“ « Quand te marieras-tu, Khava ? Attendras-tu que tu sois vieille pour écouter les jeunes gens ? » — 5. « Je ne me marierai point pour n’être que l’épouse d’un bey : j’ai un ami plus puissant. Si je désire quelque objet précieux, à mon ordre il l’apporte. » 6. « Si je veux une perle au fond de la mer, il plongera pour me l’apporter : ni l’eau, ni la terre, ni le feu ne l’arrêtent, quand une fois je lui ai donné un ordre. » 7. « Moi, je ne crains point qu’il me soit infidèle : une tente de feutre, un logis de bois ou de pierre est une maison moins close qu’une bouteille de verre. » ”
Résumé
“La Guzla”, est une œuvre de Prosper Mérimée. Des thèmes tels que Morlaques, Tchernyegor ou Jean Veliko y sont abordés.
Citations de La Guzla (Prosper Mérimée)
“ « Mercure ! Mercure ! Mercure ! tu m’as vaincu, dit le fantôme. Pour ma rançon, je veux te donner un conseil : ne retourne pas dans ta maison, car tu y trouverais la mort. » La lune s’est voilée et le champion et l’armée ont disparu tout d’un coup. 17. « Bien est fou qui s’attaque au diable, dit Mercure. J’ai vaincu un démon, et ce qui m’en revient, c’est un cheval fourbu et une prédiction de mauvais augure. Mais elle ne m’empêchera pas de revoir ma maison et ma chère femme Euphémie. » ”
“ « Sauve-toi, fils d’Alexis ! sauve—toi, fils de Jean ! les beys de l’est ont tué mon mari ; ils vous tueront aussi ! » Ainsi a parlé Thérèse Gelin. 23. Mais le vieux bey a dit : « Je suis trop vieux pour courir. » Il lui a dit : « Sauve Alexis, c’est le dernier de son nom ! » Et Thérèse Gelin a dit : « Oui, je le sauverai. » 24. Les beys de l’est vu Jean Veliko. « A mort ! » ont-ils crié : leurs balles ont volé toutes à la fois, et leurs sabres tranchans ont coupé ses cheveux gris. ”
“ Nicéphore m’aimait avant le riche bey de Moïna. 5.Nicéphore. Chantez, musiciennes, chantez comme des cigales ! Je n’ai que dix pièces d’or ; j’en donnerai cinq aux musiciennes, cinq aux joueurs de guzla. — Oh, bey de Moina ! pourquoi me regardes-tu avec crainte ? N’es-tu pas le bien-aimé de la belle Sophie ? n’as-tu pas autant de sequins que de poils blancs à la barbe ? Mes pistolets ne te sont pas destinés. Hou ! hou ! ma jument noire, galoppe à la vallée des pleurs : ce soir je t’ôterai bride et selle ; ce soir tu seras libre et sans maître 6. ”
“ « C’est un vampire ! il n’est pas mangé des vers ! » s’écriait-elle, et cent bouches le répétèrent à la fois. En même temps vingt coups de fusil tirés à bout portant mirent en pièces la tête du cadavre, et le père et les parens de Khava le frappèrent encore à coups redoublés de leurs longs couteaux. Des femmes recueillaient sur du linge la liqueur rouge qui sortait de ce corps déchiqueté, afin d’en frotter le cou de la malade. ”
“ Ou dit aussi qu’au moment où l’on s’aperçoit que le mauvais œil vous regarde, il faut toucher du fer, ou bien jeter du café à la tête de celui qui vous fascine. Quelquefois un coup de pistolet tiré en l’air brise le charme fatal. Souvent des Morlaques ont pris un moyen plus sûr : c’est de diriger leur pistolet contre l’enchanteur prétendu. Un autre moyen de jeter un sort consiste à louer beaucoup une personne ou une chose. Tout le monde n’a pas non plus cette faculté dangereuse, et elle ne s’exerce pas toujours volontairement. ”
“ Piero Stamati s’en est venu un jour à la maison de Théodore Khonopka : « Hélène, est-il vrai que votre mari est parti pour Venise et qu’il doit y rester un an ? » — « Il est vrai, et j’en suis tout affligée, parce que je vais rester seule dans cette grande maison. » 4. « Ne pleurez pas, Hélène, de rester seule à la maison. Il viendra quelqu’un pour vous tenir compagnie. Laissez-moi dormir avec vous, et je vous donnerai une grosse poignée de beaux sequins luisans, que vous attacherez à vos cheveux qui sont si noirs. » ”
