“ Comme Apollos, Cérinthe était né juif, et, avant de connaître le christianisme, avait été imbu de philosophie judéo-alexandrine. Il embrassa la foi de Jésus d’une manière toute différente des bons Israélites qui croyaient le royaume de Dieu réalisé en l’idylle de Nazareth, et des païens pieux qu’un instinct secret attirait vers cette forme mitigée du judaïsme. Son esprit d’ailleurs paraît avoir eu peu de fixité et s’être volontiers porté d’un extrême à l’autre. ”
Cérinthe
Définition et enjeux
Citations sur “Cérinthe”
Alfred Loisy,
Histoire du canon du Nouveau Testament…
(1891)
“ Le respect de la tradition avait empêché Caius de suivre les aloges dans la réprobation du quatrième Évangile ; le même sentiment empêche Denys d'attribuer à l'hérétique Cérinthe un livre qui est honoré dans l'Église : c'est la différence des temps qui permet à Caius plus de témérité, qui impose à Denys plus de prudence. Celui-ci avoue qu'il n'ose pas condamner un livre qui est grandement estimé de plusieurs : il aime mieux croire que l'Apocalypse est un livre mystérieux, dont l'intelligence de l'homme ne saisit pas toute la profondeur. ”
Alfred Loisy,
Histoire du canon du Nouveau Testament…
(1891)
“ Saint Jude, en employant ces livres ne les canonise pas ; mais on ne peut soutenir sérieusement qu'il les condamne ou qu'il ne s'en est pas servi. On ne saurait davantage admettre, avec certains exégètes contemporains (1) , que Caius n'a pas attribué l'Apocalypse à Cérinthe, le témoignage d'Eusèbe à ce sujet ne visant pas l'Apocalypse de saint Jean ; ou que Denys d'Alexandrie, parlant de ceux qui, avant lui, ont contesté l'authenticité de ce livre, n'a pas eu en vue Caius et d'autres auteurs catholiliques, mais seulement des hérétiques (2) . ”
Henri de Régnier,
Revue des Deux Mondes
“ La grappe de midi s’égrène au campanile, Et le soleil vineux ruisselle sur le mur ! L’été brûle alentour la campagne et la ville ; Le marbre qui la pave est, au talon, du feu, Tandis que cuit au toit la braise de la tuile Le ciel est presque sombre à force d’être bleu, Une tristesse ardente accable le silence Où les cloches d’or lourd se taisent peu à peu. Il fait chaud. Mon ombre me pèse, et je commence, Dans un vertige, à voir le cloître tout entier Qui semble, de soleil ivre jusqu’à la danse, Autour de moi tourner au pas de ses piliers. ”
Hans Werner, Revue des Deux Mondes
“ Combien c’est une chose imposante et délicieuse que de contempler à loisir le spectacle des étoiles, et d’aspirer le vent du soir, quand on est enfermé d’ordinaire en une sombre galerie où l’air et la clarté du ciel ne pénètrent qu’à travers des vitraux peints ! Tu ne peux pas comprendre quelle céleste musique éveillaient dans ma poitrine toutes ces voix de la nature, toi, mon neveu, dont la statue, exposée au grand air, entend chaque matin le chœur de la végétation, et baigne ses lèvres dans la rosée ! ”
Gérard Walch, Anthologie des poètes français contemporains
“ Nos fils pourront aimer et rêver sous leurs dômes, Le poète adorer la nature et chanter ; Dans l’ombreux labyrinthe où tu vois des fantômes, Un idéal plus pur viendra les visiter. Croissez sur nos débris, croissez, forêts nouvelles ! Sur vos jeunes bourgeons nous verserons nos pleurs ; D’avance je vous vois, plus fortes et plus belles, Faire un plus doux ombrage à des hôtes meilleurs. Vous n’abriterez plus de sanglants sacrifices ; L’Age emporte les dieux ennemis de la paix. ”
Alfred Marchand, Les Poètes lyriques de l'Autriche… (1886)
“ A l'heure où s'ouvre la mystérieuse fleur de poésie, il monte dans une gondole et se dirige par les lagunes, vers la haute mer. Les palais, baignés dans la lueur magique de la lune, resplendissent d'un éclat inconnu du jour, comme des nixes qui se contemplent, la nuit, dans le miroir des flots et ne confient qu'à l'oeil rêveur et discret de l'astre nocturne le spectacle de leurs charmes inviolés. La vue de ces fleurs de marbre gigantesques fait remonter au coeur du poète le souvenir de l'âge inspiré qui vit naître ces monuments de la beauté. ”
Percy Bysshe Shelley,
Œuvres poétiques complètes de Shelley
