Alfred Croiset

Alfred Croiset

Résumé

Portrait de Alfred Croiset Alfred Croiset Revue des Deux Mondes

Thucydide l’avait probablement entrevue : Hérodote ne s’en doute pas. Quand des « savans, » c’est-à-dire des hommes à la mémoire riche en traditions, lui racontent l’origine d’une ville ou d’un temple, il n’est ni surpris ni inquiet de la précision apparente des détails qu’on lui donne. Nul instinct ne l’avertit que l’imagination populaire a passé par là. Sa critique peut porter sur un fait particulier, non sur la couleur légendaire partout répandue. Cette couleur même lui échappe : elle se confond pour lui avec la vive lumière de la réalité.
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Toute faute attire à l’homme une punition, mais surtout l’orgueil, qui est la faute irrémissible. La punition méritée est inévitable. Les oracles mêmes et les présages, mal compris du coupable, le trompent et le poussent vers le châtiment qu’il cherche à fuir. Au total, tout est mené, dans les choses humaines, par la volonté divine. L’histoire est le règne des causes finales et de la Providence. Le mot même de Providence est en toutes lettres chez Hérodote. C’est une philosophie de l’histoire telle que Socrate l’aurait pu souhaiter.
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« Mon récit, dès l’abord, s’est complu aux digressions. » — « Cette histoire est une digression, » dit-il ailleurs. Et sans cesse : — « Je reviens à mon propos. » — Il sait à merveille qu’il s’écarte, mais il ne s’en fait aucun scrupule. C’est surtout la dialectique oratoire et le drame qui ont créé dans les esprits le besoin de la logique rapide et rigoureuse : Hérodote s’en passe le mieux du monde. Il la remplace par une curiosité naïve, facilement amusée et amusante. C’est un conteur, plus voisin des vieux aèdes que des orateurs.
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