“ Hyacinthe Maglanovich, autrefois avait la moustache noire ; sa main savait diriger au but un lourd pistolet, et les jeunes hommes et les femmes l’entouraient la bouche béante d’admiration, quand il daignait s’asseoir à une fête et faire résonner sa guzla sonore. 3. Chanterai-je encore, pour que les jeunes joueurs de guzla disent en souriant : Hyacinthe Maglanovich est mort ; sa guzla est fausse, et ce vieillard tout cassé radote. Qu’il laisse à d’autres, plus habiles que lui, l’honneur de charmer les heures de la nuit, en les faisant paraître courtes par leurs chants. ”
“ Quand il fut arrivé à la maison de Tchernyegor, il vit la belle Nastasia qui faisait cuire un agneau7. « Bon jour, seigneur, dit-elle, veux-tu boire un verre d’eau-de-vie ? » — « Je ne viens pas pour boire de l’eau-de-vie ; je viens pour t’emmener avec moi : tu seras esclave et tu ne seras jamais rachetée. » 13. Il a pris la blonde Nastasia, et malgré ses cris il l’a emportée dans sa barque, et il a été la vendre à une caravelle à l’ancre près du rivage. Je cesserai de chanter Lepà et je chanterai Tchernyegor. Il était furieux d’avoir un mort de plus. ”
“ Sa maison était remplie de monde ; les hommes, la pipe à la bouche ; les femmes parlant toutes à la fois et accablant de questions la malade qui, toujours très-pâle, leur répondait à peine. Son cou était entortillé de ces lambeaux teints de la liqueur rouge et infecte qu’ils prenaient pour du sang, et qui faisait un contraste affreux avec la gorge et les épaules à moitié nues de la pauvre Khava. ”
“ O Lepà ! ô Tchernyegor ! le vent s’élève, vous pouvez déployer toutes vos voiles. La sainte Vierge et Saint-Eusèbe veillent sur vos légers vaisseaux ; ils sont comme deux aigles qui descendent de la montagne noire pour ravir des agneaux dans la plaine. 4. Lepà est un brave guerrier et Tchernyegor est aussi un brave soldat. Ils prennent beaucoup d’objets précieux aux riches fainéans des villes ; mais ils sont généreux pour les joueurs de guzla, comme les braves doivent l’être : ils font l’aumône aux pauvres.2 ”
“ On ouvrit tous les tombeaux de ceux qui étaient morts depuis six semaines : quand on vint à celui du vieillard, on le trouva les yeux ouverts, d’une couleur vermeille, ayant une respiration naturelle, cependant immobile comme mort ; d’où l’on conclut qu’il était un signalé vampire. Le bourreau lui enfonça un pieu dans le cœur. On fit un bûcher et l’on réduisit en cendres le cadavre. On ne trouva aucune marque de vampirisme ni dans le cadavre du fils, ni dans celui des autres. ”
“ Je dirai seulement quelques mots des bardes slaves ou joueurs de guzla, comme on les appelle. La plupart sont des vieillards fort pauvres, souvent en guenilles, qui courent les villes et les villages en chantant des romances et s’accompagnant avec une espèce de guitare, nommée guzla, qui n’a qu’une seule corde faite de crin. Les oisifs, et les Morlaques ont peu de goût pour le travail, les entourent, et quand la romance est finie, l’artiste attend son salaire de la générosité de ses auditeurs. ”
“ Je savais par cœur quelques vers français de Racine ; je les récitai à haute voix devant la pauvre fille, qui croyait cependant entendre le langage du diable. Puis frottant son cou à différentes reprises, je feignis d’en retirer une petite agathe rouge que j’avais cachée entre mes doigts. Alors je l’assurai gravement que je l’avais tirée de son cou et qu’elle était sauvée. Mais elle me regarda tristement et me dit : « Tu me trompes ; tu avais cette pierre dans une petite boîte, je te l’ai vue. Tu n’es pas un magicien. » ”
