“ L’Évangile de Luc est le plus littéraire des Évangiles. Tout y révèle un esprit large et doux, sage, modéré, sobre et raisonnable dans l’irrationnel. Ses exagérations, ses invraisemblances, ses inconséquences tiennent à la nature même de la parabole et en font le charme. Matthieu arrondit les contours un peu secs de Marc ; Luc fait bien plus ; il écrit, il montre une vraie entente de la composition. Son livre est un beau récit bien suivi, à la fois hébraïque et hellénique [122] , joignant l’émotion du drame à la sérénité de l’idylle. ”
Livre de Luc
Définition et enjeux
Citations sur “Livre de Luc”
“ On ne poussa jamais plus loin la patience, l’optimisme. Le goût de la persécution, la joie des avanies endurées pour le nom de Jésus, remplissent l’âme de Luc et ont fait de son livre le manuel par excellence du missionnaire chrétien. La parfaite unité du livre ne permet guère de dire si Luc, en le composant, avait sous les yeux des documents écrits antérieurs, ou s’il fut le premier à écrire l’histoire des apôtres sur des traditions orales. Il y a eu beaucoup d’Actes des Apôtres, comme il y a eu beaucoup d’Évangiles ”
Léon Delbos, L'Athée, par Léon Delbos (1879)
“ Luc nous met fort à l'aise en ce qui le concerne, car il nous dit lui-même qu'il ne vit jamais Jésus et qu'il composa son livre d'après les histoires qu'il entendit raconter par des personnes qui l'avaient vu. ”
“ L’authenticité de l’Évangile qui porte le nom de saint Luc a en sa faveur le témoignage unanime de l’antiquité ; nous n’insisterons pas sur ce point que la critique corrosive de nos jours a dû respecter [4] . Les caractères intrinsèques du livre sont d’ailleurs parfaitement d’accord avec les données historiques sur son auteur. L’histoire nous présente saint Luc comme un médecin d’Antioche ”
“ Il ne suit pas rigoureusement de cette préface que Luc ait eu sous les yeux, en travaillant, ces écrits « nombreux » dont il nous atteste l’existence ; mais la lecture du livre ne laisse aucun doute à cet égard. Les coïncidences verbales du texte de Luc avec celui de Marc et, par suite, avec Matthieu sont très-fréquentes. Nul doute que Luc n’ait eu sous les yeux un texte de Marc qui différait très-peu du nôtre. On peut dire qu’il se l’est assimilé tout entier, excepté la partie Marc vi, 45-viii, 26, et le récit de la Passion, pour lequel il a préféré une ancienne tradition. ”
Alfred Loisy,
L'Évangile selon Luc
(1924)
“ Tout critique sans parti pris deviendra rêveur en apprenant d'Irénée (Haer. III, 1,1) que « Luc, le compagnon de Paul, mit en livre l'évangile prêché par celui-ci » ; car ce qu'on lit dans les épîtres et ce que Paul appelle son évangile est tout autre chose que les faits et discours consignés dans la tradition synoptique. Quand Irénée dit ailleurs (Haer. III, 14, 1) que Luc a écrit sur la recommandation de Paul, il émet une hypothèse gratuite ”
Alfred Loisy,
L'Évangile selon Luc
(1924)
“ Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, des Actes, y ajoutant de nombreux discours, c'est celui qui a mis en tête du premier livre à Théophile la légende de l'enfance, et remanié les indications de Luc touchant les commencements du ministère galiléen. « Mais je dis à vous qui entendez ». — Ceci équivaùt à reconnaître que ce qui précède n'a pas été dit pour les auditeurs de ce qui va suivre, et auxquels ont été adressées d'abord les béatitudes, c'est-àdire les vrais croyants ”
Alfred Loisy,
Les actes des apôtres
(1920)
“ Le trait le plus remarquable de cette analyse est l'identification de Luc avec l'auteur du prologue, et la considération de l'écrit à Théophile comme fondement du livre actuel, qui en serait sorti par voie de retouches et d'interpolations pratiquées après coup par un unique recenseur. ”
Alfred Loisy,
L'Évangile selon Luc
(1924)
“ Mais ceci n'a d'importance que pour le livre des Actes. Dans la partie conservée du prologue (ACT. 1, 1-2) , onnousapar fortune transmis le résumé de l'évangiledans les termes mêmes où Luc l'avait défini: le premier livre à Théophile était une «relation de tout ce que Jésus avait fait et enseigné depuis le commencement », — entendons le commencement de son ministère public, ou, plus exactement peut-être depuis le commencement de ce ministère compris comme son épiphanie terrestre, sa manifestation au monde, — « jusqu'au jour où il fut ravi » auprès de Dieu (cf. Le. IX, 51) . ”
