Résumé

Portrait de Louis Gillet Louis Gillet Un siècle d’art français à Berlin

Aimer les arts, ce n’est pas la même chose qu’aimer l’ « art » tout court. Il y a là une nuance qu’il vaut la peine de préciser. Frédéric a du goût, et le goût des choses distinguées et des délicatesses qui ajoutent du prix à la vie. Il sait aussi qu’un prince se doit de protéger « les arts, » et que c’est là un lustre qui fait les règnes mémorables. Il a certainement une haute idée de la culture et de la valeur qu’elle prête à l’esprit humain. Il croit aussi que cette culture a été portée à sa perfection sous la forme française.
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Et l’on peut dire à la rigueur de quoi est faite la beauté d’une œuvre de Rembrandt ; on explique, à force de mots, quelque chose du tour d’esprit d’un Tintoret ou d’un Rubens ; tout ce qui altère la réalité, y ajoute, ou la dénature, se définit tant bien que mal par ces altérations mêmes ; mais comment exprimer l’espèce d’enchantement où nous tient une œuvre comme celle-là, sans apprêt, sans « invention » et sans « idée, » et où la vie réelle prend, on ne sait comment, un air inimaginable de beauté et d’apparition ?
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Ce qu’il cherche dans l’art, c’est une délivrance et un affranchissement. Les peintres de son choix sont tous des coloristes. Il était certainement sensible à cette caresse du regard que procure une pure harmonie de couleur. Il en parcourait la gamme avec délices. Le flûtiste qui ne se lassa jamais de la musique, et qu’un accord « faisait rêver, » trouvait dans la peinture un nouvel élément de rêves. Il y récréait un moment son épicurisme de goûts et sa sensualité d’imagination. Devant les Lignons de Watteau et ses langoureuses Arcadies, il ébauchait de vagues romans.
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