“ Au reste la réputation d’une fille n’en souffre pas du tout pour cela, et c’est de cette manière que se fait la moitié des mariages morlaques. 2. Une toque rouge est pour les femmes un insigne de virginité. Une fille qui aurait fait un faux pas, et qui oserait paraître en public avec sa toque rouge, risquerait de se la voir arracher par un prêtre, et d’avoir ensuite les cheveux coupés par un de ses parens en signe d’infamie. 3. C’est la manière de saluer la plus ordinaire. Quand une jeune fille rencontre un homme qu’elle, a vu une fois, elle l’embrasse en l’abordant. ”
“ Alors Christich, l’aîné des fils de Mladin, est devenu fou : il a tiré son hanzar3 et il regardait le cadavre de sa mère avec des yeux comme ceux d’un loup auprès d’un agneau. Alexandre, son frère cadet, eut horreur de lui ; il a tiré son hanzar et s’est percé le bras. « Bois mon sang, Christich, et ne commets pas un crime4 : quand nous serons tous morts de faim, nous reviendrons sucer le sang de nos ennemis. » Mladin s’est levé ; il s’est écrie : « Enfans, debout ! Mieux vaut une belle balle que l’agonie de la faim. » ”
“ L’eau-de-vie a coulé à grands flots et les hommes sont devenus fous. Une dispute s’est élevée entre deux beys de renom, et le bey Janco Marnavich a tiré son pistolet sur son ennemi ; mais l’eau-de-vie a fait trembler sa main, et il a tué son pobratime Cyrille Pervan. ”
“ Quand la douleur s’est apaisée, il fait dire à sa fidèle épouse : « Ne me regarde pas dans ma maiso’n blanche, ni dans ma maison, ni a devant mes parens. » La dame, en entendant ces paroles, se renferme dans son appartement toute triste et accablée. Voilà que des pas de chevaux ont retenti près de sa maison, et la pauvre femme d’Asan-Aga, croyant que son mari s’approche, court à son balcon pour se précipiter. Mais ses deux filles ont suivi ses pas : « Arrête, notre mère chérie ! ce n’est point notre père Asan-Aga, c’est notre oncle Pintorovich-Bey. » ”
“ Il a ouvert son beau sein si blanc, et voilà qu’au lieu d’un enfant il n’a trouvé qu’un crapaud noir. « Hélas, hélas ! qu’ai-je fait, dit-il ; j’ai tué la belle Hélène, qui ne m’avait point trahi ; mais on lui avait jeté un sort avec un crapaud ! » 10. Il a ramassé la tête de sa chère femme et l’a baisée. Soudain cette tête froide a rouvert les yeux ; ses lèvres ont tremblé, et elle a dit : « Je suis innocente, mais des enchanteurs m’ont ensorcelée par vengeance avec un crapaud noir. » ”
“ Sa barbe a cru, ses ongles ont poussé2 ; les corbeaux s’éloignent de lui avec effroi, tandis qu’ils s’attachent aux braves Heyduques qui jonchent la terre autour de lui. 3. Sa bouche est sanglante et sourit comme celle d’un homme endormi et tourmenté d’un amour hideux. Approche, Marie, viens contempler celui pour lequel tu as trahi ta famille et ta nation ! Ose baiser ces lèvres pâles et sanglantes qui savaient si bien mentir. Vivant il a causé bien des larmes ; mort il en coûtera davantage. ”
“ Quand une famille a perdu un de ses membres par un assassinat, elle tâche de tuer quelqu’un de la famille ennemie. Ce mort trouve des vengeurs, et il n’est pas rare que dans l’espace d’une année une vingtaine de personnes périssent ainsi pour une querelle qui leur est étrangère. La paix ne peut se faire décemment que lorsque chaque famille compte autant de morts l’une que l’autre. ”
“ « Maintenant que nous sommes loin de ma maison, dit la belle Zoé, arrête ton beau cheval, ôte ce voile et laisse-moi t’embrasser, cher Maxime.5 » 21. Mais il dit : « Cette nuit nous serons plus commodément dans ma maison : il y a des coussins de satin ; cette nuit nous reposerons ensemble sous des rideaux de damas. » — 22. « Eh quoi, dit la belle Zoé, est-ce là l’amour que tu as pour moi ? Pourquoi ne pas tourner la tête de mon côté ; pourquoi me traites-tu avec tant de dédain ? Ne suis-je pas la plus belle fille de mon pays ? » ”
