“ M. le prince continuant à son ordinaire d’outrager la Reine, d’insulter le cardinal et de pousser à bout les frondeurs, agissoit pourtant et vivoit avec autant de confiance que s’il avoit vécu d’une manière à ne se point faire d’ennemis, et comme s’il n’avoit eu rien à craindre. Ce qui fait bien voir que presque tous les grands princes, et même ceux qui deviennent des plus modérés et des plus judicieux dans la suite de leur vie, sont dans leur jeunesse aussi persuadés qu’on les craint, que les belles femmes ou celles qui se piquent de l’être sont persuadées qu’on les aime ”
Résumé
Les Mémoires de Marie de Nemours, rédigés pendant les troubles de la Fronde, constituent un témoignage exceptionnel sur les enjeux politiques et sociaux de la France du XVIIe siècle. À travers les récits des conflits entre les frondeurs, le cardinal Mazarin et les figures royales telles que la Reine ou le duc d’Orléans, l’auteur examine les tensions entre le pouvoir absolu et la résistance populaire.
Les personnages centraux, comme madame de Longueville ou le prince de Conti, incarneront les dilemmes de cette période agitée, où les ambitions individuelles s’opposent à la légitimité royale. L’œuvre, marquée par des réflexions sur la vanité et la politique, demeure un document précieux pour comprendre les mécanismes de l’histoire et les enjeux de l’identité monarchique.
Citations de Mémoires (Marie de Nemours)
“ Cela réjouit, et fit beaucoup rire tous ceux qui entendirent cette conversation, et ne fit qu’augmenter les bons contes qu’on faisoit les uns des autres, et surtout de M. de Beaufort. Ainsi finit la première guerre de Paris (1) , où l’on déchira d’une manière épouvantable M. le prince de Conti et madame de Longueville : ce qui leur donna une si cruelle aversion pour la Fronde et pour le parlement, qu’ils l’ont toujours conservée depuis ; et il arriva même parmi les frondeurs qu’on fit plus d’une fois à M. de Marsillac de ces sortes de menaces, qui ne se font guère à des gens de sa qualité. ”
“ Mademoiselle de Longueville resta dans Paris avec sa famille ; et durant le blocus, tandis que sa belle-mère, encore à la fleur de la jeunesse et de la beauté, devenoit l’héroïne et l’idole des frondeurs, elle faisoit les réflexions les plus graves sur les suites que pouvoit avoir cette anarchie, ainsi que sur sa position qui la forçoit, malgré ses habitudes paisibles, à figurer en quelque sorte dans les premiers rangs d’une faction. ”
“ Tout le monde croit encore, dit-elle, que cette autorité absolue que la Reine laissoit prendre au cardinal sur elle venoit d’une amitié bien particulière : cependant la vérité est que ce n’étoit qu’un effet du peu de goût qu’elle avoit pour les affaires, et une suite de la mauvaise opinion qu’elle avoit sur sa capacité à cet égard. En quoi l’on peut dire qu’elle se trompoit fort ; car il est certain que cette princesse avoit un très-bon sens en toutes choses, et que dans les conseils elle prenoit toujours le bon parti. ”
“ Mais depuis cela il n’a plus paru dans le règne du Roi qu’une suite perpétuelle et miraculeuse d’actions extraordinaires, dignes d’une mémoire et d’une admiration éternelle, et dont la cause se doit moins attribuer à la grande fortune de ce prince qu’à ses grandes qualités, qui lui ont fait entreprendre et exécuter tant de choses si incroyables qu’elles feront croire un jour notre histoire fabuleuse, par le peu de vraisemblance qu’elles porteront dans les siècles à venir sur tout ce qu’elles leur en apprendront, et sur tout ce que nous en admirons dans le nôtre. ”
“ On commença à faire quelques assemblées au Palais-Royal, dans lesquelles, pour marquer la différence des frondeurs d’avec les royalistes, ceux-ci mettoient du papier à leurs chapeaux, pour opposer à la paille qui étoit la marque de la Fronde. Les Parisiens souffrirent ces assemblées et ces distinctions sans en paroître émus. Et, pour le jour de la naissance du Roi, on fit de grands feux devant le Palais-Royal, et même encore au-delà. Les bourgeois, à cette imitation, en firent de leur côté. ”