“ Il est comme le murmure prodigieux qui s’élève autour d’une ruine solitaire et que les échos du rivage font entendre le soir à l’enthousiaste errant ; il est plus doux que le soupir du vent d’ouest ; il est plus fantastique que les notes sans mesure de cette étrange lyre dont les génies des brises touchent les cordes. Ces lignes de lumière irisée sont comme des rayons de lune tombant à travers les vitraux d’une cathédrale ; mais les nuances sont telles qu’elles ne peuvent trouver de comparaison sur la terre. ”
Henry Jouin, La sculpture aux salons de 1881… (1884)
“ Il faut que, sous le ciel, de soleil inondée, Debout sous les flambeaux d'un grand temple doré, Ou seule avec la nuit dans un antre sacré, Au fond des bois dormants comme au seuil d'un théâtre, La figure de pierre, ou de cuivre, ou d'albâtre, Porte divinement sur son front calme et fier La beauté, ce rayon, la gloire, cet éclair. ”
Germain Nouveau,
Poésies d’Humilis et vers inédits
“ Quand le parvis plein d’ombre éteint toutes ses voix, Ô cathédrales, je vous vois Semblables au navire émergeant de l’eau brune, Et vos clochetons fins sont des mâts sous la lune ; D’invisibles ris sont largués, Une vigie est sur la hune, Car immobiles, vous voguez, Car c’est en vous que je vois l’arche Qui, sur l’ordre de Dieu, vers Dieu s’est mise en marche ”
Robert Caze, Poèmes rustiques (1880)
“ Il emplit tes rameaux d'une musique austère, Et tu semblés alors garder l'écho des chants Qui jettent dans les nefs chrétiennes un mystère D'harmonie et d'éclats sonores et touchants. Laissant monter à toi les lierres et les mousses, Tu domines l'espace avec sérénité. A tes pieds tortueux croissent les jeunes pousses, Et tu peux être fier de ta postérité. Attaché fermement au vieux sol, tu t'accroches Tout au fond ; ta racine avec vigueur se tord Et plonge hardiment entre deux grandes roches : Plus tu fouilles la terre et plus tu deviens fort. ”
Alphonse de Lamartine,
Jocelyn
“ Du ciel à la terre elles répandent une rosée qui rafraîchit le sol aride, et l’agitation de leurs ailes remplit les espaces sonores d’une ineffable harmonie. Quel spectacle ! mais, hélas ! ce n’est qu’un spectacle ! Où te saisir, nature infinie ? ”
Ernest Duvergier de Hauranne,
Revue des Deux Mondes
“ J’y peux même jeter une pierre sans l’exposer à la triste aventure de bondir de roche en roche et de rouler à travers l’espace sans jamais trouver de repos. Le spectacle n’en est pas moins surprenant et terrible. Imaginez une galerie horizontale brusquement interrompue : profondeur sombre sous les pieds, profondeur sombre au-dessus de la tête. Un pont de bois franchit le précipice. Imaginez enfin le silence, la solitude, l’atmosphère étouffée et sépulcrale, et nos deux ombres penchées sur l’abîme à la lueur faible de nos lampes vacillant dans les ténèbres. ”
Victor Hugo,
Théâtre en liberté
“ Il y a telle pièce, l’Épée, qui est une épopée, quelque chose comme une page des Châtiments mise en action, un morceau splendide, ample et vertigineux, digne de la Légende des Siècles. À l’autre bout du volume, c’est la Forêt mouillée, causerie exquise dont les interlocuteurs sont les branches d’arbres, les gouttes de pluie, les oiseaux, les fleurs, les cailloux du chemin, les nuages et aussi deux ou trois humains égarés au milieu de cette nature animée et bavarde : fantaisie adorable. ”
François-René Salmon, Les pélerinages de Paris (1874)
“ C'est un miroitement magique où l'argent et l'or, le cinabre et l'azur, les émeraudes, les améihistes et les rubis dansent et flamboient aveé des lueurs étranges, sous le pavillon du ciel bleu qui scintille au-dessus de vos têtes. Un instant encore, et chacune de ces merveilles, dont l'harmonie se con- fond, va reprendre son rang, et toutes les notes de cet immense concert vont chanter tour à tour, sur ce clavier sonore, un hymne tel que le monde n'en entendit jamais. ”
Alain-Fournier,
Propos sur le christianisme
(1924)
“ Il faudrait donc, dit l’autre, un théâtre plus solidement planté ; des décors de pierre convenables pour tout drame humain, et qui fassent réellement comme un fond de tableau pour le spectacle de notre vie. Une architecture qui assemble les formes des abris naturels et celles de nos toits. De puissants échos qui détournent de crier, et qui ramènent la parole au chant, et le chant lui-même à la décence. ”
