Résumé

Portrait de André Bellessort André Bellessort Les Souvenirs d'un seigneur canadien

Le voisinage d’une nature libre, farouche, qui s’ouvre à toutes les aventures et qui recèle encore tant de vie sauvage, leur communique une étrange douceur. La Nouvelle-France où a grandi M. de Gaspé, et qu’il nous a peinte, est une France féodale disséminée sur un vaste territoire et sous un dur climat, dont il semble bien, si nous nous reportons aux Mémoires du XVIIe siècle, que deux cents ans de civilisation aient adouci l’âpreté, comme ils ont humanisé l’humeur des Peaux-Rouges. On ne s’y plaint plus de l’hostilité des choses. L’habitude y est peut-être pour beaucoup.
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« C’est le miroir que Dieu leur a donné, répondit le vieux pêcheur, à eux qui ne sont point orgueilleux ; mais le diable a fait ceux dont se servent les femmes pour la perdition de leur âme. » Plus loin, un groupe d’îlots semblaient nager sur l’onde ; et M. de Gaspé s’écria : « Ne dirait-on pas qu’ils viennent à notre rencontre ? » — « As pas peur, répliqua le père Romain : ceux que le Bon Dieu a si bien ancrés ne déraperont qu’au jour du Jugement. » Qu’il me plaît d’entendre dans les solitudes du Nouveau Monde ces voix qui causent comme au coin d’un champ, devant une rivière de chez nous !
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J’aperçois derrière lui toute une caravane de bateaux qui s’échelonnent à travers l’Atlantique, de Québec au Havre, et dont les mâts sont gais comme des pommiers en fleurs.
Je ne crois pas que M. de Gaspé ait idéalisé les paysans du Canada. Il ne nous cache point leurs travers. Il ne nous dissimule pas qu’un certain nombre d’entre eux n’aimaient ni leurs seigneurs ni les curés, qui, assuraient-ils, s’entendaient avec « les gros » pour ruiner l’habitant.
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