Résumé

Portrait de Michel Bakounine Michel Bakounine Lettres à Herzen et Ogareff

Crois-moi, mon cher Herzen, ton fameux « changer de front » que tu annonces si fièrement, en voulant prouver à nous autres, « révolutionnaires d’abstraction », que tu as trouvé une tactique éminemment pratique, n’est, en somme, qu’une très grande erreur. Et cette erreur n’en serait pas moins fâcheuse, même alors que tout le peuple russe eût été associé à cette opinion corrompue et soi-disant unanime de la presse et de la noblesse en Russie, qui à l’occasion de l’insurrection polonaise, au nom de l’intégrité de l’empire se répandirent en haine et en fureur.
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Il a fini par m’avouer que non seulement il ne peut désirer la révolution en Russie, mais qu’il l’appréhende comme le mal le plus terrible, et que s’il avait à choisir entre la victoire provisoire de l’impérialisme et le salut de la Pologne par la révolution en Russie, il préférerait encore la première, car, tôt ou tard, on trouvera toujours le moyen de s’affranchir de l’impérialisme, tandis que la révolution sociale russe, en mettant en avant tout ce qu’il y a de barbare en Pologne, engloutirait définitivement la civilisation polonaise.
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Comme toujours et partout, on trouve parmi eux de futiles phraseurs et des vantards, mais on y voit aussi des héros ; de ces héros qui n’ont pas la belle phrase aux lèvres et qui ne savent que flétrir leur propre insuffisance, poussant la négation à l’extrême. Non, Herzen, tu as beau dire, ces pionniers de la nouvelle justice et de la vie nouvelle en Russie, si gauches et d’aspect aussi inculte qu’ils puissent être, apparaissent des millions de fois bien au-dessus de tous ces morts-vivants de bonne tenue, qui te sont encore si chers...
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