Évangile selon Luc, Nouveau Testament
“ Mais Jésus menaça l’esprit impur, guérit l’enfant, et le rendit à son père. Et tous furent frappés de la grandeur de Dieu. Tandis que chacun était dans l’admiration de tout ce que faisait Jésus, il dit à ses disciples : Pour vous, écoutez bien ceci : Le Fils de l’homme doit être livré entre les mains des hommes. Mais les disciples ne comprenaient pas cette parole ; elle était voilée pour eux, afin qu’ils n’en eussent pas le sens ; et ils craignaient de l’interroger à ce sujet. Or, une pensée leur vint à l’esprit, savoir lequel d’entre eux était le plus grand. ”
Alfred Loisy,
Autour d'un petit livre
(1903)
“ Luc a chance d'être un fruit de la spéculation théologique, l'œuvre d'un prophète chrétien, comme le quatrième Evangile. J'ai montré, dans une étude sur les paraboles 1 et dans un commentaire du discours sur la montagne 2, que l'on ne peut pas utiliser sans discernement les discours des trois premiers Evangiles. Mon exposé synthétique de l'enseignement du Sauvéur se fonde sur un examen analytique dont je n'ai pu donner que les résultats. ”
Marie-Joseph Lagrange,
Évangile selon saint Luc, par le P. M.-J. Lagrange…
(1921)
“ Ceux qui ont vécu en communauté savent que tous y parlent la même langue, distincte de celle d'un autre groupement; ils n'hésiteront pas à conclure, du seul tableau qui précède, que Paul et Luc ont été compagnons d'apostolat, le premier rôle appartenant à Paul. La portée de ces comparaisons a été mise en doute par M. Cadbury (1) . Il a montré que Luc (Le. et Actes) et le second livre des Macchabées ont plus de mots employés par eux seuls dans la Bible grecque que Luc et Marc. Et cependant Me. ”
F.-H. Didon, Revue des Deux Mondes
“ Saint Luc a ainsi écrit les scènes les plus touchantes de la vie de Jésus, qu’il se plaît, à l’exemple de son maître Paul, à nommer « le Seigneur. » Si Marc est l’Évangéliste de la puissance, Luc est l’Évangéliste de la miséricorde et de la bonté. L’antiquité, dans sa prédilection pour les symboles, a donné à Marc le lion comme emblème, et à Luc, la victime, le taureau qu’on égorge. À toutes les pages de son œuvre, on reconnaît Celui qui sauve et qui pardonne, ce « Fils de l’homme, venu, non pour perdre, mais pour sauver, non pour juger, mais pour pardonner. » ”
Marie-Joseph Lagrange,
Évangile selon saint Luc, par le P. M.-J. Lagrange…
(1921)
“ Saint Luc est le patron de la peinture chrétienne. Et certes elle lui doit plus qu'à personne. C'est dans son évangile que les peintres du moyen âge et de la renaissance ont pris leurs thèmes favoris, l'Annonciation, la Visitation, l'adoration des bergers, la présentation au Temple, l'enfant Jésus parmi les docteurs, la pécheresse, les disciples d'Emmaüs, et tant d'autres. ”
“ Ce n’est sûrement que par conjecture que nous rattachons Lucanus et son Évangile à la société chrétienne de Rome au temps des Flavius. Il est certain cependant que le caractère général de l’œuvre de Luc répond bien à ce qu’exige une telle hypothèse. Luc, nous l’avons déjà remarqué, a une sorte d’esprit romain ; il aime l’ordre, la hiérarchie ; il a un profond respect pour les centurions, pour les fonctionnaires romains et se plaît à les montrer favorables au christianisme [695] . Par un tour habile, il réussit à ne pas dire que Jésus a été crucifié, insulté par les Romains [696] . ”
Voltaire,
Correspondance, VIII (1759-1760…
“ Luc est toujours Luc, très-embarrassé et n’embarrassant pas moins les autres ; étonnant l’Europe, l’appauvrissant, l’ensanglantant, et faisant des vers, et m’écrivant quelquefois les choses du monde les plus singulières. ”
Voltaire,
Correspondance, VII (1756-1758…
“ Luc n’en a pas davantage d’avoir commencé cette horrible guerre qui lui a donné, à la vérité, de la gloire, mais qui le rend très-malheureux, lui et onze ou douze cent mille hommes ses semblables, s’il y a quelque chose de semblable à Luc. ”
Marie-Joseph Lagrange,
Évangile selon saint Luc, par le P. M.-J. Lagrange…
(1921)