“ Peu de temps après que le cardinal de Retz eut perdu la liberté, le cardinal Mazarin revint à Paris [22] , où le peuple parut ne se soucier pas davantage de la haine qu’il avoit eue pour lui, que de l’amitié qu’il avoit eue pour les frondeurs. On jugea que le Mazarin n’avoit ainsi remis son retour après la prison du cardinal de Retz, que pour être en pouvoir de mander et persuader à Rome que les ministres l’avoient résolue et arrêtée sans sa participation, afin que la captivité d’un de ses confrères ne lui fût point imputée. ”
“ Si elle avoit été mieux informée de la vérité, elle auroit connu qu’il étoit aisé de réussir sans tant de peine à ce qu’elle désiroit avec tant de passion ; parce que son mari ne songeoit à rien moins qu’à l’emmener, et que mademoiselle de Longueville, avec tout le reste des personnes qui lui étoient contraires, en avoient encore plus de peur qu’elle-même, dans la crainte que si elle suivoit son mari elle ne reprît du crédit auprès de lui, et qu’elle ne le remît encore dans de nouvelles affaires fatales à sa gloire et à son repos. ”
“ C’est aussi ce qui faisoit que les grandes choses dépendoient presque toujours chez elle des petites ; et qui auroit voulu chercher des motifs bien solides de sa conduite s’y seroit assurément trompé, puisqu’elle sacrifioit ordinairement à sa gloire et sa fortune et son repos. Mais comme elle mettoit presque toujours cette gloire où elle n’étoit point, il ne lui en restoit presque jamais que la vaine imagination de l’avoir cherchée où elle étoit. Ce fut La Rochefoucauld qui insinua à cette princesse tant de sentimens si creux et si faux. ”
“ Il est pourtant certain que le ministère du cardinal Mazarin se rendit quelque temps si odieux pendant cette régence, dont ce ministre exerçoit tout le pouvoir sous l’autorité de cette princesse, que les personnes mêmes qui passoient pour les plus sages [2] se trouvèrent comme forcées à se révolter contre la puissance légitime, pour s’affranchir de celle qui leur paroissoit une véritable oppression. ”
“ Enfin de ces deux partis entièrement abattus, et des princes et de la Fronde, il s’en fit un qui devint si puissant qu’il le fut même plus que celui de la cour : Ce qui contribua à un changement si peu attendu et si extraordinaire, c’est qu’on vit que la cour n’avoit rien pardonné ; et que si elle avoit paru dans quelque occasion le vouloir faire, ce n’avoit été seulement que par l’embarras où elle s’étoit trouvée, parce qu’aussi le ministre n’étoit pas moins abattu dans la mauvaise fortune que fier et hautain dans la bonne. ”
“ D’un autre côté, madame de Chevreuse, le coadjuteur et les autres frondeurs surent peindre avec de si étranges couleurs l’ingratitude de M. le prince pour eux, son manquement de foi sur le mariage de son frère, et généralement sur tous les autres articles qu’il leur avoit promis, qu’ils le décrièrent à un point que cela ne se peut comprendre. Il étoit abandonné de tout le monde : on n’avoit pas la moindre confiance en lui ; il n’eut dans ses intérêts que ceux qui ne pouvoient s’en dégager avec honneur. ”
“ Ce fut par les influences de l’étoile qui présidoit à la naissance de ce prince que, tout enfant qu’il étoit, il sut détruire toutes les factions qu’avoit produites la haine qu’on avoit conçue contre le cardinal Mazarin ; qu’il sut calmer tous les troubles qu’elle avoit excités ; qu’il sut forcer tous ses sujets à sacrifier la haine qu’ils avoient pour le ministre à la fidélité qu’ils devoient à leur Roi. ”
“ Dans le parlement, on n’y traitoit point les affaires avec plus de dignité ni avec plus de gravité. Lorsqu’on y proposoit un avis pour la cour, au lieu de tâcher d’y répondre avec de meilleures raisons que celles qu’on proposoit, on n’y répondoit jamais que par de longues huées semblables à peu près à celles que font les laquais à la porte du Cours ou de la comédie ; et c’étoit là proprement ce que l’on appeloit fronder. ”
