“ Le Fils de Dieu est unique. Paraître un moment, jeter un éclat doux et profond, mourir très-jeune, voilà la vie d’un dieu. Lutter, disputer, vaincre, voilà la vie d’un homme. Après avoir été depuis trois cents ans le docteur chrétien par excellence, grâce au protestantisme orthodoxe, Paul voit de nos jours finir son règne ; Jésus, au contraire, est plus vivant que jamais. Ce n’est plus l’Épître aux Romains qui est le résumé du christianisme, c’est le Discours sur la montagne. Le vrai christianisme, qui durera éternellement, vient des Évangiles, non des Épîtres de Paul. ”
Résumé
Ernest Renan consacre son ouvrage Saint Paul à l’analyse du rôle ambigu de l’apôtre dans l’histoire du christianisme. À travers une réflexion sur les Épîtres de Paul et son conflit avec les Juifs et les Gentils, l’auteur explore la tension entre la théologie païenne et la doctrine chrétienne, mettant en lumière la suprématie des Évangiles par rapport aux écrits de l’apôtre.
Les citations soulignent le débat entre la foi active et la lettre de la Loi, ainsi que la place de Paul comme fondateur des doctrines théologiques. L’ouvrage, publié au XIXe siècle, interroge la pérennité du christianisme à travers les paradoxes de son fondateur.
Citations de Saint Paul (Ernest Renan)
“ Paul est le père du subtil Augustin, de l’aride Thomas d’Aquin, du sombre calviniste, de l’acariâtre janséniste, de la théologie féroce qui damne et prédestine à la damnation. Jésus est le père de tous ceux qui cherchent dans les rêves de l’idéal le repos de leurs âmes. Ce qui fait vivre le christianisme, c’est le peu que nous savons de la parole et de la personne de Jésus. L’homme d’idéal, le poëte divin, le grand artiste défie seul le temps et les révolutions. Seul il est assis à la droite de Dieu le Père pour l’éternité. ”
“ Ne suis-je pas apôtre ? N’ai-je pas vu Jésus, notre Seigneur ? N’êtes-vous pas mon œuvre dans le Seigneur ? Si pour d’autres je ne suis pas apôtre [1339] , au moins le suis-je pour vous ; car vous êtes le sceau de mon apostolat, mon apologie contre ceux qui me mettent en cause. N’aurions-nous pas le droit de vivre à vos frais ? N’aurions-nous pas le droit de mener partout avec nous une femme sœur, comme les autres apôtres, et les frères du Seigneur, et Céphas ? Barnabé et moi, sommes-nous les seuls qui n’aient pas ce droit ? Qui jamais a servi l’État à ses propres frais ? ”
“ Une femme est adultère, si du vivant de son mari elle manque à la loi du mariage ; mais, après la mort du mari, il n’y a plus d’adultère possible. Le Christ, en tuant la Loi, nous a donc soustraits à la Loi et gagnés à lui. Mort à la chair, qui portait au péché, mort à la Loi, qui faisait ressortir le péché, le chrétien n’a plus qu’à servir Dieu « dans la nouveauté de l’esprit, et non dans la vétusté de la lettre ». La Loi était spirituelle, mais l’homme est charnel. Il y a deux parts dans l’homme, l’une qui aime et veut le bien, l’autre qui fait le mal, sans que l’homme en ait conscience. ”
“ C’est seulement par Aquila et Priscille qu’il connaissait l’apôtre, dont bientôt, sans le vouloir, il allait être le rival. Chez ces populations légères, brillantes, superficielles des bords de la Méditerranée, les factions, les partis, les divisions sont un besoin social. La vie sans cela paraît ennuyeuse. Pour se procurer la satisfaction de haïr et d’aimer, d’être excité, jaloux, triomphant à son heure, on se bute souvent sur les choses les plus puériles. L’objet de la division est insignifiant ; c’est la division qu’on veut et qu’on cherche pour elle-même. ”
“ Une telle race, on le comprend, eût accueilli Jésus par un sourire. Il était une chose que ces enfants exquis ne pouvaient nous apprendre : le sérieux profond, l’honnêteté simple, le dévouement sans gloire, la bonté sans emphase. Socrate est un moraliste de premier ordre ; mais il n’a rien à faire dans l’histoire religieuse. Le Grec nous paraît toujours un peu sec et sans cœur : il a de l’esprit, du mouvement, de la subtilité ; il n’a rien de rêveur, de mélancolique. Nous autres, Celtes et Germains, la source de notre génie, c’est notre cœur. ”
