Louis-Joseph Doucet

Résumé

Louis-Joseph Doucet Campagnards de la Noraye

Les morts avaient leur part de ses pensées et de ses prières. Et les vivants, non plus, ses anciens voisins, il ne les oubliait pas : c’était donc que sa vie avait été bonne parmi eux et par eux, puisque sur ses vieux jours, il mangeait du pain blanc, oui, du bon pain, bien blanc et bien cuit qui gardait, dans sa bonne senteur, comme un souvenir, une évocation des parfums des épinettes et des sapins du bord de sa belle savane, « laquelle était restée là-bas, comme de raison, à St-Henri, au bord du petit côteau, où le tas de pierres marquait l’histoire de sa vie, son livre de pierres. »
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Louis-Joseph Doucet Campagnards de la Noraye

On tournait du côté de Lavaltrie. Louis Rondeau et sa fille, la Louise, tenaient à aller à la messe de Lanoraie, « Son père », dit Louise, « n’êtes-vous plus capable de vous faire écouter ? le temps se passe à rien, on n’avancera pas comme ça ! » La patience angélique de Louis était à bout. Vlin, vlan, mais la bête tournait en sens contraire ; le fouet aussi tourna de bout, et paf, l’œil droite de la rétive vola à dix pieds en l’air. Le Grand’rouge fut mise à l’herbe. Rondeau n’y retoucha plus, ne l’attela plus, il l’échangeait dans l’automne pour une jument de quêteux.
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Louis-Joseph Doucet Campagnards de la Noraye

Pourquoi aurait-il à regretter la vie, et pourquoi aurait-il peur de la quitter ? Monsieur le curé Loranger ne lui avait-il pas affirmer en toutes lettres qu’un homme ordinaire, un habitant comme lui Rondeau, qui tient, sa vie durant, une conduite ordinaire, une conduite qu’on appelle honnête, qui ne vole pas, qui ne tue pas, qui ne commet pas l’adultère, qui est moral : oui, enfin, celui qui est correct et qui se confesse et reçoit une bonne absolution avant de faire le grand voyage, est sauvé, absolument sauvé, dans le ciel, dans le paradis du bon Dieu ?...
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