“ Le tout est de contrôler les témoignages et les vraisemblances. Nous ne songeons pas un instant à contester que le récit de Luc est empreint de surnaturel à toutes les lignes. Mais aussi est-ce l'entrée dans le monde de Jésus-Christ, sanctificateur de tant d'âmes. Ce qui est tout à fait extraordinaire et de nature à gagner la confiance, c'est que ce Sauveur luimême ne parait dans toute cette histoire que comme un enfant, dont la précocité n'apparaît que vers sa douzième année. Cette simplicité, cette sobriété donnent une leçon à ceux qui prêtent aux enfants de génie tant de traits mirifiques. ”
Marie-Joseph Lagrange,
Évangile selon saint Luc, par le P. M.-J. Lagrange…
(1921)
“ Luc est un grand artiste, parce, qu'il sait choisir ses traits. Nous sommes pris et charmés par cette harmonie des détails, et ce charme résiste à l'analyse, parce qu'aucun trait n'est inutile; tous ont leur raison d'être, tous contribuent à l'effet, et même tous atteignent leur objet. C'est par là, que comme écrivain grec, Luc l'emporte tellement sur Marc, qui dit ce qu'il a vu, encore que tel détail ne soit là que comme un fragment de réalité qui n'a pas de rôle littéraire. ”
“ Enfin les circonstances dans lesquelles Luc a vécu l’ont mis à portée d’emprunter tous ses renseignements aux témoins oculaires. La continuité des relations que les premières communautés chrétiennes entretenaient avec Jérusalem, y donnait fréquemment occasion de connaître des hommes de l’entourage du Seigneur... Luc devait rencontrer partout dans ses voyages des hommes tels que Barnabé et son neveu Marc. C’est ainsi qu’il vit en Syrie des disciples de Jacques et Pierre lui-même [12] . ”
Les Actes des Apôtres (1925)
“ Autant qu'on en peut juger par les débris de son œuvre, Luc était un esprit cultivé, un écrivain suffisamment expert et consciencieux. Part faite à ce qu'il y a de convenu dans le langage de son premier prologue, on peut l'en croire quand il déclare avoir fait des recherches exactes touchant l'histoire qu'il raconte, et voulu dire avec suite le résultat de ses recherches. ”
Auguste Bobée, L'avenir social, république et religion universelles (1871)
“ Et plus loin, dans saint Luc (Ch. IX, 41) , il aspire après le jour où il pourra se séparer des hommes. Ailleurs c'est avec un profond soupir qu'il dit à ses disciples en les voyant prêcher sa morale si douce et si sage : « Prenez garde, car je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. » Citations qu'il est inutile de multiplier ici puisque chacun est sensé les connaître. Hélas! si un tel maître n'a rien gagné sur nous, que pourrions-nous nous-même maintenant que l'ivraie couvre tout le bon grain. Cependant si l'on venait à s'entendre... Que dirait Satan?... ”
Marie-Joseph Lagrange,
Évangile selon saint Luc, par le P. M.-J. Lagrange…
(1921)
“ Si ce fut la pensée de Luc, il ne l'a insinuée que par le rang donné à cette tentation. Telle qu'elle était rapportée par la tradition dont Luc a conservé fidèlement les termes, elle parait un crescendo de la première. Dans la première le miracle était justifié par la faim qu'éprouvait Jésus; le démon lui demande cette fois d'aller au devant du danger, ce qui eût été un pur caprice. Aussi soutient-il sa proposition par une citation de l'Écriture, comme si lui refuser eût été mettre en doute les promesses faites par Dieu même. C'est une tentation à l'usage des hommes spirituels (Thomas) ”
Paul Féval, Contes de Bretagne, par M. Paul Féval (1878)
“ Maître Luc fit un signe de croix et demanda pardon à Dieu du fond du cœur, pour se préparer à mourir. Ses forces défaillaient; il sentait sa dernière heure. La mule cependant ne bougeait point, non plus que la forme noire. Maître Luc prit le courage de presser le flanc de sa monture, qui fit quelques pas en avant et s'arrêta de nouveau. Maître Luc était alors si près de la forme noire qu'il aurait pu la toucher de la main, mais il n'eut garde. ”
Ernest Renan,
L’Église chrétienne
“ Déjà Luc était entré dans cette voie. Ses développements sur l’enfance de Jésus et sur la naissance de Jean-Baptiste [35] , ses procédés d’amplification, ses machines pieuses de mise en scène, sont le prélude des Évangiles apocryphes. Les auteurs de ces derniers appliquent à outrance la rhétorique sacrée dont Luc fait un emploi discret. Ils innovent peu, ils imitent et exagèrent. ”
Marie-Joseph Lagrange,
Évangile selon saint Luc, par le P. M.-J. Lagrange…
(1921)