“ L’homme d’action est toujours un faible artiste, car il n’a pas pour but unique de refléter la splendeur de l’univers ; il ne saurait être un savant, car il règle ses opinions d’après l’utilité politique ; ce n’est même pas un homme très-vertueux, car jamais il n’est irréprochable, la sottise et la méchanceté des hommes le forçant à pactiser avec elles. Jamais surtout il n’est aimable : la plus charmante des vertus, la réserve, lui est interdite. Le monde favorise les audacieux, ceux qui s’aident eux-mêmes. Paul, si grand, si honnête, est obligé de se décerner le titre d’apôtre. ”
“ C’est moi, Paul, qui vous le dis : Si vous vous faites circoncire, Christ ne vous servira de rien. Je déclare, d’un autre côté, à tout homme qui se fait circoncire que, par ce seul acte, il s’engage à observer toute la Loi. Vous n’avez plus rien de commun avec Christ, vous tous qui cherchez la justification dans la Loi ; par cela seul, vous êtes déchus de la grâce. Nous, qui sommes initiés à l’Esprit, c’est de la foi que nous attendons l’espérance de la justification ; car en Christ Jésus circoncision ou prépuce n’importe ; ce qui importe, c’est la foi devenant active par l’amour. ”
“ Ce fut un homme d’action éminent, une âme forte, envahissante, enthousiaste, un conquérant, un missionnaire, un propagateur, d’autant plus ardent qu’il avait d’abord déployé son fanatisme dans un sens opposé. Or l’homme d’action, tout noble qu’il est quand il agit pour un but noble, est moins près de Dieu que celui qui a vécu de l’amour pur du vrai, du bien ou du beau. L’apôtre est par nature un esprit quelque peu borné ; il veut réussir, il fait pour cela des sacrifices. Le contact avec la réalité souille toujours un peu. ”
“ Terre de klephtes et d’artistes, la Grèce n’a plus de rôle original le jour où le monde entre dans la voie de la richesse, de l’industrie, de l’ample consommation ; elle ne produit que le génie ; on s’étonne en la parcourant qu’une race puissante ait pu vivre sur ce tas de montagnes arides, au milieu desquelles un fond de vallée qui a quelque humidité, une petite plaine d’un kilomètre font crier au miracle ; jamais on ne vit si bien l’opposition qu’il y a entre l’opulence et le grand art. La Macédoine, au contraire, ressemblera un jour à la Suisse ou au sud de l’Allemagne. ”
“ « Malheureux homme que je suis ! qui me délivrera de ce corps de mort ? Grâces à Dieu, par Jésus-Christ, notre Seigneur [28] ! » Le vrai chrétien, étant délivré de la Loi et de la concupiscence, est donc à l’abri de la damnation, par la miséricorde de Dieu, qui a envoyé son fils unique prendre une chair de péché, semblable à la nôtre, pour détruire le péché. Mais cette délivrance n’a lieu que si l’homme rompt avec la chair et vit selon l’Esprit. La sagesse de la chair est la grande ennemie de Dieu ; elle est la mort même. L’Esprit, au contraire, est la vie. ”
“ Si tous, au contraire, prophétisent, et qu’il entre un incrédule ou un ignorant, il est sur-le-champ entrepris par tous ; tous le confondent, le jugent, les choses cachées au fond de son cœur sont révélées ; frappé de ce qu’il voit et de ce qu’il entend, il tombe la face contre terre, adore Dieu et reconnaît que Dieu est vraiment avec vous. Que conclure de tout cela, frères ? Quand vous vous rassemblez, que chacun ait son psaume, sa leçon, sa révélation, son exercice de langues, son interprétation, rien de mieux, pourvu que tout se fasse pour l’édification. ”
“ Paul voudrait être anathème pour ses frères en Israël ; c’est pour lui une grande tristesse, une continuelle peine de cœur de songer à cette race noble, élevée si haut en gloire, qui eut le privilège de l’adoption, de l’alliance, de la Loi, du vrai culte, des promesses, qui a eu les patriarches, dont le Christ est sorti selon la chair. Mais Dieu n’a pas manqué à ses promesses. Pour être issu d’Israël, on n’est pas vrai Israélite ; on est héritier des promesses par le choix et la vocation de Dieu, non par le fait de la naissance. ”
