“ «Eh bien! interrompit Vendredi, vous dire Dieu est si fort, si grand; est-il pas beaucoup plus fort, beaucoup plus puissance que le diable?»—«Oui, oui, dis-je, Vendredi; Dieu est plus fort que le diable. Dieu est au-dessus du diable, et c'est pourquoi nous prions Dieu de le mettre sous nos pieds, de nous rendre capables de résister à ses tentations et d'éteindre ses aiguillons de feu.»—«Mais, reprit-il, si Dieu beaucoup plus fort, beaucoup plus puissance que le diable, pourquoi Dieu pas tuer le diable pour faire lui non plus méchant?» ”
Résumé
Publié en 1719 par Daniel Defoe, Robinson Crusoé est un roman d’aventures et de survie qui narre le naufrage et les 28 années d’isolement de son héros sur une île tropicale.
À travers les épreuves traversées par Robinson, son lutte contre la solitude, ses découvertes techniques et sa rencontre avec Vendredi, un « sauvage » qu’il convertit à la religion, Defoe aborde les thèmes de la survie, de la foi et des rapports de domination. Ce récit, souvent considéré comme le premier roman anglais, a façonné le mythe du « noble sauvage » et demeure un classique de la littérature mondiale.
Citations de Robinson Crusoé (Daniel Defoe)
“ Quel eût été mon sort, s'il eût fallu que je vécusse dans le dénuement où je me trouvais en abordant le rivage, sans les premières nécessités de la vie, et sans les choses nécessaires pour me les procurer et pour y suppléer!—«Surtout qu'aurais-je fait, m'écriai-je, sans fusil, sans munitions, sans outils pour travailler et me fabriquer bien des choses, sans vêtements, sans lit, sans tente, sans aucune espèce d'abri!»—Mais j'avais de tout cela en abondance, et j'étais en beau chemin de pouvoir m'approvisionner par moi-même, et me passer de mon fusil, lorsque mes munitions seraient épuisées. ”
“ « Tout le danger où je suis, que je sache, c’est que mon navire a fait une voie d’eau que je ne puis trouver ; mais je me propose de le mettre à terre demain pour tâcher de la découvrir. » – « Mais, sir, répliqua-t-il, qu’il ait fait ou non une voie, que vous l’ayez trouvée ou non, vous ne serez pas si fou que de le mettre à terre demain quand vous aurez entendu ce que j’ai à vous dire. Savez-vous, sir, que la ville de Camboge n’est guère qu’à quinze lieues plus haut sur cette rivière et qu’environ à cinq lieues de ce côté il y a deux gros bâtiments anglais et trois hollandais ? » ”
“ Il a une vue perçante, ses jambes sont agiles, car il est jeune ; comme au premier homme dans son Eden, toutes les créatures vivantes de cette île semblent lui appartenir ; il va choisir dans son troupeau sauvage, qui pâture sur la colline. Je me représente quelquefois Selkirk bondissant de rocher en rocher, franchissant les gorges étroites de l’île, passant comme une bête fauve à travers les arbres, saisissant une liane pour gravir un piton, puis, arrivé près de l’animal, l’abattant d’un seul coup de sa hache, ou, si ce n’est qu’un jeu, l’arrêtant par les cornes et se débattant avec lui. ”
“ Le pauvre homme, tremblant, la figure baignée de larmes, et dans l’ébahissement, s’écria:—«Parlé-je à un Dieu ou à un homme? En vérité, êtes-vous un homme ou un ange?»—«Soyez sans crainte, sir, répondis-je; si Dieu avait envoyé un ange pour vous secourir, il serait venu mieux vêtu et armé de toute autre façon que je ne le suis. Je vous en prie, mettez de côté vos craintes, je suis un homme, un Anglais prêt à vous secourir; vous le voyez, j’ai seulement un serviteur, mais nous avons des armes et des munitions; dites franchement, pouvons-nous vous servir? Dites, quelle est votre infortune?» ”
Daniel Defoe,
Robinson Crusoé
(1893)
