Résumé

Portrait de André Gill André Gill Vingt années de Paris

En effet, si médiocre que soit l'œuvre, on y a laissé de soi-même; utilement ou non, ce marbre, on l'a ému de son souffle, on a laissé de sa vie en cette toile; à l'heure de la séparation, non seulement c'est un vide à l'atelier, c'est véritablement un trou dans le cœur. Chez les isolés surtout, les célibataires. Pour eux, c'est absolument l'ami qui s'en va, le consolateur, le confident des causeries muettes pendant les longs crépuscules d'hiver, aux reflets mourants du poêle, alors que, dans la magie du soir, il semblait qu'on vît, par moments, s'animer, palpiter l'ébauche.
Source : Gutenberg

Portrait de André Gill André Gill Vingt années de Paris

Il doit être peu de Parisiens de ma génération, j'entends des Parisiens de la rive gauche, des amoureux de l'Odéon et du Luxembourg, de ce beau quartier paisible, parfumé, naïf, où mourut Michelet, où vieillit Sainte-Beuve, où Hugo fut jeune, où l'enthousiasme naît, où se repose la gloire; il doit être, dis-je, peu de mes contemporains qui n'aient, le soir, en ces dernières années, tressailli, sursauté même en apercevant tout à coup dans l'ombre, à hauteur des genoux, une sorte de gnome transparent, surmonté d'un chapeau de haut tuyau, semblable à un poêle en marche.
Source : Gutenberg

Portrait de André Gill André Gill Vingt années de Paris

Tout au plus fallait-il en rire, après avoir admiré l’inconscient génie du peintre.
Inconscient, en effet, il le fut comme un bœuf, dont il avait la redoutable encolure et l’irrésistible coup d’épaule, avec la lenteur du ruminant, le front têtu et dur. — « Il a du charbon dans le crâne, » disait l’Auvergnat Vallès.
Inconscient vis-à-vis de sa propre production. Lorsqu’il partageait avec Bonvin, le railleur, son atelier, celui-ci s’amusait à lui faire choisir, dans son œuvre d’une année, les moindres morceaux pour les envoyer au Salon.
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