Résumé

E. Littré Des grandes Épidémies

Que sont vingt batailles, que sont vingt ans de la guerre la plus acharnée, à côté des ravages que causent ces immenses fléaux ? Le choléra a fait périr en peu d’années autant d’hommes que toutes les guerres de la révolution ; on compte que la peste noire du xive siècle enleva à l’Europe seule vingt-cinq millions d’individus ; la maladie qui dévasta le monde, sous le règne de Justinien, fut encore plus meurtrière. En outre, nulle guerre n’a l’universalité d’une épidémie.
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E. Littré Des grandes Épidémies

Une épidémie dont l’universalité et les caractères rappelèrent celle qui avait ravagé le monde sous Justinien, épouvanta le xive siècle et laissa un long souvenir parmi les hommes. Cette maladie fut une véritable peste, dans le sens médical du mot, c’est-à-dire une affection signalée par des tumeurs gangréneuses dans les aisselles et dans les aines. On lui donna dans le temps le nom de peste noire, parce qu’elle couvrait le corps de taches livides ; en Italie celui de mortalité grande (mortalega grande) à cause des ravages inouis qu’elle exerça partout où elle se montra.
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E. Littré Des grandes Épidémies

Ces phénomènes laissent pénétrer profondément le regard dans le domaine moral de la société humaine ; ils appartiennent à l’histoire, et ne se reproduiront jamais tels qu’ils furent ; mais ils révèlent un endroit vulnérable de l’homme, le penchant à l’imitation, et tiennent par conséquent de très près à la vie sociale. De telles maladies se propagent avec la rapidité de la pensée, et elles sont placées entre les pestes qui, d’une origine plus grossière, attaquent plus le corps que l’ame, et les passions qui, flottant sur les limites de la maladie, sont toujours près de les franchir.
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