Résumé

Portrait de Albert Réville Albert Réville Revue des Deux Mondes T.3, 1874

Comment le monde moderne, dont la grande loi est le travail, pourrait-il s’accommoder d’un pareil idéal ? Il est vrai que le catharisme admet deux morales, l’une pour les parfaits, l’autre pour les simples croyans. C’est encore du dualisme, et du pire. Il n’y a qu’une morale, dont tous sont tenus de réaliser, de leur mieux les exigences, et rien au fond n’est plus démoralisant que de présenter comme moral et satisfaisant un état de choses où la grande majorité croit rester dans la règle en restant dans sa corruption.
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Portrait de Albert Réville Albert Réville Revue des Deux Mondes T.3, 1874

Le catharisme ou la religion albigeoise procède d’un tout autre principe. Il ne vise pas précisément à rabaisser le dogme et le culte orthodoxes afin de mettre au premier rang des conditions du salut la piété intérieure et la charité. Il part d’une notion métaphysique de l’Etre divin, laquelle nie radicalement la notion orthodoxe ; il oppose sa tradition, son clergé, son rituel, à la tradition, au clergé, au rituel de Rome, et il est facile de voir que, sans se confondre avec le vieux manichéisme, il se rencontre avec lui sur plus d’un point essentiel.
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Portrait de Albert Réville Albert Réville Revue des Deux Mondes T.3, 1874

Le catharisme albigeois est au moyen âge le premier grand martyr de cette autonomie qui constitue aujourd’hui notre plus précieux trésor. Le moyen âge repose tout entier sur le droit prétendu d’opprimer la conscience, soit individuelle, soit collective, soit par la conquête, soit par l’anathème. C’est le jour où tous comprendront que ni la conquête ni l’anathème ne créent une légitimité quelconque, c’est ce jour-là seulement qu’on pourra dire le moyen âge vraiment fini.
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