“ Pour moi, j’ai toujours pensé qu’en effet Dieu a fait de nous autres apôtres les derniers des hommes, des malheureux qu’on réserve pour la mort, offerts en spectacle, comme dans un amphithéâtre, au monde, aux anges et aux hommes. Nous sommes des fous pour Christ, vous êtes des sages en Christ ; nous sommes faibles, vous êtes forts ; vous êtes glorieux, nous sommes obscurs. Jusqu’à cette heure, notre vie s’est passée à avoir faim et soif, à souffrir la nudité, à être souffletés, à errer çà et là, à travailler sans relâche de nos mains. ”
“ Pour le Grec, en effet, la nature est une conseillère d’élégance, une maîtresse de droiture et de vertu ; la « concupiscence », cette idée que la nature nous induit à mal faire, est un non-sens pour lui. Le goût de la parure qui distingue le palicare, et qui se montre avec tant d’innocence dans la jeune Grecque, n’est pas la pompeuse vanité du barbare, la sotte prétention de la bourgeoise, bouffie de son ridicule orgueil de parvenue ; c’est le sentiment pur et fin de naïfs jouvenceaux, se sentant fils légitimes des vrais inventeurs de la beauté. ”
“ Les œuvres de la chair sont la fornication, l’impureté, la lasciveté, l’idolâtrie, les maléfices, les haines, les disputes, l’envie, les colères, les altercations, les factions, les hérésies, les jalousies, l’ivresse, les débauches et autres choses semblables... Le fruit de l’esprit, au contraire, est l’amour, la joie, la paix, la patience, l’honnêteté, la bonté, la foi, la douceur, la tempérance. Contre de telles choses, il n’y a pas de Loi. Ceux qui sont acquis à Christ Jésus ont crucifié leur chair avec ses passions et ses désirs... ”
“ C’est un bonheur pour les gentils que les Juifs aient un moment failli à leur vocation, puisque c’est à leur défaut et grâce à leur défaillance que les gentils ont pu leur être substitués. Mais, si une défaillance du peuple juif, si un moment de retard de sa part a été le salut du monde, que sera son entrée en masse dans l’Église ? Ce sera vraiment la résurrection. Si les prémices sont saintes, toute la masse l’est aussi ; si la racine est sainte, les rameaux le sont aussi. ”
“ L’Épître aux Galates est un morceau si extraordinaire, l’apôtre s’y peint avec tant de naïveté et de sincérité, qu’il serait souverainement injuste de tourner contre lui un document qui fait tant d’honneur à son talent et à son éloquence. Les soucis d’une étroite orthodoxie ne sont pas les nôtres ; à d’autres il appartient d’expliquer comment on peut être un saint, tout en malmenant le vieux Céphas. On ne rabaisse pas Paul au-dessous du commun des grands hommes, quand on montre que parfois il fut emporté, passionné, préoccupé de se défendre et de combattre ses ennemis. ”
“ La religion était une des causes de ces faveurs exceptionnelles. Essentiellement municipale et politique à son origine, ayant pour base les mythes relatifs à la fondation de la ville et à ses divins protecteurs, la religion d’Athènes ne fut d’abord que la consécration religieuse du patriotisme et des institutions de la cité. C’était le culte de l’Acropole ; « Aglaure » et le serment que prêtaient sur son autel les jeunes Athéniens n’ont pas d’autre sens ; à peu près comme si la religion consistait chez nous à tirer à la conscription, à faire l’exercice et à honorer le drapeau. ”
“ Il faut du temps et bien des expériences pour arriver à voir qu’aucun dogme ne vaut la peine de résister en face et de blesser la charité. Paul n’est pas Jésus. Que nous sommes loin de toi, cher maître ! Où est ta douceur, ta poésie ? Toi qu’une fleur enchantait, et mettait dans l’extase, reconnais-tu bien pour tes disciples ces disputeurs, ces hommes acharnés sur leur prérogative, qui veulent que tout relève d’eux seuls ? Ils sont des hommes, tu fus un dieu. Où serions-nous, si tu ne nous étais connu que par les rudes lettres de celui qui s’appelle ton apôtre ? ”