“ Je ne priais Dieu que dans un grand abattement et dans une douloureuse oppression, j'étais plein de l'imminence du péril, je m'attendais chaque soir à être massacré et dévoré avant la fin de la nuit. Je puis affirmer par ma propre expérience qu'un cœur rempli de paix, de reconnaissance, d'amour et d'affection, est beaucoup plus propre à la prière qu'un cœur plein de terreur et de confusion ; et que, sous la crainte d'un malheur prochain, un homme n'est pas plus capable d'accomplir ses devoirs envers Dieu qu'il n'est capable de repentance sur le lit de mort. ”
“ Tout homme à coup sûr qui voyage par le monde comme je l’ai fait, s’il n’est pas incapable de réflexion, tout homme, à coup sûr, dis-je, en arrivera à se bien pénétrer que c’est une bénédiction d’être né dans une contrée où le nom de Dieu et d’un Rédempteur est connu, révéré, adoré, et non pas dans un pays où le peuple, abandonné par le ciel à de grossières impostures, adore le démon, se prosterne devant le bois et la pierre, et rend un culte aux monstres, aux éléments, à des animaux de forme horrible, à des statues ou à des images monstrueuses. ”
“ Le chagrin glissait plus légèrement sur moi ; mon habitation devenait excessivement confortable ; et quand je réfléchissais que, dans cette vie solitaire à laquelle j’avais été condamné, je n’avais pas été seulement conduit à tourner mes regards vers le Ciel et à chercher le bras qui m’avait exilé, mais que j’étais devenu un instrument de la Providence pour sauver la vie et sans doute l’âme d’un pauvre Sauvage, et pour l’amener à la vraie science de la religion et de la doctrine chrétiennes, afin qu’il pût connaître le Christ Jésus, afin qu’il pût connaître celui qui est la vie éternelle ”
“ Il advint qu’un jour, vers midi, comme j’allais à ma pirogue, je fus excessivement surpris en découvrant le vestige humain d’un pied nu parfaitement empreint sur le sable. Je m’arrêtai court, comme frappé de la foudre, ou comme si j’eusse entrevu un fantôme. J’écoutai, je regardai autour de moi, mais je n’entendis rien ni ne vis rien. Je montai sur un tertre pour jeter au loin mes regards, puis je revins sur le rivage et descendis jusqu’à la rive. Elle était solitaire, et je ne pus rencontrer aucun autre vestige que celui-là. ”
“ Bien plus, lorsque j’en vins à mesurer la marque, je trouvai qu’elle était de beaucoup plus large que mon pied. Ce double désappointement remplit ma tête de nouvelles imaginations et mon cœur de la plus profonde mélancolie. Un frisson me saisit comme si j’eusse eu la fièvre, et je m’en retournai chez moi, plein de l’idée qu’un homme ou des hommes étaient descendus sur ce rivage, ou que l’île était habitée, et que je pouvais être pris à l’improviste. Mais que faire pour ma sécurité ? je ne savais. Oh ! quelles absurdes résolutions prend un homme quand il est possédé de la peur ! ”
“ Ô homme ! qui t’a donné le droit de déterminer les desseins de la Providence dans le gouvernement du monde ? Qui es-tu pour sonder ses secrets et pour pénétrer dans ses impénétrables conseils ? Lorsque Job est précipité du sein de l’opulence dans l’excès de la misère, on n’entend sortir de sa bouche que des paroles touchantes, dictées par la plus sublime philosophie tout aussi bien que par la plus admirable résignation : Je sortis, ô mon Dieu, nu des flancs de ma mère, Nu bientôt dans son sein me recevra la terre. ”
“ Laissant Vendredi et le second du capitaine à leur besogne, j'emmenai sur-le-champ les autres avec moi, et, me rendant en tapinois au-delà de la crique, nous surprîmes les deux matelots avant qu'ils fussent sur leurs gardes, l'un couché sur le rivage, l'autre dans la chaloupe. Celui qui se trouvait à terre flottait entre le sommeil et le réveil; et, comme il allait se lever, le capitaine, qui était le plus avancé, courut sur lui, l'assomma, et cria à l'autre, qui était dans l'esquif:—«Rends-toi ou tu es mort.» ”
Daniel Defoe,
Robinson Crusoé
(1893)
