant de charme. L’agada, la parabole, ne veulent pas de contours nets. Il leur faut la chronologie flottante, la transition légère, insoucieuse de la réalité. C’est par l’Évangile que l’agada juive est arrivée à la vogue universelle. Cet air de candeur a séduit. Celui qui sait conter s’empare de la foule. Or savoir conter est un rare privilège ; il faut pour cela une naïveté, une absence de pédantisme, dont n’est guère capable le docteur solennel. ”
Ernest Renan
Résumé
Ernest Renan, dans Les Évangiles, explore les origines et l'évolution du christianisme à travers une analyse des textes fondamentaux de la tradition chrétienne. En mettant en évidence les figures de Jésus, des Évangélistes (Matthieu, Marc, Luc) ainsi que des personnages historiques tels que Trajan ou Domitien, l'auteur examine les tensions entre le judaïsme, les écrits chrétiens et les enjeux politiques de l'Empire romain.
Renan souligne la force narrative des Évangiles, leur style accessible et leur rôle dans la propagation des idées judéo-chrétiennes, tout en interrogeant les divergences entre la spiritualité et la réalité sociale de l'époque. Ce travail, riche en éléments historiques et religieux, révèle une réflexion sur la genèse d'une doctrine qui façonna l'histoire de l'Occident.
Citations de Evangiles (Ernest Renan)
“ Flavius Clemens et Flavia Domitilla ne paraissent pas avoir été de véritables membres de l’Église de Rome. Comme tant d’autres Romains distingués, ils sentaient le vide du culte officiel, l’insuffisance de la loi morale qui sortait du paganisme, la repoussante laideur des mœurs et de la société du temps. Le charme des idées judéo-chrétiennes agit sur eux. Ils reconnurent de ce côté la vie et l’avenir ; mais sans doute ils ne furent pas ostensiblement chrétiens. Nous verrons plus tard Flavie Domitille agir plus en Romaine qu’en chrétienne et ne pas reculer devant l’assassinat d’un tyran. ”
“ Le monde voulait vivre encore ; l’empire, malgré la chute des Jules et des Flavius, trouvait en sa forte organisation militaire des ressources que les provinciaux superficiels ne soupçonnaient pas. Trajan, que le choix de Nerva venait de porter à l’empire, était un très-grand homme, un vrai Romain, maître de lui-même, froid dans le commandement, d’une attitude digne et grave. Il avait sûrement moins de génie politique qu’un César, qu’un Auguste, qu’un Tibère ; mais il leur était supérieur par la justice et par la bonté ; pour les talents militaires, il ne le cédait qu’à César. ”