Gabriel Tarde, Fragment d'histoire future (1904)
“ On s'attendait à un sépulcre, et on ouvre les yeux dans les plus brillantes et les plus interminables galeries d'art qui se puissent voir, dans des salons plus beaux que ceux de Versailles, dans des palais enchantés où toutes les intempéries, la pluie et le vent, le froid et la chaleur torride sont inconnus ; où des lampes sans nombre, soleils par l'éclat, lunes par la douceur, répandent perpétuellement dans les profondeurs bleues leur jour sans nuit ! ”
Jules Cornély,
Le czar et le roi : souvenirs et impressions de voyage
(1884)
“ Je viens de voir des palais et des temples, où les hommes ont entassé toutes les splendeurs que puisse enfanter leur imagination ; des palais et des temples où il s'est établi entre Dieu et le Czar une sorte de joute, à qui s'entourera de plus d'or, de diamants, de splendeurs artistiques. Je viens de voir des cortèges fabuleux et des foules innombrables ; je viens d'entendre cinq cent mille voix humaines essayant de dominer, dans un concert monstre, les voix de cent pièces de canon et de deux mille cloches. ”
Henri Blaze,
Revue des Deux Mondes
“ Jamais machiniste d’Opéra ne déroula sous vos yeux plus étonnans contrastes. A chaque pas que vous faites, le décor change, les lieux se transforment comme par magie ; vous sortez d’une caverne effroyable pleine de bruits souterrains, de mystères et d’enchantemens, et vous voilà dans quelque riante vallée dont les moelleux tapis de gazon frais dédommagent vos pieds des aspérités du rocher voisin ”
Joseph Bonin, Biographies de l’honorable Barthélemi Joliette et de M. le Grand vicaire A. Manseau
“ Au bruit continuel des chûtes, aux notes plaintives des oiseaux nocturnes, joignez le spectacle du soleil couchant, qui, à travers les branches des arbres fait miroiter ses rayons sur les toits et les vitraux de l’édifice abandonné en y projetant les lueurs de l’incendie, et vous aurez une idée des indescriptibles sentiments qu’un pareil spectacle doit inspirer aux âmes, tant soit peu impressionnables et sensibles. ”
Charles Des Guerrois, Le poème de la cathédrale : octante et sept sonnets (1895)
“ L'âme est le pur rayon d'inquiète beauté. 7 août 1894. LVII Gronde comme la mer, ô vieille cathédrale, Quand l'orgue que remplit un souffle mugissant Du son prodigieux qui monte, grandissant Ou s'atténue en brise, imite la rafale. Gronde comme la mer, la puissance inégale Qui porte, tourbillon, l'albatros frémissant, Ou porte l'alcyon sur la vague glissant : Pousse le cri de l'aigle ou sois chant de cigale. Nous sommes dans le rêve, aigle ou doux alcyon, Terrifiés, joyeux, le front sous le rayon, Emportés dans la nuit du foudroyant nuage. ”
Pierre Loti,
Japoneries d’automne
(1889)
“ Derrière nous un paravent déployé dans toute sa longueur, comme la toile de fond d’un décor au théâtre, représente un inquiétant paysage : le ciel est tout en or vert, uniformément, avec une seule bande de nuages noirs. ”
Victor Hugo,
Œuvres complètes de Victor Hugo
“ Sous le dôme étoilé qui sur nos fronts flamboie ; J’écoute si d’en haut il tombe quelque bruit ; Et l’heure vainement me frappe de son aile Quand je contemple, ému, cette fête éternelle Que le ciel rayonnant donne au monde la nuit. ”
George Sand,
La Comtesse de Rudolstadt
(1843)
“ Pour la première fois de sa vie, elle se fit une idée merveilleuse d’une nuit de concert ou de bal, et, comme Cendrillon, elle souhaita que quelque bonne fée l’enlevât dans les airs et la fit entrer dans le palais enchanté par une fenêtre, fût-ce pour y rester invisible, et y jouir de la vue d’une réunion d’êtres humains animés par le plaisir. ”
Joseph Prades, Forêts : mélanges (1920-1921)
“ Mais le mythe s’écroule et la forêt persiste, Je suis toujours le temple insondable, éternel, Que l’orgue de la brise emplit, joyeux ou triste, Le temple où vient rêver le poête ou l’artiste, Et d’où monte un encens végétal vers le ciel. ”
Auguste Rodin,
Les Cathédrales de France