“ Et quel est ce jeune homme à la voix si douce ? qui peut le dire ? Il est venu de loin ; mais il parle notre langue : personne ne le connaît, et Zoé seule sait son nom. 6. Mais ni Zoé ni personne n’a vu son visage, - car, quand vient l’aurore, il met son fusil sur son épaule et il s’enfonce dans les bois, à la poursuite des bêtes fauves. 7. Et toujours il rapporte des cornes du petit bouc de montagne, et il dit à Zoé : : Porte ces cornes avec toi et puisse Marie te préserver du mauvais œil ! ”
“ Oh, Sophie ! mets ton voile rouge, la cavalcade s’avance ; entends les coups de pistolet qu’ils tirent en ton honneur4 : musiciennes, chantez l’histoire de Jean Valathiano et de la belle Agathe ; vous vieillards, faites résonner vos guzlas. Toi Sophie, prends un crible, jette des noix5. Puisses-tu avoir autant de garçons ! Le riche bey de Moïna épouse la belle Sophie. 4.Sophie. Marchez à ma droite, ma mère ; marchez à ma gauche, ma sœur. Mon frère aine, tenez la bride du cheval ; mon frère cadet, soutenez la croupière. — Quel est ce jeune homme pâle qui s’avance sur une jument noire ? ”
“ Les jeunes gens. Jeunes gens de Vrachina, sellez vos coursiers noirs, sellez vos coursiers noirs de leurs housses brodées : aujourd’hui parez-vous de vos habits neufs ; aujourd’hui chacun doit se parer, chacun doit avoir un ataghan à poignée d’argent et des pistolets garnis de filigrane. N’est-ce pas aujourd’hui que le riche bey de Moïna épouse la belle Sophie ? ”
“ Les signes du vampirisme sont : la conservation d’un cadavre après le temps où les autres corps entrent en putréfaction ; la fluidité du sang ; la souplesse des membres, etc. On dit aussi que les vampires ont les yeux ouverts dans leurs fosses ; que leurs ongles et leurs cheveux croissent, comme ceux des vivans. Quelques-uns se reconnaissent au bruit qu’ils font dans leurs tombeaux en mâchant tout ce qui les entoure, souvent leur propre chair. ”
“ Puissiez-vous être heureux dans le ciel ! 2. Quand le soleil s’est couché dans la mer, quand le voivode s’est endormi, alors on entend une douce guzla sous la fenêtre de la belle Zoé, la fille aînée de Jellavich. 3. Et vite la belle Zoé se lève sur la pointe du pied, et elle ouvre sa fenêtre, et un grand jeune homme est assis par terre qui soupire et qui chante son amour sur la guzla. 4. Et les nuits les plus noires sont celles qu’il Préfère ; et quand la lune est dans son plein, il se cache dans l’ombre et l’œil seul de Zoé peut le découvrir sous sa pelisse d’agneaux noirs. ”
“ Le loup ôte ainsi la voix, le basilic la vie, lequel jette le venin par le regard et darde de ces rayons un coup venimeux, que si on lui présente un miroir, le venin qu’il darde par ses yeux est rejeté à celui qui l’avait jeté, par la réflexion. ”
“ Ils ont tellement soif, que leur langue est noire et gonflée ; car ils n’ont pour boire qu’un peu d’eau croupie dans le creux d’un rocher. Cependant pas un n’a osé faire entendre une plainte2, car ils craignaient de déplaire à Christich Mladin. Quand trois jours furent écoulés, Catherine s’écria : « Que la sainte Vierge ait pitié de vous, et qu’elle vous venge de vos ennemis ! » Alors elle a poussé un soupir et elle est morte. Christich Mladin a regardé le cadavre d’un œil sec ; mais ses deux fils essuyaient leurs larmes quand leur père ne les reardait pas. ”
“ Il n’y en a qu’une ordinairement dans une maison, et elle sert à tout le monde. Nous y courûmes armés, et nous y vîmes un spectacle affreux. La mère, pâle et échevelée, soutenait sa fille évanouie, encore plus pâle qu’elle-même et étendue sur de la paille qui lui servait de lit. ”