“ Quand je fus descendu de la colline, à la pointe sud-ouest de l'île, comme je le disais tout à l'heure, je fus profondément atterré. Il me serait impossible d'exprimer l'horreur qui s'empara de mon âme à l'aspect du rivage, jonché de crânes, de mains, de pieds et autres ossements. Je remarquai surtout une place où l'on avait fait du feu, et un banc creusé en rond dans la terre, comme l'arène d'un combat de coqs, où sans doute ces misérables sauvages s'étaient placés pour leur atroce festin de chair humaine. ”
“ Comme lors de ma rupture avec mes parents, de même alors je ne pouvais plus être satisfait, et il fallait que je m’en allasse et que j’abandonnasse l’heureuse espérance que j’avais de faire bien mes affaires et de devenir riche dans ma nouvelle plantation, seulement pour suivre un désir téméraire et immodéré de m’élever plus promptement que la nature des choses ne l’admettait. Ainsi je me replongeai dans le plus profond gouffre de misère humaine où l’homme puisse jamais tomber, et le seul peut-être qui lui laisse la vie et un état de santé dans le monde. ”
“ Même, lorsque dans la suite des considérations obligées m’eurent fait connaître ma situation, et en quel horrible lieu j’avais été jeté hors de toute société humaine, sans aucune espérance de secours, et sans aucun espoir de délivrance, aussitôt que j’entrevis la possibilité de vivre et que je ne devais point périr de faim, tout le sentiment de mon affliction s’évanouit; je commençai à être fort aise: je me mis à travailler à ma conservation et à ma subsistance, bien éloigné de m’affliger de ma position comme d’un jugement du ciel, et de penser que le bras de Dieu s’était appesanti sur moi. ”
“ Mais quand, près de moi, comme je le disais tantôt, le capitaine lui-même s’écria:—«Nous sommes tous perdus!»—je fus horriblement effrayé, je sortis de ma cabine et je regardai dehors. Jamais spectacle aussi terrible n’avait frappé mes yeux: l’océan s’élevait comme des montagnes, et à chaque instant fondait contre nous; quand je pouvais promener un regard aux alentours, je ne voyais que détresse. Deux bâtiments pesamment chargés qui mouillaient non loin de nous avaient coupé leurs mâts rez-pied; et nos gens s’écrièrent qu’un navire ancré à un mille de nous venait de sancir sur ses amarres. ”
“ Nous nous mîmes à ramer vers la terre, mais avec le cœur gros et comme des hommes marchant au supplice. Aucun de nous n’ignorait que la chaloupe, en abordant, serait brisée en mille pièces par le choc de la mer. Néanmoins, après avoir recommandé nos âmes à Dieu de la manière la plus 40 fervente, nous hâtâmes de nos propres mains notre destruction en ramant de toutes nos forces vers la terre où déjà le vent nous poussait. Le rivage était-il du roc ou du sable, était-il plat ou escarpé? ”
“ La gratitude n’est pas une vertu fort familière aux hommes qui, d’ordinaire, conforment moins leur conduite aux services qu’ils ont reçus, qu’aux avantages qu’ils peuvent espérer. Ce seroit pour moi une chose bien dure, continuai-je, si, pour prix d’avoir été l’instrument de leur délivrance, ils m’amenoient comme leur prisonnier dans la Nouvelle-Espagne, où tout Anglois, par quelque accident qu’il y puisse venir, ne doit s’attendre qu’à la plus cruelle destinée. Je vous assure que j’aimerois mieux être dévoré tout vivant par les sauvages, que de tomber entre les mains de l’inquisition. ”
Daniel Defoe,
Robinson Crusoé
(1893)
“ Après que cette passion m'eut agité pendant deux heures et plus, avec une telle violence que mon sang bouillonnait et que mon pouls battait comme si la ferveur extraordinaire de mes désirs m'eût donné la fièvre, la nature fatiguée, épuisée, me jeta dans un profond sommeil. — On pourrait croire que mes songes roulèrent sur le même projet, mais non pas, ni sur rien qui s'y rapportât. Je rêvai que, sortant un matin de mon château comme de coutume, je voyais sur le rivage deux canots et onze sauvages débarquant et apportant avec eux un autre sauvage pour le tuer et le manger. ”