“ Il ne faut pas s’y tromper : si quelqu’un parmi vous paraît être sage aux yeux du siècle, qu’il devienne fou pour redevenir réellement sage ; car la sagesse du monde est folie devant Dieu. N’est-il pas écrit : « Il prend les sages dans leurs finesses [67] », et encore : « Le Seigneur connaît les pensées des sages, et sait qu’elles sont vaines [68] » ? Que personne donc ne cherche sa gloire dans les hommes [69] . Tout est à vous, Paul, Apollos, Céphas, le monde, la vie, la mort, le présent, l’avenir. Tout est à vous, dis-je ; vous, vous êtes à Christ, et Christ est à Dieu. ”
“ Il n’est pas du nombre de ces gens qui se vantent eux-mêmes et s’en vont colporter de droite et de gauche leurs titres de recommandation. Sa lettre de recommandation à lui, c’est l’Église de Corinthe. Cette lettre, il la porte en son cœur ; elle est lisible pour tous ; elle est écrite non à l’encre, mais par l’esprit du Dieu vivant, non sur des tables de pierre, mais sur les tables du cœur. Il ne se mesure qu’à sa propre mesure, il ne se compare qu’à lui-même. ”
“ Quand on interroge l’apparition, on se répond tout ce qu’on veut ; le spectre brille un instant, disparaît vite ; on n’a pas le temps de l’interroger à loisir. La pensée du rêveur ne lui appartient pas ; dans cet état-là, on n’a nulle présence d’esprit. Voir le Fils hors de sa chair ! mais cela est impossible ; on en mourrait. L’éclat surhumain de cette lumière tuerait. Même un ange, pour se rendre visible, est obligé de revêtir un corps ! ”
“ Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas l’amour, je suis un airain sonnant, une cymbale retentissante. Quand j’aurais le don de prophétie, quand je connaîtrais tous les mystères, quand je posséderais toute science, quand j’aurais une foi suffisante pour transporter les montagnes, si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien. Je transformerais tous mes biens en pain pour les pauvres, je livrerais mon corps aux flammes, si je n’ai pas l’amour, cela ne me sert de rien. L’amour est patient ”
“ Toute chair n’est pas une même chair : autre est la chair des hommes ; autre la chair des bêtes ; autre la chair des oiseaux ; autre la chair des poissons. Il y a des corps célestes et des corps terrestres ; autre est la gloire des premiers, autre est la gloire des seconds. Autre est la gloire du soleil, autre la gloire de la lune, autre la gloire des étoiles. Une étoile même diffère en gloire des autres étoiles. Il en sera de même à la résurrection des morts. Semé corruptible, le corps renaît incorruptible ; semé humble, il renaît glorieux ; semé faible, il renaît fort. ”
“ La gravité fanatique des Latins déplaît à ces races vives, sereines, légères. L’infirme n’y est pas abattu : il voit doucement venir la mort ; tout sourit autour de lui. Là est le secret de cette gaieté divine des poëmes homériques et de Platon : le récit de la mort de Socrate dans le Phédon montre à peine une teinte de tristesse. La vie, c’est donner sa fleur, puis son fruit ; quoi de plus ? Si, comme on peut le soutenir, la préoccupation de la mort est le trait le plus important du christianisme et du sentiment religieux moderne, la race grecque est la moins religieuse des races. ”
“ La circoncision ne fait pas le vrai juif ; le païen qui observe bien la loi naturelle vaut mieux que le juif qui n’observe pas la loi de Dieu. Les juifs n’ont-ils donc pas quelque prérogative ? Sans doute, ils en ont une : c’est à eux que les promesses ont été faites ; l’incrédulité de plusieurs d’entre eux n’empêchera pas ces promesses de s’accomplir. Mais la Loi par elle-même n’a pu faire régner la justice ; elle n’a servi qu’à créer le délit et à le mettre en évidence. En d’autres termes, les juifs, comme les gentils, ont vécu sous l’empire du péché [19] . ”
“ Quant au temps et au moment où s’accompliront ces mystères, vous n’avez pas besoin, frères, qu’on vous en écrive ; car vous savez bien que le jour du Seigneur viendra comme un voleur pendant la nuit. C’est quand on parlera de paix, de sécurité, que subitement tombera sur les hommes la destruction, comme les douleurs tombent sur la femme enceinte, et ils n’y échapperont pas. Mais vous, frères, vous n’êtes pas dans les ténèbres pour que le jour vous surprenne comme des voleurs [85] . Vous êtes tous fils de la lumière et fils du jour ; nous ne sommes pas gens de la nuit et des ténèbres. ”