“ Un guide me prend la main et je me déplace dans cette nuit qui monte jusqu’à la voûte. De la lumière au delà de ces cinq colonnes. Elles prennent le biais qui les éclaire. Les nervures, les arcs-doubleaux, les ogives semblent des drapeaux entre-croisés comme aux Invalides. J’avance... Forêt magique. On ne voit plus le haut des cinq colonnes. Les lueurs, qui traversent horizontalement les balustrades, y mènent des rondes infernales. Le jour, on est au ciel, ici, et, la nuit, en enfer. Nous sommes descendus aux enfers comme Dante... Violentes oppositions. Il y a comme un éclairage de torche. ”
Catulle Mendès,
Les oiseaux bleus
“ Qu’étiez-vous devenues, clairières vertes et dorées où l’on dansait au clair des étoiles, fourrés de roses, buissons d’épines épanouies, grottes où le sommeil souriait sur les mousses d’or, dans les parfums et les musiques, et vous, palais souterrains aux murailles de cristal, qu’illuminaient, les jours de fêtes, mille lustres de vivantes pierreries ? ”
André Chénier,
Œuvres complètes de André Chénier…
“ Pour vous, rayonnant d’or, de jaspe, de porphire, Un temple par mes mains doit s’élever un jour. Sous vos lois j’y rassemble une superbe cour Où de toits les climats brillent toutes les belles : Elles règnent sur tout, et vous régnez sur elles. ”
Joris-Karl Huysmans,
Croquis parisiens
(1880)
“ Alors qu' on monte à la galerie supérieure de la salle , escaladant au milieu de femmes dont les traines bruissent , en serpentant sur les marches , un escalier où la vue d' une statue de plâtre , tenant en main des becs à gaz , rappelle immédiatement l' entrée d' une maison suspecte , la musique s' engouffre à votre suite , affaiblie d' abord , puis éclatante et plus nette qu' autre part au tournant de la cage . ”
Auguste Rodin,
Les Cathédrales de France
(1914)
“ N'avons-nous pas trouvé la vie de la sculpture en rêvant dans les bois? Pourquoi l'architecte aurait-il été moins favorisé que le sculpteur? Et la forêt continue à me produire une impression voisine de celle que je reçois de la Cathédrale. L'une me renvoie à l'autre. Toutes deux réveillent ma jeunesse. Devant cette église, voici qu'irrésistiblement je me souviens d'une forêt, et je la revois. La forêt où rêva ma jeunesse est sévère. Elle n'a pas d'oiseaux. L'horizon est presque partout fermé, limité par la muraille des arbres. Mais l'atmosphère humide avive les couleurs. ”
“ Une grande montagne, qui l’environne de tous les côtés, fait un théâtre qui par la multitude et la hauteur des arbres dont elle est couverte, et par les ruisseaux qu’elle jette avec une abondance prodigieuse, ouvre mille et mille scènes qui sont, sans exagération, plus surprenantes que celles de l’Opéra. ”
René Ménard, L’Exposition internationale de Londres
“ La conception de ce drame, où le bourreau est inconscient et la victime inconnue, est répulsive bien plutôt qu’émouvante, et c’est surtout par la magie de la couleur que l’artiste a voulu nous captiver. Le dôme de la salle réfléchit une lumière frisante qui se joue sur les lignes de mosaïque, les murs, les piliers, les arcades, et s’accroche aux pendentifs, aux stalactites, aux ornemens tout brillans d’or et de couleurs resplendissantes. ”
Adolphe Badin, Grottes et cavernes (1867)
“ Après mille détours on arrive sous une arche élevée et grandiose, où la voix résonne et se répercute en traînant comme sous les arceaux d'une cathédrale. Parfois la Mer morte déborde et s'élève à une hauteur de soixante pieds ; quelquefois même la galerie est entièrement submergée. ”
Félicien de Saulcy,
Souvenirs d'un voyage en Terre Sainte…
(1867)
“ Nous traversons toutes les ruines, lançant à droite et à gauche des regards émerveillés, qu'attire à chaque pas une nouvelle découverte. Thermes, basilique, temples, colonnades, théâtres se succèdent sans intervalle sur une étendue d'un quart de lieue. Je n'ai jamais rien vu de plus beau, pour ma part, et tous mes compagnons pensent exactement comme moi. Nous avons traversé la rivière pour aller mettre pied à terre sur la rive droite, devant un théâtre adossé au flanc de la montagne, et d'une conservation miraculeuse. ”
André Suarès,
Voyage du Condottière
“ On marche au creux d’une bête colossale, au centre du squelette, dans une forêt de vertèbres. La richesse du rythme rappelle le génie des cathédrales. Sylve de rêve, basilique de givre, les fûts des piliers, pressés comme des frênes, s’élancent pour porter les voûtes des cinq nefs. ”