“ Pendant cela, M. de Beaufort allant un soir par la ville, quelques hommes s’approchèrent de son carrosse, et en tuèrent un qui étoit dedans à la portière. Cette aventure fit assez de bruit pour réveiller l’animosité du peuple. Tout le monde dit qu’on en vouloit au maître, et que comme ce mort étoit fort blond on l’avoit pris pour lui. Du côté de la cour, on y tenoit un langage bien différent. On y soutenoit que le mort n’avoit pu être pris pour M. de Beaufort, parce qu’il avoit les cheveux noirs. ”
“ On eut tant d’horreur qu’on osât, en chaire, louer une faction dans un Etat faite par des sujets contre leur prince légitime, et y prêcher la division comme une chose juste et raisonnable, que, s’en étant aperçu lui-même, il feignit de se trouver mal, afin de finir plus tôt. ”
“ Cette princesse et ce prince furent donc envoyés par Monsieur à l’hôtel-de-ville pour en apaiser le désordre. Mais, au lieu de se hâter, ils s’amusèrent à disputer en chemin qui d’eux avoit plus de crédit parmi le peuple. Mademoiselle soutenoit au duc de Beaufort qu’il ne seroit pas en sûreté sans elle ; et lui, qui se piquoit de l’amitié du peuple plus que de toutes choses, l’assuroit au contraire que c’étoit lui qui lui procuroit cette sûreté. ”
“ La Rochefoucauld, qui étoit d’un meilleur sens que madame de Longueville, ne jugeant pàs qu’elle dût être si puissante qu’elle se le figuroit, lui conseilla de se faire valoir auprès de son frère du crédit qu’elle avoit auprès de son mari, et de celui qu’elle avoit auprès de son frère ; de négocier entre eux, et enfin de faire si bien sa manœuvre, qu’ils ne parlassent que rarement et très-peu de temps ensemble, de peur qu’ils ne découvrissent son artifice, parce qu’en effet elle n’étoit bien ni avec l’un ni avec l’autre : et il lui étoit important qu’ils ne le connussent pas. ”
“ Comme on crut voir revenir bientôt M. le prince, tout le monde voulut avoir part au changement de son sort ; et l’on commença à parler publiquement de l’élargissement des princes, et à dire qu’il falloit nécessairement qu’ils sortissent de prison, et qu’il n’y avoit uniquement que ce remède aux désordres et aux malheurs de l’Etat. M. le duc d’Orléans étoit toujours pour les frondeurs quand il étoit avec eux : mais dès qu’il parloit à la Reine, ce n’étoit plus cela ; et il changeoit si fort qu’il étoit presque impossible qu’aucun des partis pût faire un fond certain sur lui. ”
“ La Reine cependant ne laissa pas pour cela de l’aimer toujours ; mais il n’en fut qu’un peu plus malheureux encore : car le cardinal, qui ne le croyoit pas si simple qu’il étoit, le regarda toujours depuis comme un homme qui avoit voulu prendre sa place. Châteauneuf fut chassé de la cour, et Villeroy ne demeura que par sa grande adresse et son extrême soumission. La Reine étoit dans le plus malheureux état du monde : toute la France ne lui pouvoit pardonner qu’elle s’opiniâtrât à maintenir toujours ce ministre dans les affaires, malgré tout ce qui en pouvoit arriver ”
“ De sorte que ces deux princesses, voyant qu’il n’y avoit rien à faire à Rouen où elles étoient, allèrent à Dieppe, où madame de Longueville s’opiniâtra de demeurer, quoiqu’on l’eût assurée que la cour y venoit, croyant toujours que ce n’étoit que pour lui faire peur et pour la faire partir : cette imagination du grand crédit qu’elle y avoit eu lui étant toujours si présente qu’elle ne pouvoit sortir de son esprit. Sa belle-fille, qui n’étoit pas tout-à-fait si préoccupée qu’elle de sa grande puissance, et qui d’ailleurs. ”
“ C’est pourquoi il n’est point étonnant que, parmi les plus grands hommes qui se sont distingués de nos jours dans les armes et dans la politique, il y en ait eu qui ont été quelquefois la victime de leurs passions. L’oubli de la religion, où étoient quelques-uns d’eux dans ce temps fatal, les assoupissoit, et les empêchoit de voir tout le danger de leurs égaremens. ”