“ TROISIÈME VOYAGE DE PAUL. — FONDATION DE L’ÉGLISE D’ÉPHÈSE. Moins grand, moins possédé du démon sacré qui s’était emparé de ses entrailles, Paul se fût usé dans ces querelles stériles. Pour répondre aux petits esprits, il eût été obligé de se faire petit lui-même ; ces misérables disputes l’eussent absorbé. En génie supérieur, Paul les dédaigna. Il marcha droit devant lui, et laissa au temps le soin de décider entre lui et ses ennemis. La première règle de l’homme voué aux grandes choses est de refuser aux hommes médiocres le pouvoir de le détourner de son chemin. ”
“ Est-on appelé circoncis, ne pas dissimuler la circoncision ; est-on appelé incirconcis, ne pas se faire circoncire ; est-on vierge, rester vierge ; est-on marié, rester marié ; est-on esclave, ne pas s’en soucier, et, même si l’on peut se libérer, rester esclave [865] . « L’esclave appelé est l’affranchi du Seigneur ; l’homme libre appelé est l’esclave de Christ [866] . » Une immense résignation s’emparait des âmes, rendait tout indifférent, répandait sur toutes les tristesses de ce monde l’amortissement et l’oubli. L’église était une source permanente d’édification et de consolation. ”
“ Quand on est arrivé à connaître le Père céleste, celui qu’on adore en esprit et en vérité, on n’est plus d’aucune secte, d’aucune religion particulière, d’aucune école. On est de la religion vraie ; toutes les pratiques deviennent indifférentes ; on ne les méprise pas, car ce sont des signes qui ont été ou sont encore respectables ; mais on cesse de leur prêter une vertu intrinsèque. Circoncision, baptême, pâque, azymes, sacrifices, tout cela devient également secondaire. On n’y pense plus. Aucun incirconcis, d’ailleurs, ne se mit nettement avec Jésus, de son vivant ”
“ Dieu, qui les a justifiés ? — Qui les condamnerait ? Christ, qui est mort et ressuscité, qui est assis à la droite de Dieu, qui intercède pour nous ? Impossible. « Que peuvent donc contre nous les tribulations, les angoisses, la persécution, la faim, la nudité, les périls, le glaive ? Pour moi, ajoute Paul, je suis certain que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les Puissances, ni le présent ni l’avenir, ni les forces d’en haut ni les forces d’en bas, ni rien au monde, ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu en Christ Jésus, notre Seigneur [1569] . » ”
“ C’est là que paraît dans tout son jour la grande pensée de l’apôtre : la Loi n’importe ; les œuvres n’importent ; le salut ne vient que de Jésus, fils de Dieu, ressuscité d’entre les morts. Jésus, qui, aux yeux de l’école judéo-chrétienne, est un grand prophète, venu pour accomplir la Loi, est aux yeux de Paul une apparition divine, rendant inutile tout ce qui l’a précédé, même la Loi. ”
“ Le rêve qui avait été l’âme du mouvement d’idées provoqué par Jésus continuait encore d’être le dogme fondamental du christianisme : tout le monde croyait à l’avènement prochain du royaume de Dieu, à la manifestation inopinée d’une grande gloire, au milieu de laquelle le Fils de Dieu apparaîtrait. L’idée qu’on se faisait de ce merveilleux phénomène était la même que du temps de Jésus. « Une grande colère », c’est-à-dire une catastrophe terrible, est près de venir ; cette catastrophe frappera tous ceux que Jésus n’aura pas délivrés. ”
“ Le goût du travail était tenu pour une vertu. Paul, en bon ouvrier, reprenait énergiquement la paresse et l’oisiveté, et répétait souvent ce naïf proverbe d’homme du peuple : « Que celui qui ne travaille pas ne mange pas [73] . » Le modèle qu’il concevait était un artisan rangé, paisible, appliqué à son travail, goûtant tranquillement et le cœur en repos le pain qu’il a gagné [74] . Que nous sommes loin de l’idéal primitif de l’Église de Jérusalem, toute communiste et cénobitique, ou même de celle d’Antioche, toute préoccupée de prophéties, de dons surnaturels, d’apostolat ! ”
