“ Eh bien ! quoique le Salon ne soit plus qu’un champ de paix et de tolérance, au lieu d’être un champ de bataille, la querelle n’est pas terminée ; les deux génies de la peinture, le dessin et la couleur, n’en continuent pas moins une guerre sourde, où l’un tâche d’anéantir l’autre, où le premier cependant semble prendre, d’année en année, de nouveaux avantages. Qui l’emportera, d’Overbeck et de M. Ingres, ou de Rubens et de M. Delacroix ? David reviendra-t-il régner en maître sur le trône de l’art ? le dessin chassera-t-il la couleur comme une vaine fumée, une vaine illusion ? ”
A. B.
Résumé
La Revue des Deux Mondes, rédaction d’A. B., est une publication littéraire et critique qui examine les enjeux de l’art visuel, notamment la compétition entre dessin et couleur. À travers des réflexions sur les maîtres italiens et nordiques (Michel-Ange, Rubens, Delacroix), elle interroge l’originalité de la forme et la reproduction de la nature.
Les textes traitent de la peinture, de la composition, ainsi que de la fonction de l’artiste en tant que reflet de l’idéal. L’œuvre, parue dans un cadre de discussions esthétiques, met en lumière la tension entre tradition et modernité, illustrée par des exemples tels que la Sonnambula de Bellini ou les portraits de Mme Malibran. Son interprétation de l’art comme « miroir intelligent » insiste sur la nécessité d’un équilibre entre vérité et séduction.
Citations de Revue des Deux Mondes (A. B.)
“ Juger, ce rôle si difficile et souvent si pénible à exercer dans l’ordre civil ou politique, ne l’est pas moins en matière d’art. Juger, c’est avoir dans une main l’épée et dans l’autre une couronne ; c’est dire, comme le Christ de Michel-Ange : Élus, venez avec moi ; — damnés, je vous réprouve ; c’est proclamer que ceci est bien et que cela est mal, après avoir tout compris, tout pénétré d’un coup d’œil sûr et infaillible. Pour bien juger en peinture, il faut tant savoir, il faut tant connaître ; il faut être philosophe et artiste à la fois, Titien, Léonard de Vinci ou Reynolds. ”
“ Peut-être avons-nous plus de raison que d’imagination. Quoi qu’il en soit, si l’élément latin domine, nous désirons qu’il se montre franchement ; et si l’élément du Nord existe, bien que plus rare, qu’il apparaisse hardiment et n’abâtardisse pas ses fruits. Dans l’art, l’homme n’a pas qu’une seule manière d’exprimer la nature et de rendre sa pensée, il a le dessin, et ensuite la couleur. Il est vrai que Dieu, en imposant à la matière les divins contours préconçus dans sa pensée éternelle, n’oublia pas la couleur et fit jaillir la lumière sur la face du monde. ”