“ Aucune de ces pensées, dis-je, ne se présenta à mon esprit: mon idée de gagner la terre ferme dans ma pirogue l’absorbait, je regardais ma position d’alors comme la plus misérable qui pût être, et je ne voyais pas que je pusse rencontrer rien de pire, sauf la mort. Ne pouvais-je pas trouver du secours en atteignant le continent, ou ne pouvais-je le côtoyer, comme le rivage d’Afrique, jusqu’à ce que je parvinsse à quelque pays habité où l’on me prêterait assistance? Après tout, n’était-il pas possible que je rencontrasse un bâtiment chrétien qui me prendrait à son bord? ”
“ O!»—«Mais, repris-je, les gens qui meurent dans ce pays s’en vont-ils quelque part?» —«Oui, répliqua-t-il, eux tous aller vers Benamuckée.»—Enfin je lui demandai si ceux qu’on mange y vont de même,—et il répondit: Oui.Je pris de là occasion de l’instruire dans la connaissance du vrai Dieu. Je lui dis que le grand créateur de toutes choses vit là-haut, en lui désignant du doigt le ciel; qu’il gouverne le monde avec le même pouvoir et la même providence par lesquels il l’a créé; qu’il est tout-puissant et peut faire tout pour nous, nous donner tout, et nous ôter tout. ”
“ Je marchai d’abord le long du rivage de la mer, droit vers le lieu où la première fois j’avais mis ma pirogue à l’ancre pour gravir sur les roches. N’ayant pas, comme alors, de barque à mettre en sûreté, je me rendis par le plus court chemin sur la même colline ; d’où, jetant mes regards vers la pointe de rochers que j’avais eu à doubler avec ma pirogue, comme je l’ai narré plus haut, je fus surpris de voir la mer tout-à-fait calme et douce : là comme en toute autre place point de clapotage, point de mouvement, point de courant. ”
“ L’Océan même me parut violemment agité. Je pense que les secousses avaient été plus fortes encore sous les flots que dans l’île. N’ayant jamais rien senti de semblable, ne sachant pas même que cela existât, je fus tellement atterré que je restai là comme mort ou stupéfié, et le mouvement de la terre me donna des nausées comme à quelqu’un ballotté sur la mer. Mais le bruit de la chute du rocher me réveilla, m’arracha à ma stupeur, et me remplit d’effroi. Mon esprit n’entrevit plus alors que l’écroulement de la montagne sur ma tente et l’anéantissement de tous mes biens ”
“ Et croyez-vous que si je puis convertir ces trente-sept hommes à la Foi du Christ, je n'aurai pas dignement employé mon temps, quand je devrais même n'être jamais retiré de l'île? Le salut de tant d'âmes n'est-il pas infiniment plus précieux que ne l'est ma vie et même celle de vingt autres de ma profession? Oui, sir, j'adresserais toute ma vie des actions de grâce au Christ et à la Sainte-Vierge si je pouvais devenir le moindre instrument heureux du salut de l'âme de ces pauvres hommes, dussé-je ne jamais mettre le pied hors de cette île, et ne revoir jamais mon pays natal. ”
“ « Malheureux ! tu demandes ce que tu as fait ? Jette un regard en arrière sur ta vie coupable et dissipée, et demande-toi ce que tu n’as pas fait ! Demande pourquoi tu n’as pas été anéanti il y a longtemps ? pourquoi tu n’as pas été noyé dans la rade d’Yarmouth ? pourquoi tu n’as pas été tué dans le combat, lorsque le corsaire de Sallé captura le vaisseau ? pourquoi tu n’as pas été dévoré par les bêtes féroces de la Côte d’Afrique, ou englouti là, quand tout l’équipage périt excepté toi ? Et après cela te rediras-tu : Qu’ai-je donc fait ? » ”