“ Cette foiblesse du cardinal, jointe à la certitude avec laquelle ceux du parlement comptoient sur les suffrages du peuple, par le soin qu’eux-mêmes prenoient de lui persuader l’attachement qu’ils avoient à ses intérêts, contribua encore beaucoup à les rendre si insolens. Ils savoient que, pour pouvoir déterminer le cardinal à ce qu’on désiroit de lui, il ne falloit que le maltraiter et le menacer ; que, d’ailleurs, il n’étoit sensible ni aux offenses ni aux services ; qu’il n’étoit ni cruel ni méchant ”
“ Mademoiselle Du Vigean osa bien parler elle-même à madame de Longueville ; et cette dame, sans en témoigner aucun mécontentement, en avertit M. le prince son père, avec lequel elle se raccommoda exprès pour le pouvoir animer davantage contre son fils. Aussi en fit-il un éclat épouvantable, et dit mille choses cruelles de l’amant et de la maîtresse. M. le prince, de son côté, fort irrité contre madame sa sœur, se résolut de pousser son ressentiment contre elle tout aussi loin qu’il pourroit aller ”
“ Ainsi, par l’envie d’être déchargée de toutes sortes de soins, de n’entrer jamais dans aucun détail ennuyeux, elle donnoit une autorité sans bornes à ceux en qui elle plaçoit sà confiance ; et comme, avec l’aversion qu’elle avoit pour le travail d’esprit, elle avoit aussi une défiance outrée d’elle-même qui la faisoit se juger incapable de décider sur rien d’important, elle avoit une déférence aveugle aux conseils et, si on l’ose dire, aux volontés de ces mêmes personnes en qui elle se confioit fortement. ”
“ Mais si l’aversion qu’on avoit pour eux étoit grande, la crainte l’étoit encore davantage. Elle l’étoit même à un point que ; pour la pouvoir imaginer, il faudroit l’avoir vue. Tout le monde auroit bien voulu être délivré d’eux, mais personne n’avoit assez de courage pour oser y travailler. D’ailleurs les chefs de la Fronde, que la persécution ni le blocus n’avoient pu abaisser, s’abaissèrent d’euxmêmes lorsqu’on les laissa en repos, tant par la présence du Roi que parce que le peuple les oublioit. ”
“ La Reine, par cette même prévention de ne se croire jamais sur rien, eut donc la même créance aux autres ministres, sitôt que le cardinal fut parti ; et comme ils lui conseillèrent tous de faire sortir les princes, elle y consentit volontiers, sans même se souvenir qu’elle s’étoit engagée avec Mazarin de n’y consentir jamais sans sa participation. Il est vrai qu’elle auroit eu assez de peine à s’en dispenser, le Roi et elle se voyant comme prisonniers dans le Palais-Royal. Les ministres, avec le premier président Molé et les amis des princes, négocièrent les conditions de leur sortie ”
“ De cette paix, dont aucun des partis ni de tous les gens qui y entrèrent ne fut content, on peut encore faire cette réflexion, qui est que si rien ne flatte et ne séduit tant que les commencemens de ces sortes d’intrigues où l’on entre’, rien aussi n’en désabuse tant que leurs fins, par l’expérience qu’elles donnent du contraire de tout ce qu’on s’y étoit proposé en y entrant. La paix du parlement ainsi faite et conclue, madame de Longueville alla à la cour, persuadée qu’ayant été la seule cause de la paix, elle y seroit parfaitement bien reçue ”
“ La droiture de son ame, l’innocence de ses mœurs, et la noble simplicité de sa conduite, qui l’avoient toujours mise au-dessus des atteintes de la médisance, l’avoient exemptée du besoin des apologies ; et l’amour qu’elle avoit pour le repos et la vie unie l’avoit empêchée d’entrer jamais dans nulles autres affaires celles où l’engageoient les obligations de son état. ”
“ Mais, comme la vérité se fait toujours connoître, on jugea aisément que ce qu’il disoit sans le vouloir persuader le faisoit paroître encore plus véritable qu’il ne pensoit et qu’il n’eût voulu. La majorité du Roi étant sur le point d’arriver, M. le prince vit bien qu’il seroit encore moins en sûreté qu’il n’y étoit auparavant ; mais, entêté toujours de la peur que son départ donneroit, il se détermina enfin de partir pour la Guienne le plus tôt qu’il lui seroit possible. ”