“ D'autres pourraient à la rigueur ne pas s'arrêter au contexte, soit parce que nous avons au v. 11 comme une pause, soit parce que Luc a pu créer la mise en scène, puisque Mt. a encadré autrement la première parabole qui domine tout. Mais nous croyons que Luc a voulu faire un groupe des trois paraboles et qu'il les a bien mises dans leur cadre propre. Une introduction historique peut marquer l'occasion d'un enseignement sans en conditionner le sens. Les murmures des Pharisiens ont pu décider le Sauveur à faire connaître plus à fond que jamais la miséricorde de son Père ”
Dictionnaire apologétique de la foi catholique
“ Néanmoins, puisque bien des critiques prétendent maintenir la discussion sur le terrain historique, il est de la plus haute importance de faire valoir les considérations exposées plus haut en faveur de l’autorité historique des Actes. Si Luc est l’auteur des Actes, il faudra expliquer la conversion au christianisme de cet homme cultivé, le courage des Apôtres jadis si hésitants, l'étonnante vitalité de ce Christianisme primitif, qui nous est signalée par des témoins si bien placés pour le connaître. En dehors de tout miracle, cette explication n’est pas facile à donner. ”
Fulcran Vigouroux, Dictionnaire de la Bible - Vigouroux
“ Voirplus loin. Quelques critiques ont attribué à saint Luc, sans raisons suffisantes, la rédaction de l’Épître aux Hébreux. Voir t. iii, col. 545. 5° Dernières années. — Nous manquons de renseignements anciens et certains sur l’histoire de saint Luc après la mort de saint Paul et sur la fin de sa vie. Ceux que nous possédons sont relativement récents et souvent, contradictoires. Saint Épiphane, Adv. hmr., li, 11, t. ili, col. 907, prétend que saint Luc prêcha l’Évangile en Dalmatie, en Gaule, en Italie et en Macédoine, surtout en Gaule, comme Crescens. Voir t. ”
Théodore Boulangé, Etudes sur saint François de Sales… (1844)
“ Je sais bien que saint Luc avait un grand esprit, et je ne doute point qu'il ne l'eût pu bien tirer en cette façon, néanmoins nous n'en avons rien d'assuré, et certes c'est une chose bien rare de voir un peintre tirer au vif la face d'une personne pour ne l'avoir vue qu'une fois en passant. ”
Marie-Joseph Lagrange,
Évangile selon saint Luc, par le P. M.-J. Lagrange…
(1921)
“ Il récompense magnifiquement le travail, et punit la paresse sévèrement. On comprend qu'il en sera de même du Christ, lorsqu'il reviendra pour juger les hommes. Dans Mt. il n'y a rien de plus ; le départ du maître est quelconque et n'est guère que la condition nécessaire à une gestion des biens en son absence. Dans Luc ce départ est le point principal. La parabole est proposée pour qu'on comprenne bien que le Christ ne doit pas se manifester tout d'abord. ”
Marie-Joseph Lagrange,
Évangile selon saint Luc, par le P. M.-J. Lagrange…
(1921)
“ Luc qui a fait la juxtaposition ne nous a pas obligés par là à expliquer la première parole par la seconde, qui est d'un ordre un peu différent. Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'il s'agit d'un feu symbolique, donc dans les âmes (cC Le. xxiv, 32) , et qui doit être excellent pour elles, puisque le Sauveur désire qu'il soit allumé. Les Pères n'avaient pas tort d'y reconnaître en fait l'Esprit-Saint ou la charité, mais il faut laisser à la parole son clair obscur prophétique. ”
Marie-Joseph Lagrange,
Évangile selon saint Luc, par le P. M.-J. Lagrange…
(1921)
“ Luc, quand il suit Me., se montre très fidèle. Il reproduit exactement la substance des faits. Sa méthode est la même quant à la teneur des discours. Nous constatons qu'il suit de très près ses sources ; tout en s'en servant librement, il n'en altère pas le sens. Il est juste de supposer qu'il a traité de la même façon ses autres sources, écrites ou orales. Luc conserve donc toute sa valeur personnelle d'historien qui a contrôlé Marc. ”
Dictionnaire apologétique de la foi catholique
“ Selon notre opinion sur l’auteur des Actes, le problème des sources doit se restreindre à la première partie (ch. i-xii ou ch. i-xvi, 5) . Luc se serait-il servi d’un document écrit pour l’exposé qu’il fait de l’Eglise primitive de Jérusalem ? Rien n’empêche d’admettre chez un auteur inspiré l’usage de sources écrites. Luc s’en est certainement servi pour la composition de son Evangile. ”