“ Xury me dit que si je voulais le laisser aller à terre avec une des jarres, il découvrirait s’il y avait de l’eau et m’en apporterait. Je lui demandai pourquoi il y voulait aller ; pourquoi ne resterait-il pas dans la chaloupe, et moi-même n’irais-je pas ? Cet enfant me répondit avec tant d’affection que je l’en aimai toujours depuis. Il me dit : « — Si les sauvages hommes venir, eux manger moi, vous s’enfuir. » — « Bien, Xury, m’écriai-je, nous irons tous deux, et si les hommes sauvages viennent, nous les tuerons ; ils ne nous mangeront ni l’un ni l’autre. » ”
“ «Oh! sir, me dit William Atkins, quand Dieu a des pécheurs à réconcilier à lui, des étrangers à introduire dans son royaume, il ne manque pas de messagers. Ma femme s’est acquis un nouveau guide; moi, je me reconnais aussi indigne qu’incapable de cette œuvre; cette jeune personne nous a été envoyée du ciel: il suffirait d’elle pour convertir toute une île de sauvages.»—La jeune épousée rougit et se leva pour se retirer, mais je l’invitai à se rasseoir.—«Vous avez une bonne œuvre entre les mains, lui dis-je, j’espère que Dieu vous bénira dans cette œuvre.» ”
“ J’en vins souvent à m’effrayer moi-même des objets qu’enfantait mon cerveau.—Une fois, dans mon sommeil, le premier Espagnol et le père de Vendredi me peignirent si vivement la scélératesse des trois corsaires de matelots, que c’était merveille. Ils me racontaient que ces misérables avaient tenté cruellement de massacrer tous les Espagnols, et qu’ils avaient mis le feu aux provisions par eux amassées, à dessein de les réduire à l’extrémité et de les faire mourir de faim, choses qui ne m’avaient jamais été dites, et qui pourtant en fait étaient toutes vraies. ”
“ Si vous n’êtes pas dans le giron de l’Église catholique, nous espérons que vous êtes plus près d’y entrer que ceux-là qui ne connaissent aucunement ni Dieu ni son Église. C’est pourquoi je me réjouis quand je vois ce pauvre homme, que vous me dites avoir été un débauché et presque un meurtrier, s’agenouiller et prier Jésus-Christ, comme nous supposons qu’il a fait, malgré qu’il ne soit pas pleinement éclairé, dans la persuasion où je suis que Dieu de qui toute œuvre semblable procède, touchera sensiblement son cœur, et le conduira, en son temps, à une connaissance plus profonde de la vérité. ”
“ J’y topai sur-le-champ, et je m’en allai immédiatement à bord, et les deux hommes avec moi. Aussitôt que j’approchai du navire, mon partner, qui ne l’avait point quitté, accourut sur le gaillard d’arrière et tout joyeux me cria:—«O ho! O ho! nous avons bouché la voie.»—«Tout de bon? lui dis-je; béni soit Dieu! mais qu’on lève l’ancre en toute hâte.»—«Qu’on lève l’ancre! répéta-t-il, qu’entendez-vous par là? Qu’y a-t-il?»—«Point de questions, répliquai-je; mais tout le monde à l’œuvre, et qu’on lève l’ancre sans perdre une minute.» ”
“ Nous sommes arrivés enfin à Juan-Fernandez, écrivait il y a quelques années D. Juan Egana ; je ne vous parlerai pas des misères qui nous y attendent loin de tout secours humains. Rappelez-vous cette île, qui est le produit de quelque éruption volcanique, et dont on pourrait croire que l’intérieur est encore en combustion, tant est fatigante la chaleur que l’on y éprouve. Lorsque le calme s’y maintient, il semble que ce ne soit qu’une nuée épaisse où nous nom sommes plongé, et où l’on peut regarder comme un prodige d’appercevoir une heure le ciel serein. ”
“ À ces pensées succédait un élan religieux, et je me prenais à considérer que c’était là sans doute une disposition immédiate de la Providence ; que je devais le regarder comme tel et m’y soumettre ; que, bien que je fusse innocent devant les hommes, tant s’en fallait que je le fusse devant mon Créateur ; que je devais songer aux fautes signalées dont ma vie était pleine et pour lesquelles la Providence pouvait m’infliger ce châtiment, comme une juste rétribution ; enfin, que je devais m’y résigner comme je me serais résigné à un naufrage s’il eût plu à Dieu de me frapper d’un pareil désastre. ”