“ Ils jugèrent donc dans le conseil des frondeurs que non-seulement M. le prince pourroit bien avoir ; le dessein de rompre ce mariage, mais encore que, quand il l’auroit, ils ne pourroient pas l’empêcher de l’exécuter ; que c’étoit peut-être même la seule raison qui l’obligeoit à se détacher de la Fronde ; et que, pour ne pas tout perdre, ils devoient s’offrir des premiers à favoriser ce dessein, au cas qu’il l’eût. Sur quoi le coadjuteur vint trouver M. le prince, et lui dit que, pour peu qu’il eût de répugnance au mariage de monsieur son frère, il le romproit ”
“ Tous les frondeurs le virent en particulier, et l’on dit qu’il promit à chacun d’eux de se joindre à eux tous pour chasser le cardinal, qu’il affectoit de tourner en ridicule sur toutes sortes de choses ; et, pour lui reprocher sa poltronnerie, il lui cria d’un ton et d’un air moqueur chez la Reine : Adieu, Mars, avec mille autres choses outrageantes qu’il lui disoit et qu’il lui faisoit en toutes occasions. ¡ Le cardinal, se voyant presque seul de son parti, haï de tout le royaume, et prévoyant bien qu’il étoit perdu s’il ne s’accommodoit avec M. le prince, commença à entrer en négociation. ”
“ Le soin qu’elle apportoit à surveiller ses gens d’affaires la fit passer pour avare, tandis qu’elle n’étoit que sagement économe. En 1694, elle fut reconnue souveraine de Neuchâtel en Suisse par les États du pays, et la même année cette souveraineté lui fut enlevée par Frédéric, premier roi de Prusse [1] . En avançant en âge elle se montra quelquefois triste et chagrine, parce qu’elle aperçut qu’on disposoit déjà de son immense succession. La France, la Savoie et la Prusse y prétendoient. ”
“ Mais on n’en put jamais venir à bout. Madame de Chevreuse, qui paroissoit être entièrement dévouée à la cour, et qui avoit du crédit auprès de Monsieur, s’entremit aussi pour lui persuader de satisfaire la Reine là-dessus ; mais ce fut inutilement. Les amis des princes ne s’endormoient pas dans cette conjoncture, et recommençoient leurs négociations, tant du côté de la cour que du côté de la Fronde ; et, voyant que ces deux partis commençoient à se brouiller, ils eussent bien mieux aimé réussir par le moyen de la cour. ”
“ La prison des princes n’ayant fait qu’augmenter le nombre des ennemis de Mazarin, il se forma contre lui une ligue générale au commencement de l’année suivante [1651] . Alors les frondeurs envoyèrent à mademoiselle de Longueville une requête toute dressée, dont l’objet étoit d’engager le parlement de Rouen à proscrire le ministre par un arrêt. Ils attendoient beaucoup d’effet de cette pièce, parce que le duc de Longueville étoit gouverneur de Normandie ; et ils firent observer à sa fille que c’étoit l’unique moyen de procurer sa liberté. ”
“ Le prince Thomas étoit ravi de tous ces mouvemens, parce qu’il étoit persuadé que les avantages qui lui en revenoient, lui étant procurés par le cardinal, s’augmenteroient à son retour ; et il ne se défioit que de ceux qui l’avoient véritablement favorisé. Mais il fut bien surpris ensuite de voir son crédit si diminué au retour de ce ministre, qu’on le réduisit à ne se plus mêler de rien. ”
“ La première, outrée de dépit, étoit résolue à se jeter entre les bras des Espagnols, et à se servir de leurs secours pour relever sa faction ; l’autre, au contraire, ne cherchoit qu’une occasion de rentrer dans la vie sédentaire qui avoit toujours eu pour elle beaucoup de charme, et d’obtenir un accommodement honorable. Après avoir conduit fort habilement cette petite négociation, mademoiselle de Longueville se sépara de sa belle-mère, qui, au milieu de mille dangers, parvint à s’embarquer pour les Pays-Bas, déguisée en homme. ”
